; Flambée des prix du gaz et de l'électricité : explications

Gaz, électricité... La flambée des prix de l'énergie, phénomène mondial et complexe

AFP

La flambée des prix du gaz qui touche les Français est un phénomène mondial qui obéit à de nombreux facteurs. Et pour en sortir, il existe plusieurs solutions potentielles.

Une flambée historique du gaz

« Les prix du gaz que l'on voit actuellement sur le marché au comptant [où livraison et règlement sont instantanés] en Asie et en Europe sont extrêmement élevés, c'est un record », souligne Anne-Sophie Corbeau, spécialiste de l'énergie à l'université de Columbia.

Il en va de même pour le charbon, avec des prix autour de 200 dollars par tonne. Le marché du carbone est également très tendu. « Il y a un effet d'entraînement » entre toutes ces matières premières, estime Anne-Sophie Corbeau, qui s'exprimait jeudi au Congrès du gaz.

Concrètement, cela se traduit par une série de fortes hausses pour le consommateur français : le régulateur de l'énergie a annoncé une hausse de 12,6 % TTC au 1er octobre des tarifs réglementés du gaz appliqués par Engie. Et une nouvelle hausse de 15 % pourrait intervenir dans un mois si rien ne change.

Le tarif réglementé « a augmenté de quasiment 70 % en plus d'un an. Pour un foyer qui se chauffe au gaz, il y a un impact de 600 euros par an », selon Julien Teddé, directeur général du courtier Opéra Energie.

Au Royaume-Uni, dépendant du gaz pour générer de l'électricité et déjà en proie à des pénuries, dont l'essence, les prix du gaz ont augmenté de 85 % depuis le début du mois et de 300 % depuis le début de l'année. Jeudi, le gaz britannique pour livraison dans un mois a atteint un plus haut historique.

Cela touche aussi des entreprises. « On observe aujourd'hui certains industriels qui baissent leur production en France », remarque Julien Teddé.

Côté pétrole en revanche, le baril est remonté mais reste loin de ses records. Le baril de Brent de la mer du Nord évolue actuellement sous les 80 dollars le baril.

Comment en est-on arrivé là ?

C'est d'abord la reprise économique mondiale, et notamment en Chine, qui a soutenu la demande en énergie après le trou d'air du Covid-19.

Autre facteur : « les aléas climatiques », souligne Anne-Sophie Corbeau. Des hivers longs et froids en Asie et en Europe ont notamment tiré sur la demande pour le chauffage.

La météo s'est aussi traduite par une production éolienne décevante en Europe au deuxième trimestre, compensée par le gaz.

Des problèmes techniques ont également pesé sur l'offre. « Il y a eu tout un tas de problèmes sur des installations de GNL (gaz naturel liquéfié) un peu partout dans le monde », indique Geoffroy Hureau, secrétaire général de Cedigaz, une association professionnelle. Par exemple, une installation de GNL en Norvège a subi un incendie il y a un an et n'est toujours pas opérationnelle. La production gazière des Pays-Bas est également en déclin du fait de l'arrêt programmé du gisement de Groningue.

Enfin, « les stockages sont à un niveau historiquement bas pour cette période de l'année », rappelle M. Hureau.

Quid de l'électricité ?

Les tarifs réglementés de l'électricité devraient connaître une nouvelle hausse « aux alentours de 12 % » en début d'année prochaine, a indiqué jeudi la ministre de la transition écologique Barbara Pompili.

Le marché de gros de l'électricité suit en effet en partie celui du gaz et augmente fortement actuellement. Mais cela ne se traduit pas de la même manière que pour le gaz dans les tarifs de l'électricité appliqués aux Français, qui ne sont revus que deux fois pas an.

« En électricité, il y a moins d'exposition aux prix de marché parce qu'en partie le risque est couvert par le coût du nucléaire historique, bien plus bas que le prix de marché », souligne Julien Teddé.

EDF est en effet obligé de vendre une partie de son électricité nucléaire, à bas prix, à ses concurrents.

Quelles solutions ?

Côté approvisionnement, l'avenir dépendra de l'augmentation ou non des livraisons de gaz à l'Europe du russe Gazprom. « La question est non seulement "est-ce que Gazprom a la capacité" mais aussi la volonté d'approvisionner davantage l'Europe », juge Mme Corbeau.

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a dénoncé jeudi l'attitude du président russe Vladimir Poutine, pour qui « il suffit de jouer sur cet approvisionnement pour faire monter les prix et pour rogner sur notre indépendance ».

De façon plus immédiate, le gouvernement peut aider les ménages en jouant sur la fiscalité au travers de la TVA ou de taxes spécifiques comme la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel (TICGN).

Il peut aussi élargir des aides comme le chèque énergie, versé aujourd'hui à 6 millions de ménages modestes, qui a déjà été rallongé de 100 euros.

Les entreprises peuvent pour leur part acheter « sur le plus long terme » et profiter de tarifs plus avantageux à l'horizon de quelques années, préconise Julien Teddé.

Autre solution : le gouvernement pourrait décider de « lisser » les hausses de tarifs en anticipant sur les baisses futures. Concrètement, seulement une partie de la hausse de prix serait répercutée sur les consommateurs pour l'instant. En contrepartie, quand les cours baisseront, les consommateurs devront attendre avant de voir baisser les prix.


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