Maïs et eau Des rapports toujours tendus en Alsace

AFP

Régulièrement accusés de polluer et gaspiller la ressource en eau de la Plaine d'Alsace, les producteurs de maïs, culture céréalière ultra-dominante de la région, apportent la démonstration d'une consommation raisonnée. L'impact sur la qualité de l'eau semble en revanche durable.


(© Terre-net Média)

Le grief de gaspilleur est cependant infondé. "Il n'y a pas de problème de quantité, le maïs n'entame pas du tout les énormes réserves disponibles", assure Michel Herr, directeur de l'Aprona, l'association pour la protection de la nappe phréatique d'Alsace. "Le maïs concentre certes 90% de l'irrigation agricole alsacienne sur trois petits mois, mais les 70 millions de mètres cubes représentent un peu moins de 15% des prélèvements annuels dans la nappe phréatique, la ville de Strasbourg en fait presque autant. Et la nappe est +excédentaire+ : elle accueille chaque année 2,5 fois plus de volumes d'eau qu'elle n'en lâche pour la consommation de tous en Alsace", affirme Alfred Klinghammer, ingénieur irrigation à la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin.

Le maïs n'est en outre pas la céréale la plus gourmande : à quantité égale, elle consomme moins que le soja et le blé. Les risques de conflit d'usage sont un peu plus importants dans les rivières au pied des Vosges, mais aucune "guerre de l'eau" ne s'est déclenchée et la filière a mis en place toute une série de mesures et équipements pour modérer la consommation, rappelle M. Klinghammer : sondes pour mesurer la disponibilité dans le sol, canons d'arrosage mieux réglés, envoi par les chambres d'agriculture de bulletins d'"avertissement irrigation", mise en place volontaire de "tours d'eau" pour éviter que tout le monde se serve en même temps en période de sécheresse.

Nitrates, engrais, phytosanitaires et qualité de l'eau

L'impact du maïs sur la qualité de l'eau est plus défavorable du fait de l'utilisation des nitrates des engrais et des phytosanitaires. Pour les premiers, "on observe une stabilisation de la concentration, mais à un niveau préoccupant", selon Michel Herr. En 2003, date du dernier inventaire complet, la moyenne excédait de deux points la "valeur-guide" européenne de 25 milligrammes/litre, gage de bonne qualité, tandis que la norme de potabilité (50 mg/l) était dépassée sur 8% de la surface. Cette culture n'est pas la seule responsable, mais pas la moins significative non plus, selon l'Aprona. Quant aux désherbants, la profession a officiellement renoncé à la très nocive atrazine interdite depuis 2003. Mais, selon M. Herr, ses remplaçants sont loin d'être la panacée "et son effet sur la nappe sera encore très très long: elle met 400 ans pour se décomposer complètement".

L'une des solutions, pour les nitrates notamment, consiste en la rotation des cultures. "Mais encore faut-il trouver des compléments au maïs. On touche ici la limite de la monoculture", souligne Michel Breuzard, président d'Alsace Nature pour le Haut-Rhin. Selon M. Breuzard, "bien mieux que l'arrosage aux pesticides, la rotation est aussi la meilleure réponse agronomique à la chrysomèle", ce coléoptère prédateur des racines du maïs qui se répand dans la région depuis six ans, entraînant des pertes de production. L'exploitant François Tischmacher, président régional de l'APCO (Association des producteurs de céréales et d'oléagineux), invite à laisser un "crédit-temps" aux producteurs de maïs. "Tout un ensemble de comportements se met en place petit à petit, qui rompt avec la culture intensive telle qu'on se la représente. Nous voyons tous l'intérêt économique et environnemental d'utiliser moins d'engrais et de produits chimiques de traitement", explique-t-il.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

Tags

Contenu pour vous