La candidature d'Arnaud Rousseau à un second mandat faisait ces derniers jours l'objet de spéculations, sans toutefois qu'aucun autre nom n'émerge. Traditionnellement, le syndicat se rassemble autour d'une candidature unique. Le suspense, mince, a pris fin lors d'une réunion du bureau du syndicat, suivi d'une annonce aux cadres et aux adhérents. « L'élection se tiendra le 16 avril lors du conseil d'administration qui suivra le congrès de la FNSEA qui élira les nouveaux membres du CA », a indiqué le syndicat à l'AFP.
Le céréalier de 52 ans, président d'Avril, a adressé « un courrier à l'ensemble du réseau » pour l'en informer, après avoir avisé les cadres du syndicat. Ces dernières années, la FNSEA a vu sa domination du monde agricole contestée, notamment en faveur de la Coordination rurale (CR), mais s'impose toujours comme le premier interlocuteur de l'État.
Sous son mandat, le syndicat a reculé aux élections professionnelles : avec son allié des Jeunes agriculteurs, il conserve l'essentiel des chambres d'agriculture mais a perdu sa majorité absolue (46,7 % des voix) face à la CR (en forte hausse à près de 30 %) et à la Confédération paysanne (stable à 20 %).
Cible des critiques des autres syndicats
Sa silhouette haute au maintien martial est alors inconnue du grand public. Son profil de grand patron concentre sur lui les critiques des syndicats concurrents : au fil des actions coups de poing, il devient la cible préférée des bonnets jaunes de la CR, qui conspue l'« agrobusinessman » et un libre-échange « agricide ».
Lui défend sans complexe la liberté d'entreprendre en agriculture dans un univers mondialisé où la France a des cartes à jouer : produire, transformer, exporter. « La compétitivité n'est pas un gros mot », dit-il, réclamant des « moyens de production » pour la Ferme France.
Diplômé d'une école de commerce parisienne, Arnaud Rousseau a notamment travaillé dans le courtage agricole avant de reprendre l'exploitation familiale de Trocy-en-Multien, village de Seine-et-Marne dont il est maire depuis 2014.
Il est devenu agriculteur en 2002, peu avant ses 30 ans. Avec son épouse (ils ont trois enfants), aussi cheffe d'exploitation, il gère désormais près de 700 hectares - bien au-delà de la moyenne des exploitations de grandes cultures en France (87 hectares).
Confronté à « la pire crise agricole en 30 ans »
Peu après son élection à la présidence de la FNSEA, en avril 2023, Arnaud Rousseau a été confronté à ce qu'il a lui-même désigné comme « la pire crise agricole en 30 ans » : un premier hiver de colère dans les campagnes, où les agriculteurs exigeaient du revenu, de la considération et un avenir
Pendant trois ans, il a multiplié les déplacements sur le terrain, veillant à l'équilibre entre céréaliers, viticulteurs et éleveurs, alors que les crises se multipliaient : récolte catastrophique de blé en 2024, crise de la viticulture, multiplication des maladies animales.
Arnaud Rousseau demande depuis trois ans une « vision » pour l'agriculture, d'autant que les questions internationales enflent : Mercosur, Pac, taxe carbone sur les engrais... Ces demandes ont été appuyées par une démonstration de force mi-janvier, avec l'entrée dans Paris de plus de 350 tracteurs, jusque devant l'Assemblée nationale.
Le président de la FNSEA est historiquement l'interlocuteur privilégié du gouvernement. Longtemps seul syndicat agricole en France avant l'émergence de concurrents à la fin des années 1980, la FNSEA est accusée de « cogestion » avec l'État.
En témoigne la récente annonce par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'une loi d'urgence agricole qui reprend point par point les demandes du premier syndicat. Ou encore la crise de la dermatose nodulaire contagieuse : le gouvernement a vu sa politique sanitaire, très contestée par les autres syndicats, soutenue par la FNSEA.