Culture régionale Riziculture : le semis à sec enterré de précision

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La filière rizicole connaît de fortes tensions liées notamment aux modifications de la Pac qui entraînent une forte diminution des surfaces et un désamour des agriculteurs pour cette culture de moins en moins rentable. Le développement d’une nouvelle technique de semis du riz ouvre de nouvelles perspectives en réduisant la consommation d’eau et l’utilisation de produits phytosanitaires. Le semis à sec enterré de précision, innovation développée depuis 1990 en Camargue, intéresse aussi l’international.

Parcelle de riz en Camargue.Une parcelle de riz Gageron semée à sec en Camargue. (©Trame)

Le semis à sec enterré de précision, innovation développée en Camargue par la Société commerciale agricole de distribution (SCAD), offre de nouvelles perspectives aux riziculteurs. Classiquement, le riz se sème à la volée dans un sol inondé d’eau en surface. Le semis à sec enterré cherche à maîtriser le premier facteur de rendement qui est la population de plantes germées et à réduire l’impact environnemental de la culture.

En semis à sec enterré de précision, le travail du sol est primordial. Le lit de semence doit être très fin (mottes de moins de 2 cm) et d’une structure la plus homogène possible pour optimiser le contact sol/graine et la précision du positionnement.

Repenser le travail du sol

Un passage d'outil à disques sera complété par d'autres de herse rotative. La question d’un travail plus profond est à raisonner au cas par cas. Sur précédent rizière, en cas de forte infestation d’adventices, le labour permet de retourner l’horizon contenant les graines susceptibles de pénaliser le démarrage du riz, donc de les enfouir pour limiter partiellement leur germination. Si l’enherbement était modéré, le labour n’est pas forcément nécessaire. Enfin, le nivellement, s’il est important pour la gestion ultérieure de la lame d’eau, n’est pas à renouveler chaque année.

Une filière en difficulté 

La filière du riz camarguais (250 riziculteurs) est aujourd’hui en souffrance. Les surfaces rizicoles sont passées de 20 000 ha au début des années 2000 à 14 000 en 2014, puis 11 000 ha déclarés dans le cadre de l’IGP « Riz de Camargue » en 2015. Deux facteurs expliquent le désamour des agriculteurs pour cette culture, synonymes d’une rentabilité en forte baisse : manque de solutions techniques lié à la diminution du nombre de matières actives sur riz en France, vis-à-vis des autres producteurs européens, notamment pour le désherbage, et suppression des aides couplées de la Pac (moins 8 millions d’euros). Ces évolutions se traduisent, en 2015, par d’importantes surfaces semées en blé dur, en lieu et place des surfaces anciennement rizicoles avec des répercussions économiques pour la filière mais aussi écologiques pour les bassins de production. Le riz représente pourtant une culture incontournable en Camargue où une part importante du sol agricole lui est historiquement consacrée, luttant ainsi contre la salinité des sols et participant à l’identité de ce territoire. Il reste néanmoins le cœur d’activité de certaines exploitations trop contraintes pour alterner les cultures (remontées de sel, terres basses inondées en hiver).

Le type de semoir est aussi important. Dans l’idéal, les socs semeurs doivent appuyer la graine dans le sol et l’appareil permettre une distribution grain à grain afin de maîtriser la densité. Un grain enterré trop profondément (au-delà de 5 cm) aura des difficultés à atteindre la surface. De plus, le passage des éléments semeurs crée des ruptures dans le profil du sol, ce qui favorise les remontées d’eau par capillarité sur la ligne de semis.

S'épargner de multiples contraintes au démarrage

En conduite classique, en phase de semis, les parcelles subissent de nombreuses attaques. Les premiers dégâts sont engendrés par le chironome, aussi appelé ver de vase, ou ver de vase rouge, une larve d’insecte diptère qui ressemble à un moustique. Ils contraignent bien souvent les agriculteurs à ressemer une partie de leurs parcelles. Aucune solution phytosanitaire n'est autorisée en France contre ce ver. Le charançon aquatique a également été observé en Camargue, nouveau bioagresseur, dont les larves attaquent les tiges, déracinant partiellement, voire totalement les jeunes plants. Enfin, les flamands roses font aussi des dégâts.

