Répression et cogestion, la relation complexe entre Etat et syndicats agricoles

Pour plusieurs chercheurs et observateurs du monde rural, les agriculteurs sont la catégorie socioprofessionnelle qui bénéficie le plus de la « clémence » ou « mansuétude » des pouvoirs publics dans la gestion sécuritaire des manifestations, même violentes.

« Dans les années 1980, les paysans représentaient 7 % de la population active et étaient responsables de 39 % des manifestations violentes, loin devant les étudiants ou les salariés de l'industrie, responsables respectivement de 14 % et 19 % d'entre elles », relève Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques, dans une tribune publiée jeudi dans Le Monde.

Alors qu'ils représentent aujourd'hui moins de 2 % des actifs, « la réalité des violences agricoles, moindres que dans les années 80, demeure forte » et les agriculteurs bénéficient toujours, selon ce spécialiste des violences politiques, d'un « exceptionalisme paysan en matière de violence manifestante ».

A l'hiver 2024, au plus fort des manifestations agricoles, avec incendies de pneus et déversement de fumier devant les préfectures, et même quelques saccages de locaux d'agences de l'Etat, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait donné des consignes de « grande modération » aux forces de l'ordre, leur demandant de n'intervenir qu'en « dernier recours ».

« On ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS », avait-il déclaré, alors qu'il avait qualifié les opposants aux réserves d'eau de Sainte-Soline d'« écoterroristes », déclenchant la colère de l'opposition, notamment des écologistes.

Un an plus tard, son successeur à l'Intérieur, Laurent Nunez, a assumé n'avoir pas dispersé l'action « illégale » de la Coordination rurale (CR, 2e syndicat, coutumier des actions musclées) avec ses tracteurs à Paris, où les rassemblements non déclarés étaient interdits.

« Efficacité »

Mais cette « mansuétude s'applique surtout à la FNSEA », les adhérents de la CR et de la Confédération paysanne étant eux « traités comme des manifestants ordinaires », « objet(s) d'une répression et d'application des lois beaucoup plus strictes », déclare à l'AFP Alexandre Hobeika, chercheur en sciences politiques, spécialiste des questions agricoles.

La Confédération paysanne a d'ailleurs dénoncé une « répression démesurée » à son encontre, après l'arrestation de 52 personnes dont ses porte-parole nationaux, lors de la brève occupation d'une annexe du ministère de l'Agriculture mercredi.

Les 52 interpellés ont été libérés jeudi sans faire l'objet de poursuites judiciaires, malgré la plainte déposée par le ministère, le parquet n'ayant constaté aucune dégradation en dehors de quelques autocollants.

Un « deux poids, deux mesures clair, là depuis longtemps » pour M. Hobeika, pour qui cette différence de traitement « se comprend dans la perspective où l'Etat s'appuie sur la FNSEA pour élaborer les politiques agricoles et pour les faire accepter par les agriculteurs ».

Le positionnement anticapitaliste de la Confédération paysanne l'exclut d'un partenariat avec le gouvernement, en particulier de droite. Quant à la CR, rejointe par de nombreux déçus de la FNSEA, elle a progressé aux dernières élections professionnelles mais n'a « pas encore démontré sa capacité à durer et à incarner une alternative en terme de propositions », selon le chercheur.

Ces derniers mois, la CR s'est surtout exprimée « contre » la politique sanitaire gouvernementale, « contre » le libre-échange, « contre » les écologistes, réclamant un « moratoire sur les contrôles ».

Alors que la FNSEA dispose, elle, de « salariés extrêmement compétents sur le plan technique », produit « de l'expertise » et « une vision prospective pour proposer des solutions à l'État », dit-il, et ce n'est pas nouveau : « en 1986, le président de la FNSEA, François Guillaume, a été nommé ministre de l'Agriculture ».

La FNSEA, qui fête cette année ses 80 ans, assume son rôle de lobbyiste et co-constructeur de la politique agricole.

Son président Arnaud Rousseau, gros céréalier à la tête du géant des huiles Avril, a récemment dit sa volonté de continuer à « porter une ambition pour l'agriculture auprès des pouvoirs publics, quelle que soit la couleur politique des gouvernements ».

« La colère, qui s'exprime d'ailleurs chez tous les agriculteurs, ça ne fait pas un programme », lançait-il mi-janvier, revendiquant « l'efficacité » de la FNSEA et son « travail de fond » auprès des parlementaires - abreuvés de ses propositions d'amendements -, du gouvernement et des instances européennes.

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