Le Premier ministre avait exposé sa ligne le 23 décembre : « repousser le désordre », qui guette sur le plan du budget, toujours pas voté, chez les agriculteurs et les médecins, en colère.
En emmenant ses ministres place Beauvau pour le traditionnel petit-déjeuner du Nouvel an – avant de rejoindre l'Elysée pour le premier Conseil des ministres de l'année – Sébastien Lecornu s'est entouré justement des ministres Catherine Vautrin (armées), Annie Genevard (agriculture) et Stéphanie Rist (santé).
« Il faut un budget en janvier, il y aura un budget en janvier », a promis lundi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur BFMTV-RMC. Pour aboutir, le gouvernement fait valoir que le budget peut en partie répondre à la colère agricole, les agriculteurs étant très remontés contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse et le traité UE-Mercosur. Leur voix pèse dans les circonscriptions et pourrait convaincre les députés d'avancer.
Sébastien Lecornu a prévu de prendre des mesures en janvier en leur faveur mais a prévenu qu'il faudrait un budget pour les mettre en œuvre. « Le monde agricole ne peut pas attendre le mois de février », a insisté dimanche son entourage.
« Avancer sur le fond »
Dans l'intervalle, le gouvernement entend appliquer certaines mesures fiscales agricoles dès le début de l'année, malgré l'absence de budget, a indiqué mardi le ministère de l'économie. Car la loi spéciale adoptée pour assurer la continuité de l'État ne permet pas d'intégrer de nouvelles décisions.
Si l'exécutif et le PS trouvaient un compromis, le Premier ministre pourrait alors faire adopter le budget par ordonnances ou par l'article 49.3 de la Constitution sans être censuré par la suite. Le PS avait certes fait du renoncement au 49.3 une de ses conditions pour voter le budget de la Sécurité sociale – adopté fin décembre –, et Sébastien Lecornu s'était engagé à ne plus y recourir. Or leurs positions semblent avoir évolué depuis.
Le patron du PS Olivier Faure menace de censurer le Premier ministre s'il utilise cette arme « sans compromis préalable ». « Le Parlement prendra ses responsabilités, le gouvernement aussi », avait ensuite glissé Sébastien Lecornu dans la cour de Matignon. Le PS renvoyait lundi la balle dans le camp du gouvernement. « Il va falloir maintenant qu'il accepte des compromis », a dit à l'AFP Arthur Delaporte, porte-parole des députés socialistes.
Pour l'heure, les ministres des Finances et des Comptes publics Roland Lescure et Amélie de Montchalin vont recevoir ensemble, mardi à 17H, les groupes parlementaires, hors LFI et RN, pour tenter de trouver un terrain d'entente, tout en restant en dessous de 5 % de déficit public. Avant le retour jeudi du projet de budget devant la commission des finances de l'Assemblée.
« Que ce soit 49.3 ou autre, si le texte n'est pas potable, on a ni gouvernement, ni budget. Le gouvernement tombe et on se retrouve à la case départ. Donc il faut d'abord avancer sur le fond », a prévenu Roland. Lescure, qui a dit avoir « pas mal échangé » avec les socialistes pendant les congés de fin d'année. Tout comme Sébastien Lecornu.