Le semis à sec enterré réduit significativement, voire élimine, ces problèmes générant, par conséquent, des économies de semences (entre 50 et 100 kg/ha en semis à sec contre environ 250 kg/ha en conduite classique).

Un désherbage mécanique rendu possible

Le positionnement du grain va permettre l’utilisation de spécialités phytosanitaires antigerminatives et un désherbage mécanique à la herse étrille en post-semis lorsqu'environ 80 % du riz est dehors. Le stade du riz joue un rôle prépondérant dans la réussite de ce désherbage. L’agriculteur doit attendre le stade 1 feuille car les griffes de la herse cassent les germes (pas assez souples) notamment en période de chaleur. Un second passage peut être envisagé au stade 3 feuilles.

Le travail du sol juste avant le semis permet d'obtenir l’humidité nécessaire à la germination sans apports d’eau. Une pluie d’une vingtaine de millimètres en post-semis aide grandement au démarrage de la culture. Il est aussi possible de réaliser des flashs d’eau (passage rapide d’une lame d’eau sans la retenir afin d’humecter le sol) sur la parcelle tous les 7 à 10 jours pour encourager la levée, même si cette méthode favorise aussi la germination des adventices.

L’attente entre la mise en terre et l’apparition de jeunes plantules peut être longue, jusqu’à 3 semaines. Les rizières sont inondées lorsque 30 % des plantules sont visibles.

RizLe riz est une culture emblématique de la Camargue. (©Trame)

D’un point de vue environnemental, le semis à sec réduit considérablement la consommation d’eau en début de cycle. Contrairement au semis à la volée, il n’est pas nécessaire de remplir la parcelle, la terre remplace l’eau comme tampon thermique vis-à-vis des sauts de températures en début de campagne.

Les avantages agro-écologiques du semis à sec enterré

En semis traditionnel dans l’eau, la fragilité et l’hétérogénéité des stades des jeunes plantes de riz n’offrent pas la possibilité d’un désherbage aussi précoce qu’en semis à sec. Les adventices se développent alors de manière importante et nécessitent la réalisation de traitements plus tardifs et successifs pour rattraper la situation. Lors de la campagne 2014, une comparaison des IFT entre un semis à la volée dans l’eau et un semis à sec enterré a ainsi identifié respectivement un IFT de 5 et 3. De plus, en semis à sec, les plantules de riz sont mieux racinées et davantage capables de détoxifier les matières actives. De plus, il réduit les risques de pollution diffuse grâce à une gestion de l’eau différente en pré et post traitement.

D’un point de vue économique, la réduction de consommation des semences et des produits phytosanitaires est à souligner. S’y ajoute un meilleur potentiel de rendement. Mais cette innovation repose surtout sur une approche inédite de la gestion des parcelles par l’agriculteur ce qui constitue un des freins à sa diffusion.

Un programme de diffusion en Camargue

Le développement de cette pratique par la sensibilisation et la formation des riziculteurs camarguais est mené depuis 2014 dans le cadre du contrat de Delta Camargue 2012/2018. Ce programme d’actions vise une meilleure gestion de l’eau et des milieux aquatiques, en maîtrisant notamment les pollutions d’origine agricole. Il a notamment mobilisé la SCAD, précurseur du semis à sec et les agriculteurs camarguais.

La technique du semis à sec enterré est restée anecdotique en Camargue au cours des années 90 car la situation de monoculture de riz était peu propice au développement de la technique. Les structures d’exploitation nécessitant de semer des surfaces importantes rapidement et avec peu de personnel. Aujourd’hui, elle suscite la curiosité à l’international. Colombiens, Espagnols, Italiens, Japonais se sont déplacés pour voir les champs camarguais.

Rédaction : Marion Vandenbulcke, Trame, pour la revue Travaux & innovations.


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