Climat L’agriculture, à la fois problème et solution

Terre-net Média

L’agriculture joue sur tous les tableaux en ce qui concerne le réchauffement climatique. Elle est à la fois directement impactée, source d’émissions de gaz à effet de serre et l’un des leviers disponibles pour les limiter.

Les prairies peuvent servir de puits de carbone, stocké dans la terre sous forme de matière organique.Les prairies peuvent servir de puits de carbone, stocké dans la terre sous forme de matière organique. (©Terre-net Média)En 2013, selon le Citepa (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique), les émissions de gaz à effet de serre en France métropolitaine se répartissaient entre le transport routier (125 Mt éqCO2), le secteur résidentiel/tertiaire (98 Mt), l’industrie manufacturière (107 Mt) et l’agriculture (88 Mt). « Environ 19 % des rejets de Ges français proviennent de l’agriculture », résume Jean-Pierre Cohan, responsable fertilisation chez Arvalis-Institut du végétal.

Limiter la responsabilité de l’agriculture

Sur les 88 Mt de gaz à effet de serre émis par l’agriculture, 46 % sont imputables à l’élevage et 40 % aux cultures. L’évolution de six gaz fait l’objet d’un suivi : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), ainsi que les HFC, NF3 et SF6.

Des perspectives peu engageantes

Selon le dernier rapport du Giec, il faut s’attendre, si rien ne change d’ici 2100, à une augmentation de la température moyenne globale de plus de 5,5°C et à une élévation du niveau de la mer de plus d’un mètre. Dans le scénario le plus optimiste, la hausse pourrait être contenue dans une fourchette de 1 à 2,4°C. À condition de prendre dès à présent des mesures pour limiter les rejets de Ges. Pour rester sous le seuil des 2°C, les experts estiment nécessaire de réduire les émissions de 10 % par décennie, soit de 40 à 70 % entre 2010 et 2050.

L’agriculture est la première responsable des émissions de CH4 et N2O. Elle n’intervient que très peu dans celles de CO2. Quant au protoxyde d’azote, la production agricole est à l’origine de 90 % des rejets français. En cause principalement, la production végétale (91 % de ces émissions). L’agriculture est la première activité émettrice de méthane (67 % des rejets), avec pour source unique l’élevage.

Le secteur a déjà initié des chantiers pour limiter sa part de responsabilité. La filière biodiesel européenne se fixe l’objectif de réduire de 50 % les émissions de Ges de ses biocarburants par rapport à celles du gazole.

« Sachant que les deux tiers de la production de colza sont aujourd’hui transformés en biodiesel, précise André Merrien de Terres Inovia, et que la part de l’agriculture s’élève à 80 % s’agissant des émissions évaluées pour le biodiesel, nous avons tout intérêt à améliorer le profil environnemental de la culture. » Les actions identifiées concernent, entre autres, pour la gestion de l’azote, le développement des outils d’aide à la décision et l’introduction de légumineuses dans la rotation ; pour une action sur le rendement, il faut améliorer l’implantation et utiliser une barre de coupe avancée. Les couverts associés et le fractionnement de l’azote sont aussi à l’étude.

20 à 30 % d'atténuation possible

Toutes cultures confondues, le lien entre apport d’azote et rejets de protoxyde d’azote ne fait aucun doute. Par contre, la proportionnalité n’est pas établie. Jean-Pierre Cohan explique que d’autres facteurs interagissent tels que la quantité d’eau.

« Pour une même stratégie de fertilisation, la production de NH4 est très supérieure dans une parcelle hydromorphe non drainée comparé à un champ drainé. » D’autres solutions ont été identifiées comme l’ajout d’additifs aux engrais, pour les rendre moins émissifs, ou l’introduction de légumineuses dans le système, pour remplacer une partie de l’azote de synthèse par de l’azote symbiotique.

« Chez les bovins, le méthane est surtout issu, de la fermentation entérique : 59 % du CH4 émis par les vaches allaitantes et 52 % par les laitières », précise André Le Gall de l’Institut de l’élevage. Selon lui, des actions correctives sur le management du troupeau, l’alimentation et la gestion de l’azote atténueraient de 20 à 30 % la contribution de l’élevage.

Gestion de la fertilisation

L’agriculture dispose cependant d’un avantage unique : les cultures, les prairies peuvent servir de puits de carbone, stocké dans la terre sous forme de matière organique, en fonction de la nature du sol, des pratiques culturales et des conditions climatiques. « Les prairies, note André Le Gall, contiennent 80 t/ha de carbone dans les 30 premiers centimètres du sol. Les permanentes en concentrent en moyenne 570 kg/ ha de plus chaque année et les temporaires 80 kg. »

Pour les cultures et les vergers, le stock se situe autour de 50 t/ha. « Grâce à ce phénomène, l’agriculture compense en partie ses émissions, à hauteur de 28 % pour l’élevage bovin. » Une autre manière de lutter contre le changement climatique serait d’accroître ce potentiel de stockage, avec des prairies temporaires de plus longue durée notamment.

Stocker le carbone

En grandes cultures, Jean-Pierre Cohan détaille l’impact positif de certains changements de pratiques sur la capacité des sols à stocker le carbone, comme l’implantation de cultures intermédiaires (+ 0,24 tC/ha ± 0,11) ou l’agroforesterie (+ 0,30 tC/ha, avec une fourchette de 0,03 à 0,41 tC/ha).

Il rappelle le lien étroit entre production de biomasse, restitution de carbone par les résidus et évolution du stock dans les sols. « Pour stocker du carbone, il faut produire de la biomasse et en restituer au sol. Les cultures intermédiaires sont un parfait exemple. »

Pour une évaluation pertinente, par convention, les émissions de chaque gaz sont ramenées à un équivalent CO2 selon son pouvoir de réchauffement global, soit l’importance de sa contribution au phénomène. Ainsi, si le CO2 compte pour 1 dans le réchauffement, la part du CH4 est de 25, c’est-à-dire qu’il a un impact 25 fois supérieur au CO2. Pour les autres gaz : N2O = 298, HFC = 2 093 (en 2013), NF3 = 17 200, et SF6 = 22 800.

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