Formation des prix et des marges P. Chalmin : « Nous sommes arrivés aux limites du supportable »

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Pour Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, les distributeurs et les industriels ont joué un rôle important d’amortisseur sur les prix à la consommation, face au redressement des prix agricoles, notamment en filières animales. Mais, reconnaît-il, les limites de la logique française de maintien de prix bas pour le consommateur ont été atteintes.

Présentation du troisième rapport de l'observatoire de la formation des prix et des margesLe troisième rapport de l'observatoire de la formation des prix et des marges a étudié pour la première fois le prix du pain et celui des pâtes alimentaires.(©Terre-net Média)

Pour son troisième rapport – un pavé de 350 pages que Philippe Chalmin a présenté mercredi 4 décembre 2013 – l’Observatoire de la formation des prix et des marges a étudié trois nouvelles filières, dont deux concernent le secteur céréalier : celles du pain, des pâtes alimentaires et, en élevage, celle des fromages de chèvre.

Quels que soient les filières ou les produits, les distributeurs et les transformateurs « ont joué un rôle important d’amortisseur » des prix en rayon en faveur des consommateurs.

Part de l'agriculture et des IAA dans le panier alimentaire des ménagesPart de l'agriculture et des IAA dans le panier
alimentaire des
ménages. (©FranceAgriMer)

Pour chaque filière ou produit étudié, l’observatoire a calculé un « prix simulé » au détail, prix qui serait nécessaire pour que les distributeurs et transformateurs maintiennent « leur marges brutes à leur niveau de 2005, majoré par l’inflation ». Dans le secteur des pâtes alimentaires et du pain, ce prix simulé est passé au-delà du prix observé courant 2010 ou 2011, quand les cours des céréales se sont fortement redressés.

Même constat pour les filières animales. Le prix du lait Uht observé en Gms par exemple est passé courant 2013 en dessous du prix « simulé » nécessaire au maintien des marges brutes quand les prix à la production ont augmenté.

Ainsi, des « prix simulés » passés supérieurs aux prix réels en magasin, signe que les enseignes et transformateurs ont renié sur leurs marges, ont été observés pour le pain, les pâtes alimentaires, le jambon, la viande bovine, les volailles et le lait.

Avec la hausse du prix du blé, qui a toutefois contribué à celle du prix de la baguette de pain, la céréale a représenté entre 8 et 9 % de la valeur de la baguette au premier semestre 2013, contre environ 4 % en 2009. Le blé dur, lui, représente 20 à 25 % du prix des pâtes alimentaires, contre  13 % il y a huit ans.

Les Gms améliorent leurs marges nettes

Chez les Gms, l’observatoire constate  néanmoins une amélioration des marges nettes 2012 après impôts par rapport à 2011. Au rayon charcuterie, elle passe même de 4,7 à 5,8 % du chiffre d’affaires des enseignes. Des améliorations qui montrent que, même si les distributeurs ont joué « le rôle d’amortisseur », ce n’est pas au détriment de leurs marges ! D’ailleurs, souligne le président de l’observatoire, « force est de constater que dans bien des filières, notamment animales, nous sommes arrivés aux limites du supportable » pour les producteurs.

Comptes moyens par rayon en GmsComptes moyens par rayon en Gms (©Ofpm)

« Même en tenant compte des hausses de prix, les secteurs d’élevage étaient début 2013 clairement dans le rouge dans le domaine du porc, de la volaille, et à peine à l’équilibre – en tenant compte des subventions – pour les filières bovine et laitière. Les comptes des industriels, eux, n’ont cessé de se dégrader. « La fin des dernières mesures issues de la Pac, comme les restitutions à l’exportation, n’ont fait qu’accentuer le phénomène. »

Par ailleurs, l’économiste a aussi souhaité éviter la polémique de son précédent rapport, à l’automne 2012, qui laissait sans explication la ventilation des « charges communes » des distributeurs  par rayon et passait même sous silence ce qu’elles comprenaient. Ce troisième rapport contient ainsi les clés de répartition – le plus souvent au prorata du chiffre d’affaires du rayon - d’une douzaine de charges comprises dans cette dénomination, entre les frais de personnel hors rayon ou hors magasin aux impôts et taxes, frais financiers et amortissements, notamment.

La pression des enseignes entretient une logique destructrice

« Rôle d’amortisseur » d’un côté avec sa logique de maintien de bas prix dans les rayons, mais amélioration des marges nettes 2012 de l’autre : la distribution ne semble pas vraiment perdante face à la hausse des prix des matières premières agricoles dès lors qu’elle continue d’exercer sa féroce pression sur les prix en amont.

Pris observé et simulé de la baguette de painPrix observé et simulé de la baguette de pain (©Ofpm)

Alors jusqu’où peut-on maintenir en rayon un prix moyen du litre du lait demi-écrémé à 0,73 € ? Pour Philippe Chalmin, « nous sommes arrivés aux limites » de notre système de formation des prix, et donc des marges. Mais l’économiste tempère : « Ce n’est pas à l’Etat de dire ce qui est bien ou mal en matière de marges. » Dans la filière laitière notamment, les pouvoirs publics peinent à faire respecter la loi en matière de contractualisation. On ne voit pas comment l’Etat pourrait être autorisé à régir les marges. Là n’est pas le débat.

D'ailleurs, les producteurs ne s'y trompent pas. La Fnsea a réagi en insistant sur le fait que les agriculteurs ne pouvaient plus être les variables d'ajustement de la formation des prix.

En attendant, le constat reste le même. La guerre acharnée entre enseignes de la distribution pour maintenir des bas prix dans les rayons entretient celle du partage de la valeur ajoutée. Le grand gagnant de cette pression reste le consommateur. Mais à force de voir des prix bas dans les Gms, il ne s’en aperçoit pas. Et Philippe Chalmin de citer nos voisins allemands. Outre-Rhin, les distributeurs ne cherchent pas à stabiliser autant leurs prix. Les étiquettes dans les rayons évoluent à mesure que les prix à la production augmentent ou baissent.

 


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