« Quinzaine de la transmission » Manque de moyens pour faire face aux défis de la transmission des exploitations

Terre-net Média

Avec 45 % des agriculteurs qui ont plus de 50 ans, la transmission des exploitations agricoles constitue un enjeu crucial ces 10 prochaines années pour la Ferme France. Mais le défi se heurte à de nombreuses difficultés, et un manque de moyens en matière d’accompagnement.

Plus que l'installation, la transmission des exploitation est un enjeu crucial pour l'agriculture française pour les dix prochaines années.Plus que l'installation, la transmission des exploitations est un enjeu crucial pour l'agriculture française pour les dix prochaines années. (©Terre-net Média)

« Autour d’Angoulême, en Charente, sur 900 exploitants, 500 cesseront leur activité dans les 10 ans qui viennent. » C’est dire à quel point la transmission des exploitations est un enjeu pour le dynamisme agricole des territoires.

Lors d’une table-ronde organisée par l’APCA à l’occasion de la « quinzaine de la transmission », du 14 au 25 novembre 2016, Martial Pouzet, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture de la Charente, est venu témoigner du manque de moyens pour accompagner les cédants souhaitant transmettre leur exploitation. « Actuellement, nous sommes en mesure d’accompagner seulement une centaine de cédants par an. Je suis seul à travailler vraiment sur la transmission en Charente. Mais il faudrait au moins trois personnes pour couvrir les besoins du département. »

Valeur patrimoniale contre valeur de rentabilité

Les besoins d’accompagnement des agriculteurs souhaitant transmettre leur ferme dans les années qui viennent sont à la mesure des difficultés que ces derniers rencontrent.

Le gros chapitre des difficultés est d’ordre économique. La plupart des futurs cédants ont investi dans leur outil de production, modernisé et/ou agrandi leur structure. Et il s’agit pour eux de céder davantage la valeur patrimoniale de leur ferme. Une valeur souvent déconnectée de la valeur de rentabilité, surtout dans les productions en crise. « Lorsque le cédant transmet son bâtiment, il serait bon qu’il tienne compte des aides qu’il a perçues pour le construire », explique ainsi Pierre-Marie Vouillot, représentant de Jeunes agriculteurs.

« Nous avons un sérieux problème d’évaluation de l’entreprise, poursuit Emmanuel Hyest, président de la FNSafer. Si nous ne sommes pas capable d’évaluer une entreprise en fonction de sa capacité à dégager un revenu, nous irons vers une financiarisation de l’agriculture. »

« Avec des capitaux transmis de plus en plus importants, les cédants auront de plus en plus de mal à obtenir le chèque de l’intégralité de leur ferme le jour de la signature », estime Martial Pouzet. « Pour un cédant, la transmission devient un projet professionnel en soi. Vu le montant des capitaux à céder, il faudra penser de plus en plus à transmettre progressivement. »

Certaines pistes émergent pour favoriser la transmission progressive. Comme celle de Jeunes agriculteurs. « Nous avons proposé la création d’un compte d’épargne défiscalisé pour les cédants, explique Pierre-Marie Vouillot. Pendant cinq ans, le cédant abonderait ce compte. A la transmission de sa ferme, il pourrait en récupérer un tiers. Les deux autres tiers seraient transmis au preneur pour l’aider dans son installation. A charge pour lui de rembourser sur plusieurs années. »

Penser à la transmissibilité de sa ferme 10 ans avant de partir

L’autre chapitre des difficultés est d’ordre psychologique : les cédants doivent évoluer dans leur façon d’envisager la cession de leur ferme. Selon Martial Pouzet, ils sont encore nombreux à envisager la cession de leur ferme dans un cercle familial rapproché. « Sociologiquement, on est agriculteur de père en fils. Sauf qu’aujourd’hui, c’est une tendance qui diminue. Les "hors cadre familiaux" constituent 25 à 30 % des candidats à l’installation. Et il faudrait que leur proportion soit plus importante pour assurer la reprise de toutes les exploitations à transmettre dans les prochaines années. »

« Les cédants doivent davantage anticiper leur cessation d’activité », rappelle le spécialiste. Si la phase de transmission en tant que telle ne dure qu’un an ou deux, il faut penser à la transmissibilité de son exploitation dix ans avant de partir. »

« C’est certain, le cédant devra prendre des risques lorsqu’il installe progressivement un repreneur. Il faut l’accompagner au changement », résume Raymond Vial, vice-président de l’APCA en charge de la transmission.

Au-delà de la « quinzaine de la transmission » qui s’achève, les Chambres d’agriculture, qui revendiquent leur rôle de chef d’orchestre de la transmission des exploitations, comptent poursuivre la sensibilisation des futurs cédants sur la nécessité d’anticiper leur départ. « Mais il faut aussi sensibiliser les élus locaux, pour qu’ils soutiennent les actions entreprises, et qu’ils aient conscience que les exploitations agricoles constituent une bonne part des entreprises de leurs territoires ».


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