Paroles de lecteurs Faut-il encore labourer : la question qui divise

Terre-net Média

Labour ou TCS, voire semis direct ? Pas de juste milieu ou presque, la position des lecteurs de Terre-net est tranchée. D'un côté, il y a ceux qui, pour rien au monde, n'arrêteraient de labourer, mettant en avant les bienfaits pour les cultures, comme la lutte contre les mauvaises herbes et les limaces par exemple. Et de l'autre, les fervents défenseurs du non-labour, plus respectueux selon eux de la vie du sol.

Charrue qui laboure un champ (©Terre-net Média)

Les "pro labour"

Mimi : « Un bon labour ne coûte pas cher et nettoie les terres. »

Plouf : « Je ne sais pas comment vous faites. Jamais je ne retrouve le moindre résidu des années précédentes. Si vous faites des "lards de charrue", c'est que vous labourez en conditions humides. Du boulot comme ça... C'est un peu comme passer le vibro avant de semer au printemps dans des terres argileuses. Ça dessèche le sol et après, quelle galère pour que ça lève ! Travailler à la bonne époque, au lieu de suivre le calendrier des interdictions/obligations bruxelloises, voilà la bonne solution ! »

Titian : « De quel type de labour parle-t-on ? Parce qu'avec la même charrue, en fonction de la vitesse et de la profondeur choisie, on n'obtient pas du tout le même résultat. Je suis passé d'un labour 14" à 18 cm à un labour 10" à 12 cm et j'ai économisé au moins 15 l de fioul/ha. Un labour (18 l/ha de fioul dans les terres argileuses et hydromorphes de Lorraine), suivi d'un passage de rotative avec barre d’émiettement (10 l/ha), puis un passage de grosse herse la veille du semis (2 l/ha) et un semis avec un semoir classique 6 m (3 l/ha) : à vos calculettes... Moi, mon choix est fait depuis 14 ans et je sème fin octobre début novembre, sans soucis ni problèmes de vulpins par la suite. Ah oui, j'ai oublié de dire que je mets du fumier tous les trois ans et que ma rotation est blé/blé, sans aucune limace. » 

Plouf : « Je ne déchaume pas, il n'y a donc pas d’éléments fins en surface... Et je ne laboure pas avec des rasettes, j'enterre donc 80 % de la paille et il n'y aucun problème. En ayant fait un sous-solage auparavant, c'est encore mieux ! 25 ans que je fais ça et contrairement à ce que je peux lire ici et là, je n'ai absolument aucun souci avec le labour. C'est même un élément primordial pour parvenir à récolter, normalement, quelque chose (concrètement je laboure une année sur deux). »

Michel via Facebook : « Oui, il faut encore labourer car la terre en a besoin pour détruire les déchets et, malgré tout ce qui se dit, pour absorber l'eau aussi. »

Pifetpaf : « Le glyphosate est autorisé à 7 l/ha (en dose maximale) sur terrain nu... Les TCS sans glypho sont rares. Que feront ces agriculteurs quand ce sera interdit ? Ah oui, je sais, ils vont racheter une charrue !!! Lol ! »

Plouf : « L'histoire du coût du labour est une vaste blague. On ne peut pas être catégorique, cela dépend du terrain. Si comme moi, vous ne labourez qu'en été (donc en conditions sèches), il n'y aura jamais de semelle de labour. Et encore, la plupart du temps, le labour économise des désherbages. Concernant le pouvoir de rétention d'eau, labourez en été, passez un coup de rotative pour niveler et fin octobre, passez un outil pour éliminer les repousses diverses. Laissez ainsi durant l'hiver. Au printemps, ne touchez à rien et semez, vous verrez si ce n'est pas frais ! »

Maxens : « Le labour existe depuis combien de siècles ? Et la charrue ? Je veux bien trouver tous les malheurs du monde au labour, mais si ce que vous dites est vrai, il n'y aurait plus de sol depuis longtemps... Tout est question de nuances, en labour comme en non-labour. Cela dépend du type du sol, de la fréquence à laquelle on intervient, des alternatives employées (glyphosate).... Pourquoi ne pas revenir aux techniques du Moyen Âge : des forêts et des taillis pendant 20 ans, puis la déforestation par brûlage, puis des cultures pendant deux ans... avec, pour résultats : l'envahissement par les mauvaises herbes et la famine. Perso, les critiques du labour de la part de personnes épandant 3 l/ha de glyphosate (cela existe, mais je ne dis pas que ceux qui s'expriment sur ce forum le font, ne vous énervez pas !) ou celles des intégristes du bio, qui saturent les sols en cuivre, me désolent. Et cela me désole encore plus que des ministres incompétents les écoutent, pensant que ces personnes détiennent la seule vérité. »

Les "pro TCS"

