Exportations mondiales de blé Un marché de 20 millions de tonnes hors de portée de la France

Terre-net Média

Quels que soient les critères retenus, le blé français satisfait de moins en moins aux exigences requises par les pays importateurs. Cette année, la diversité des sources d’approvisionnement et l’abondance de l’offre sur les marchés mondiaux renforcent particulièrement les difficultés rencontrées.

Moisson en FranceLes blés français répondent de moins en moins aux critères requis pour être commercialisables. (©Terre-net Média)

La quantité ne fait pas la qualité ! Les stocks de report de blé français en fin de campagne pourraient atteindre 4 millions de tonnes (Mt) contre moins de 2 Mt les années précédentes ! En cause, les 40 % de blé de qualité intermédiaire, sur les 37 Mt produites, directement concurrencées à l’export par les céréales originaires de pays tiers ! D'un meilleur rapport qualité-prix, elles sont livrées au Moyen Orient, au Maghreb et en Afrique sub-saharienne, où la France réalisait il y a encore peu la grande majorité de ses exportations.

Les blés français répondent de moins en moins aux critères requis pour être commercialisables. Et plus le temps passe, plus l’écart de compétitivité se creusera avec les autres grands pays exportateurs de céréales, si les producteurs français ne réagissent pas.

En effet, l’offre de blé étranger étant chaque année de meilleure qualité, les importateurs tendent à accroître le niveau des normes standard requises ! Pour l’Egypte, c’est dorénavant le blé russe qui est pris comme référence avec 12,5 % de protéines.

Ainsi, l’accord interprofessionnel du 5 février dernier sur la nouvelle classification des blés tendres français tombe à Pic. Et pourtant la classe "Premium", qui regroupe les blés caractérisés par des taux de protéines supérieurs à 11,5 % et dotés d’une force boulangère supérieure à 170 et d’un indice d’Hagberg supérieur à 240, correspond à peine aux standards requis par la majorité des pays importateurs de blé .

« La France livre des blés qui satisfont a minima les cahiers des charges de ses clients quand ses concurrents livrent spontanément plus ! », déplorent Yann Lebeau et Roland Guiragossian, de France export céréales, ce 11 mars. Ils participaient à la matinée d’information et d’échanges intitulée "Exportation des céréales françaises, le regard de nos clients", organisée par France export céréales. 

Des livraisons a minima

L’Egypte et l’Algérie, les deux principaux importateurs mondiaux de blé n’ont pas les moyens d’améliorer avec des additifs les céréales importées. Ces deux pays méditerranéens et leurs voisins ont besoin de blé polyvalent pour répondre aussi bien aux exigences des boulangers artisanaux qu’à celles des boulangeries industrielles et de l’industrie de la biscuiterie.

En conséquence, « certaines spécifications des pays importateurs sont de véritables barrières à l’entrée du blé français », analyse Yann Lebeau. Un marché de plus de 19 millions de tonnes (Mt) de blé à l’export vers les pays du Moyen Orient échappe à la France. Car les cahiers des charges de leurs offices publics d’achat exigent des céréales d’au moins 12 % de protéines pour être concurrentiels.

Au Maroc, entre 20 % et 30 % des blés incorporés dans la fabrication de farine sont allemands, russes ou américains car leur taux de protéines est supérieur à 12 % contre 10,5 % pour le blé français importé.

Le niveau de gluten humide inférieur à 23 % du blé français explique davantage les difficultés de notre pays à vendre des céréales puisque les normes standard requises sont d’au moins 25 %. Pour ce simple critère, ce sont près de 16 Mt de blé qui sont importées de pays plus compétitifs que la France.

Une concurrence renforcée par une offre pléthorique 

En cumulant le déficit protéique et de gluten humide, ce sont plus de 20 Mt de blé qui sont vendues par les pays producteurs concurrents de la France.

L’indice d’Hagberg inférieur à 220 du blé français et les taux d’humidité trop élevés rendent aussi les blés français difficilement exportables.

Cette année, face à une offre pléthorique, il est vrai que la qualité des blés exportables revêt une importance particulière. Les dévaluations monétaires, la baisse des prix du pétrole, la faiblesse des coûts du fret et le prix du maïs renforcent la concurrence des céréales à paille des grands pays producteurs, même les plus éloignés du bassin méditerranéen. D’où les difficultés de la France, pourtant géographiquement la mieux placée. Elle a vendu deux fois moins de blé au Maroc et à l’Algérie.

Aussi, c’est en conquérant des parts de marché en Asie où jusqu’à présent elle n’était pas présente, qu’elle parvient à écouler une partie de ses céréales de qualité moyenne. Mais ces ventes ne compensent pas cette année les pertes subies sur ses marchés traditionnels. 

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