Les céréales ont perdu 16 500 ETP en 10 ans

Jeune agriculteur dans un champ avec un tracteur
Depuis 2018, l'augmentation du salariat compense presque totalement la diminution de l'emploi non salarié, en productions végétales du moins. (©Dusan Kostic, Adobe Stock)

« Moins connue et partagée que la baisse du nombre d’agriculteurs, très marquée et quasi continue depuis 1980 : la stabilisation, rapide, de la population active agricole depuis 2015 », pointe Christophe Perrot, chargé de mission économie de l’élevage et territoire à l’Idele, en ouverture du séminaire de restitution de l’étude du RMT Filarmoni sur la quantification des emplois dans les filières agro-alimentaires françaises, organisé en décembre.

Dans les années 80-90, l'emploi agricole total a fortement baissé, de - 4 % par an en moyenne, suite à « une sorte de plan social visant à aider les exploitants jugés peu productifs dans des fermes impossibles à moderniser à quitter le secteur pour ne conserver que les exploitations compétitives, et qui s’est arrêté brutalement », rappelle-t-il. De 2000 à 2010, le recul n’est plus que de 2 % par an, puis de 1 à moins de 1 % ensuite. Depuis 2018 en effet, l’augmentation du salariat en agriculture compense presque totalement la diminution de l’emploi non salarié, en productions végétales du moins.

Car en élevage, le nombre d’ETP (équivalents temps plein) a reculé de — 22,6 % sur la même période, selon les données d’Agreste et du RGA traitées par l’Idele et le RMT Filarmoni. En 2020, il s’établissait à 260 200 contre 397 900 dans les filières végétales, soit 40 % des effectifs totaux contre 60 %. « Cette différence s’explique par celles observées sur la nature du travail agricole mobilisé et les problématiques diverses qui en découlent », analyse Christophe Perrot.

La production céréalière à la 3e place

Concrètement, l’élevage de ruminants repose sur la main-d’œuvre familiale : il représente 50 % des ETP non salariés agricoles et 37 % des exploitations françaises, le salariat que 14 % des ETP des fermes avec ruminants. Et cette main-d’œuvre est difficilement externalisable, en particulier « pour les soins au troupeau et l’alimentation, la traite au robot progressant », fait remarquer l’économiste.

« Il y a moins de plan B ou de plan C comme en productions végétales. » « L’élevage est en première ligne pour affronter le choc démographique d’une génération sur le départ », appuie-t-il. Les cultures, elles, font de plus en plus appel à la main-d’œuvre agricole salariée – 47 % des ETP des exploitations sans animaux – et à la sous-traitance (74 % des travaux confiés aux Cuma, ETA ou autre le sont par des structures spécialisées en productions végétales).

En considérant chaque filière, en équivalent temps plein non salarié et salarié, la viticulture arrive loin devant avec 124 695 ETP, suivi des bovins lait (89 735 ETP), des céréales (84 300 ETP) et des bovins viande (82 066 ETP). La place du salariat varie beaucoup d’une production à l’autre, avec le maraîchage, l’arboriculture, l’horticulture et la viticulture en tête, rassemblant plus de 55 % de main-d’œuvre salariée, les céréales en totalisant 19 %, les bovins lait 15 % (avec une progression rapide ces dernières années : + 6 % entre 2021 et 2023) et les bovins viande 9 %.

25 % des ETP dédiés à l’élevage

Un chiffre qui s’élève à 35 % tous secteurs confondus. L’externalisation de certaines tâches et la prestation de service en agriculture comptent pour 24 000 ETP sur les exploitations agricoles et 51 000 dans les Cuma, les ETA, les boîtes d’interim, etc. (chauffeurs, mécaniciens pour l’entretien du matériel, personnel administratif…), les céréales se classant ici deuxième derrière la viticulture. Entre 2010 et 2020, ce sont les bovins lait et viande qui ont perdu le plus d’ETP : — 24 100 et — 21 056 respectivement, et — 45 000 au total. Viennent ensuite les céréales avec — 16 439 ETP. Seul le maraîchage connaît une hausse significative.

« Toutes les productions animales sont en repli à part les caprins et les œufs », précise Christophe Perrot. Le niveau de production, lui, a diminué de 20 % en bovins lait, de près de 20 % en bovins viande et de 12 % en céréales ; quant à la productivité du travail, elle s’est accrue de 28 % en bovins lait, 20 % en bovins viande et 11 % en céréales.

« Les emplois à la production sont interdépendants, souligne-t-il cependant. Si l’on regarde ceux en élevage, 80 % des ETP sont affectés aux animaux et 20 % aux cultures pour l’alimentation du troupeau ou parce que ce sont des exploitations de polyculture-élevage. C’est encore plus vrai dans l’autre sens : dans les fermes avec des cultures, 70 % des ETP correspondent aux productions végétales et 30 % aux productions animales. En zoomant un peu, 25 % des ETP des fermes de grandes cultures sont dédiés à l’élevage d’herbivores. »

Des céréales un peu partout en France

Dans les exploitations spécialisées « herbivores », ce chiffre atteint 80 % : 90 % consacrés aux vaches laitières dans les élevages bovins lait et 55 % aux bovins viande en production allaitante entre autres. Dans les fermes céréalières, les céréales mobilisent 30 % des ETP spécifiquement. » Les exploitations les plus spécialisées se retrouvent donc dans les filières bovins lait et viticole. Les élevages bovins viande regroupent aussi d’autres herbivores et des céréales, les fermes céréalières d’autres grandes cultures et cultures pérennes, ainsi que des herbivores.

Sur le plan géographique, malgré la diversité des territoires et leur lien avec une ou des productions en particulier (zones de montagne, plaines…), les céréales et l’élevage herbivore sont plutôt bien répartis avec une prépondérance malgré tout de ce dernier dans le Massif central (un emploi sur quatre et 35 % de l’emploi en bovins viande), puis dans le sud de la Normandie, au nord de la Bretagne, en Mayenne et dans la Sarthe, et des cultures céréalières bien sûr dans le Centre, le Bassin parisien, les Hauts-de-France, et quelques départements du Sud-Ouest comme les Landes, le Gers, la Haute-Garonne…

L’emploi agricole dans son ensemble se replie dans le Massif central, l’Est puis le Nord, le Grand Ouest, les Alpes et les Pyrénées. En élevage, il régresse partout mais essentiellement dans le Massif central, le Grand Ouest et le Sud-Ouest, au profit des productions végétales dans les deux premières régions ; dans l’Est et le Nord, il n’y a pas ce phénomène de compensation.

Inscription à notre newsletter

COACHING

Coaching

Avec Charlie, mon coach agri, approfondissez vos connaissances, pilotez votre exploitation et optimisez vos décisions

MATÉRIELS D'OCCASIONS

Terre-net Occasions

Plusieurs milliers d'annonces de matériels agricoles d'occasion

OFFRES D'EMPLOIS

Jobagri

Trouvez un emploi, recrutez, formez vous : retrouvez toutes les offres de la filière agricole

Réagir à cet article