Simonello : « Ben tiens ! Et comment font les sols naturels ?!? Détruire les déchets ? Vous voulez dire les pailles que l'on enfouit et qu'on retrouve intactes l'année d'après lors du prochain labour ? La terre a besoin de labour pour absorber l'eau ? Alors pourquoi faire des rigoles dans les champs labourés ? Et pourquoi dans les terres hydromorphes, les parcelles travaillées sont les moins saines ? Il serait grand temps que la profession agricole apprenne comment vit le sol et comment il fonctionne... »

Steph72 : « Il y a les vers de terre qui jouent le même rôle que la charrue : décomposer les déchets. Ils font travailler le sol et l'aèrent en creusant des galeries. On ne peut plus cultiver comme il y a 40 ans ! » 

Rutabaga : « En labourant directement sur les chaumes en place, on risque de perdre jusqu'à 50 % du rendement de la culture qui suit. La terre a été battue par les pluies, depuis que le blé a été semé, c'est-à-dire pendant plus d'un an. Au moins un déchaumage doit la brasser et mélanger les pailles, au lieu de les enfouir par couche. Les anciens le savaient. Cette perte possible de rendement a été constatée dans des dizaines de comparaisons entre labour et non-labour. Malheureusement, les écoles agricoles n'enseignent plus beaucoup l'agronomie. Il existe de bons fabricants français de charrues, une façon de cultiver la proximité pour les emplois et les services. »

Simonello : « Pas d'accord, les conséquences du travail du sol dépassent la parcelle et l'agriculteur. En effet, il entraîne érosion, lessivage des nitrates et des phytos dans les eaux, diminution du taux de carbone dans les sols (en ces temps de réchauffement climatique, ce serait bien de le stocker). De plus, il épuise les sols, qui vont devenir de plus en plus durs à travailler et de moins en moins fertiles. Nous sommes en train d'épuiser le capital que nous ont transmis nos ancêtres. J'ai entendu une fois : "Nous n'héritons pas de nos terres, nous l'empruntons à nos enfants" »

Flo : « C'est étrange, j'ai une côte argileuse au nord, plutôt lourde, avec une terre humide mi-argileuse mi-limoneuse. Depuis plusieurs années, on ne laboure plus cette côte car trop dure et la herse rotative ne vient jamais à bout des lards de charrue. Quelle que soit la culture de la rotation (colza, blé, orge), elle est toujours plus belle dans la côte, c'est-à-dire là où il n'y a pas eu de labour. Autre bonus : en plus de la texture fine, malgré l'argile, les rouages de traitement sont passés de "jusqu'à la jante (+/- 30 cm)" à 5/10 cm. D'année en année, on va plus loin dans le limon en non-labour et la culture se comporte toujours mieux. Pour ce qui est des résidus, j'ai une autre parcelle où j'obtiens, le maïs grain, plus de 110 q sec en moyenne selon l'année, ce un an sur deux depuis 10 ans. Je ne laboure jamais, je travaille le sol à 10/15 cm et je ne retrouve presque rien du maïs dans la céréale qui suit alors qu'en labourant après le blé qui suit le maïs, on ressort des cannes de maïs pratiquement intactes. Alors le labour permet-il de dégrader les résidus ? Clairement non, on les cache "sous le tapis", c'est tout. »

Tlecomte : « Cela fait huit ans que je suis au non-labour et mes champs ne sont pas plus sales que ceux de mes voisins. Pour passer au non-labour ou aux TCS, il faut être prêt, sinon c'est la gamelle assurée. Je reconnais que je fais encore quelques erreurs, mais qui n'en fait pas. Pour ma part, je ne pense pas revenir au labour sauf en cas de gros problème ! Ma consommation de gasoil a chuté de 25 000 à 15 000 l/an et les tracteurs ne font plus que 200 h et moi, j'ai plus de temps libre et je ne m'en porte pas plus mal ! »

Simonello : « En fait si, vous pouvez faire des semelles de labour en été. Je ne connais pas vos types de sol mais dans nos limons, tout travail du sol enfouit les éléments fins dans le fond et crée un colmatage. Ce n'est donc pas un lissage mais une agglomération d'éléments fins qui empêche l'eau, l'air, les racines et la vie du sol de passer dans un sens ou dans l'autre. »

Jean-Baptiste : « Quand les agris auront compris qu'on ne fait pas de non-labour dans le seul but de faire des économies, on aura fait un grand pas ! »

Les "modérés"

Lucide : « On ne peut avoir une position aussi déterminée sans se tromper. La preuve : concernant la profondeur de travail en labour, le problème vient d'une mauvaise utilisation de la charrue. »

Moi-même : « Demande-t-on à un fonctionnaire s'il doit utiliser un bic ou un crayon feutre. Ce débat est du même ordre, chacun trouve son compte là ou il veut. »

Pipo 1er : « Le non-labour, c'est comme les religions, il ne faut pas être intégriste et il faut, je pense, regarder les erreurs du passé et des autres agriculteurs pour n'en garder que les avantages et ne pas se faire piéger, notamment en termes de désherbage. »


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