Énergies renouvelables Du miscanthus pour chauffer les moines d’Ourscamp

Terre-net Média

Pour réduire leur facture énergétique et répondre à l’encyclique du Pape, les moines de l'abbaye d'Ourscamp dans l'Oise, se chauffent désormais au miscanthus, fourni par deux agriculteurs locaux. Outre le côté écologique, la plante génère une économie circulaire et durable. Visite guidée de l’installation.

L'abbaye d'Ourscamp dans l'Oise.L'abbaye d'Ourscamp dans l'Oise. (©Terre-Net Média)

60 000 € : c’est ce que coûte par an le chauffage de l’abbaye d’Ourscamp. 60 000 € qui partent en fumée dans les sept chaudières (fioul et gaz) existantes. Et ce montant va encore augmenter de 20 000 € suite à la rénovation de l’aile d’un bâtiment.

Le père Bernard, chargé de l’entretien et de la rénovation du site, cherche des solutions pour diminuer cette lourde facture. Interpellé par un projet mené à Hangest-sur-Somme (Somme), il étudie la solution miscanthus et convoque Nicolas Willerval, président de Saelen Énergies, société intégratrice des chaudières Heizomat en France.

Immédiatement convaincu par l’intérêt économique du chauffage au miscanthus, le moine doit trouver la matière première nécessaire à l’alimentation de sa chaudière. Deux agriculteurs locaux sont "recrutés". Ils plantent 12 hectares d’herbe à éléphant, nom plus courant du miscanthus.

En Picardie, le rendement moyen de la culture avoisine les 15 t/ha, l’équivalent d’une production de 7 000 l de fioul. Deuxième avantage du miscanthus, non négligeable : le bilan énergétique, puisqu’il génère 45 fois plus d’énergie que la culture n’en consomme.

Seulement 8 kg de CO2 émis pour 1 000 kWh produits

Basée à Champhol (Eure-et-Loir), Novabiom accompagne le projet de l’Abbaye d’Ourscamp et se charge du recrutement des producteurs de miscanthus. La société assure la plantation. Grâce à ses importantes pépinières, elle fournit des rhizomes de qualité d’origine française. L’entreprise dispose d’une machine spéciale. Quatre opérateurs répartissent manuellement les rhizomes. Puis, ceux-ci tombent par gravité dans le fond d’un sillon, creusé par un soc ouvreur. Des disques recouvrent ensuite le sillon et une roue plombeuse rappuie la terre. La première année, les producteurs bénéficient d’un suivi et de conseils. Très vite, ce n’est plus nécessaire puisque la culture n’a besoin d’aucune surveillance ni d’aucun intrants.

La graminée peut atteindre 3 à 4 m de hauteur. Pour limiter l’invasion, les agriculteurs plantent un hybride stérile, le miscanthus giganteus, dont la culture est assez simple. La seule précaution à prendre : éviter les terres trop superficielles et asphyxiantes. Côté implantation, une planteuse maraîchère suffit. Pour obtenir une densité finale de 15 000 p/m², il est préférable de planter 2 rhizomes/m2.

La première année, la culture exige la surveillance des adventices. Elle est sensible à la concurrence donc il faut être vigilant sur le désherbage. Attention aux lapins également, ils sont friands de cette plante ! La première année, il n'y a pas de récolte. Par contre, la suivante, une ensileuse récolte les tiges en mars - avril à 15 % d’humidité environ. Aucun séchage n’est à prévoir. À ce taux, le miscanthus peut être directement incorporé dans la chaudière.

Question énergie, 1,8 m3 de miscanthus produit 1 000 kWh. Comme la densité du miscanthus est de 130 kg/m3, il faut prévoir un stockage suffisant ou stocker chez le producteur en définissant une fréquence de livraison.  Le coût de production de 1 000 kWh est estimé à 26 €.

Le coût de la paille de miscanthus est, lui, identique à celui du bois déchiqueté. Mais sur le plan écologique, il y a une différence : le miscanthus émet 8 kg de CO2 et les plaquettes de bois 15 kg (pour 1 000 kWh produits).

1 000 kWhEconomique €Ecologique (kg de CO2)
1,8 m3 de miscanthus26
1 m3 de bois plaquettes2615 
0,71 stère de bois bûches5730
200 kg de granulés7335 
80 kg gaz de ville71254
103 l de fioul domestique83346
1 000 kWh électricité14184
78 kg de gaz propane156297

Comparatif écologique et économique de différents produits de chauffage. (©Terre-Net Média)

De plus, le remplacement des chaudières à fioul et à gaz existantes par une solution miscanthus moins polluante évitera le rejet de 210 t de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions de 65 voitures parcourant 15 000 km par an. En intégrant les coûts de fonctionnement (électricité et entretien), le temps de retour sur investissement est proche de cinq ans. Sur 30 ans, l’économie générée est impressionnante : 1,56 million d’euros avec une valeur de l’euro et un prix du pétrole constants.

Une économie de 1,56 million d'euros

L’Abbaye est classée "monument historique". L’intégration paysagère du projet était donc indispensable pour qu’il soit autorisé. L’existant ne devait pas être modifié. Les anciennes chaudières ont donc été conservées, et serviront en cas de panne.

Un petit local a été remis en état (dalle béton et mur de parpaings) pour accueillir le silo et la chaudière. Le système est entièrement automatisé. Pour le remplissage, l’agriculteur vide le miscanthus dans un bac. Grâce à une vis sans fin qui alimente un flux d’air, la paille est projetée dans le silo. Il faut 45 min pour vider les 30 m3 de la remorque.

Au niveau du silo, un désileur assure le brassage et  empêche la formation d’une voûte. Entre le désileur et la chaudière, un écluse sécurise l’installation et empêche la remontée du feu dans le circuit.


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