L'amour est dans le pré L'homosexualité est-elle acceptée dans le monde agricole ?

Terre-net Média

La saison 10 de l'émission « L'amour est dans le pré », dont la diffusion démarre ce 8 juin sur M6, accueille pour la première fois un agriculteur gay, Guillaume. L’occasion de savoir si l’homosexualité est acceptée par les agriculteurs et les agricultrices.

L'homosexualité ne semble pas véritablement acceptée. Selon les agriculteurs, l'homosexualité ne semble pas véritablement acceptée dans le monde agricole. (©Terre-net Média)

Sondage homosexualité et agriculture. Sondage en ligne auprès de 2.609 lecteurs
de Terre-net et Web-agri , réalisé du
12 au 19 janvier 2015 lors du lancement
officiel de l'émission « L'amour
est dans le pré » 2015.

A  peine plus  d’un quart des agriculteurs pensent que « l’homosexualité est acceptée dans le secteur agricole », selon un sondage réalisé auprès des lecteurs de Terre-net et Web-agri (voir ci-contre). Mais la grande majorité des répondants (61,3 %, soit deux tiers des avis exprimés) estiment qu’elle ne l’est pas. Un sentiment qui illustre les difficultés pour un agriculteur gay ou une agricultrice lesbienne de vivre ouvertement son homosexualité.

Moins acceptée que chez l’ensemble des Français

Un sentiment un peu faussé : en réalité 52 à 53 % des agriculteurs et des agricultrices estimeraient l’homosexualité comme une pratique "acceptable" (lire plus bas). C’est moins que chez l’ensemble des Français pour lesquels, de plus en plus, l'homosexualité est une manière comme une autre de vivre sa sexualité. Cette "acceptation" est en hausse régulière mais a cependant reculé en 2013 selon une étude internationale publiée par le cercle de réflexion américain Pew Research Center, sans doute sous l’effet des tensions sur le "mariage pour tous".

Menée depuis 1973, initiée par la Sofres puis reprise par divers instituts et organismes dont l’Ifop, une enquête permet de mesurer l’évolution de l'opinion des Français envers l’homosexualité. Elle montre que l’homosexualité est de plus en plus considérée comme « une manière acceptable de vivre sa sexualité », ou « une manière comme une autre de vivre sa sexualité ». Sa dernière vague a été réalisée par Ipsos fin 2012 avec In&Outside, association de lutte contre les discriminations et de promotion des Lgbt (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) des anciens de l'Ecole des Hautes études commerciales (Hec). Elle contient aussi deux réponses chocs (l’homosexualité est pour vous « une perversion sexuelle que l'on doit combattre » et « une maladie que l'on doit guérir ») qui sont aussi un indice de mesure de l’homophobie. En voici les résultats auprès de l’ensemble des Français :

Source des chiffres ci-dessus : compilation de résultats d'enquêtes Sofres et Ipsos réalisées auprès de l'ensemble des Français de 1973 à 2012.

Sondage en ligne auprès de 1.150 lecteurs  de Terre-net et Web-agri, réalisé du 1er au 3 juin 2015 Sondage en ligne auprès de 1.150 lecteurs
de Terre-net et Web-agri,
réalisé du 1er au 3 juin 2015.
 

Et en agriculture ? Nous avons posé la même question aux agriculteurs via un sondage en ligne sur Terre-net et Web-agri du 1er au 3 juin 2015. Résultat : 52,5 % voient dans l’homosexualité « une manière comme une autre de vivre sa sexualité », soit 72 % des lecteurs qui se sont exprimés (contre 90 % chez l’ensemble des Français selon l'enquête Ipsos pour In&Outside de décembre 2012). 

Un écart entre les agriculteurs et l'ensemble de la population avait également été observé en 2006-2007 : selon le baromètre Cevipof-Ifop-ministère de l'Intérieur, l'homosexualité était alors une pratique jugée "inacceptable" pour 47 % des agriculteurs, contre seulement 21 % pour les autres catégories socioprofessionnelles.

Selon nos chiffres 20 % des agriculteurs voient dans l’homosexualité « une perversion sexuelle que l’on doit combattre » ou « une maladie que l’on doit guérir ». Contre 10 % chez l’ensemble des Français. 

Le sujet de l’homosexualité reste tabou

Ce sondage amène aussi d’autres conclusions.

La part d’agriculteurs qui ne se prononcent pas est très élevée (plus de 27 %). Beaucoup plus que dans l’enquête nationale. Parce que les réponses ne leurs conviennent pas ? « Je ne veux pas choisir entre être pro-homosexuel et être homophobe » nous a par exemple dit un lecteur. Une certaine indifférence ? D’autres voulaient juste voir les résultats sans se prononcer. Mais certains étaient aussi gênés… Plusieurs parce que choqués par les réponses proposées. D’autres car l’homosexualité reste souvent taboue en milieu agricole et rural.

C’est du côté de nos confrères de la presse agricole que les réactions se sont faites les plus virulentes lorsque nous avons publié le sondage en ligne. Pour certains parce qu’ils ont été outrés par les deux réponses homophobes, ce qui est plutôt bon signe. Mais d’autres parce qu’ils estiment qu’il ne faut pas en parler. Face aux réactions, nous avons même dû retirer le sondage un peu plus tôt que prévu, une mobilisation s’étant lancée sur Twitter pour en fausser les résultats (comme nous sommes alertés en cas de dérive des résultats, nous n’avons donc pas tenu compte des votes des dernières heures).

Sans doute avons-nous commis l’erreur de ne pas bien expliquer le contexte de ce sondage et de son historique depuis 1973. Mais si cela démontre que l’homophobie est devenue choquante (et c’est tant mieux), cela montre aussi qu’il reste très délicat de parler d’homosexualité. En tout cas dans le monde agricole et rural. Faudrait-il se contenter de dire qu’il y a un candidat homosexuel à « L’amour est dans le pré » sans chercher à aller plus loin ? La réalité est que l’homophobie est encore là, même si elle régresse en agriculture comme dans le reste de la société. Il vaut mieux en parler que le nier. 


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