Culture de sapins « On s'adapte au réchauffement climatique en essayant de nouvelles variétés »

AFP

Les Noëls blancs relèvent désormais principalement de l'image du passé, mais le sapin reste bien ancré au milieu des salons, ce qui oblige leurs cultivateurs à s'acclimater à des températures de plus en plus élevées.

D'un coup sec de débroussailleuse, Jean-Louis Marcinkowski, 65 ans, fait tomber les arbres les uns après les autres. Sa femme, Anne-Marie, les met en tas et leurs deux employés taillent leur pied et les mettent dans un filet.

Noël approche et l'équipe de la petite entreprise familiale Le Roi Vert, dans le parc naturel des Vosges du Nord, arpente sept jours sur sept ses quelques hectares d'anciennes terres agricoles.

« Un sapin, c'est dix ans de travail », raconte ce passionné qui, avec ses bottes et sa combinaison imperméable jaune ressemble à un marin naviguant dans une mer d'aiguilles vertes.

Sur une parcelle non loin, des mini-sapins d'une vingtaine de centimètres de haut sont roussis de la cime au pied. 20 % des pousses plantées au printemps ont été brûlées par les épisodes de canicule. En 30 ans de culture du sapin, d'abord en marge de son métier de mécanicien dans l'industrie puis à temps plein depuis sa retraite, Jean-Louis Marcinkowski assure constater l'effet du réchauffement climatique. « On s'adapte en essayant de nouvelles variétés », explique-t-il.

Au printemps, il ne replantera plus du Nobilis que « les grandes chaleurs brûlent en été ». Pour se démarquer et ne pas cultiver que du Nordmann - l'actuel roi du sapin -, il s'est tourné vers une nouvelle variété, le Lasiocarpa, qui vient du Nouveau-Mexique et du Colorado, des zones habituées à la chaleur. « On l'a essayé avec 500 sapins, ça a l'air d'aller. Donc, on va se lancer », raconte-t-il, montrant ces arbres aux aiguilles bleues gris denses.

Après plusieurs étés caniculaires d'affilée, « il y a certains endroits en France où on pourra se poser la question de la pérennité de la culture de sapins de Noël », reconnaît Frédéric Naudet, le président de l'Association française du sapin de Noël naturel (AFSNN).

Mais « compte tenu de la durée de la culture qui est de 10 ans, ce n'est pas facile de faire évoluer, on s'adapte plutôt », ajoute le producteur du Morvan, l'un des principaux du pays avec plus de 400 000 sapins par an.

200 producteurs de sapins de Noël

La France compte environ 200 producteurs de sapins de Noël naturels sur quelque 5 000 hectares. Si l'est de la France est particulièrement attaché aux traditions de Noël, les Vosges sont un petit poucet dans la production hexagonale de sapins. La Bretagne et les régions historiques Bourgogne et Rhône-Alpes se distinguent en la matière, soit pour leur météo et leur sol, soit pour leur proximité avec les grandes zones de consommation. Sur l'Europe, l'Allemagne et le Danemark sont particulièrement des gros producteurs.

Souvent attaqués pour cette coupe à la chaîne d'arbres sains, les producteurs de sapins rétorquent qu'il s'agit d'une culture comme une autre qui, en plus, contribue à capter les émissions de CO2 et donc à lutter contre le réchauffement climatique.

« Le sapin naturel pousse sur des terrains agricoles dans un cadre réglementaire bien déterminé. Donc, ça n'a pas de sens de penser que cela contribue à la déforestation », insiste Frédéric Naudet.

En 2018, environ six millions de sapins naturels ont été achetés par environ 20 % des foyers, des niveaux stables, selon une étude faite pour FranceAgriMer.

À peine remis de l'activité intense de novembre et décembre, Jean-Louis et Anne-Marie Marcinkowski retourneront à la tâche dès janvier. Les souches devront être enlevées et la terre retournée, puis il faudra faire les nouvelles plantations, désherber, tailler, mettre des perchoirs en plastique sur leurs arbres pour s'assurer que les oiseaux ne viennent pas s'installer sur la branche du sommet, celle qui, si elle n'est pas parfaite pour y placer l'étoile scintillante, peut envoyer tout un sapin au rebut.

« Les gens sont très difficiles : ils veulent un très beau sapin », qui garde ses aiguilles longtemps, qui sent bon, dense mais avec une base pas trop large pour rentrer dans des logements plus petits, énumère le producteur du Roi Vert. « Et pas cher ! ».


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