Retraites agricoles Pour les agriculteurs, une réforme tant espérée, mais si insuffisante

Arnaud Carpon, avec AFP Terre-net Média

Avec sa promesse d'une retraite au moins égale à 85 % du Smic, la réforme proposée par le Gouvernement est en soi une bonne nouvelle pour les agriculteurs. Mais le monde agricole attend finalement beaucoup d'une réforme des retraites qui ne répond pas à leur revendication initiale : revaloriser aussi les pensions des actuels retraités.

Les actuels retraités, ainsi que ceux qui prendront leur retraite d'ici 2022, sont pour l'heure exclus des propositions de revalorisation des pensions actuellement proposées par le Gouvernement.Les actuels retraités, ainsi que ceux qui prendront leur retraite d'ici 2022, sont pour l'heure exclus des mesures de revalorisation des pensions actuellement proposées par le Gouvernement. (©Terre-net Média)

« Pour le secteur agricole, nous espérons qu'elle sera bénéfique », déclarait ainsi début décembre Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, pour expliquer pourquoi les agriculteurs ne se joignaient pas au mouvement social contre la réforme des retraites.

Début 2019, plus de 1,3 million de personnes (572 196 hommes et 744 585 femmes) bénéficiaient d'une pension au régime des non-salariés agricoles de la MSA, pour moins de 450 000 actifs. Les montants mensuels moyens pour les retraités ayant validé une carrière complète est de 953 euros pour les hommes et 852 euros pour les femmes, assure la MSA.

Dans ce contexte de faibles niveaux de pensions de retraite agricole, la réforme du Gouvernement, qui propose qu'un chef d'exploitation agricole ayant une carrière complète perçoive au moins 1 000 € net de retraite en 2022, puis 85 % du Smic à partir de 2025, permettra donc une hausse des revenus pour un bon nombre d'entre eux.

À lire >> Réforme des retraites : le Gouvernement oublie-t-il le monde agricole ?

Edouard Philippe, présentant les détails de la réforme le 11 décembre 2019.Edouard Philippe, présentant les détails de la réforme le 11 décembre 2019. (©Terre-net Média)
Dans le paysage syndical agricole, seules deux organisations soutiennent le mouvement de grève entamé par les syndicats de salariés : la Confédération paysanne et le Modef. Tous deux militent pour un régime universel solidaire et équitable. « Ce qu'on ne voudrait pas, c'est se marginaliser encore une fois. On a loupé le régime général lors de l'institution des lois sociales en 1945, on ne voudrait pas continuer à s'isoler du monde des travailleurs. Du coup, la logique, c'est de s'associer aux manifestations. Même si la grève pour nous, ça n'existe pas », explique ainsi André Tissot, de la Confédération paysanne.
« Les 1 000 €, c'est une escroquerie intellectuelle »
Le Modef, lui, demande « le retrait pur et simple de la réforme » et « une retraite à 1 200 € pour tous à 60 ans ».
« Les 1 000 €, c'est une escroquerie intellectuelle », assure pour sa part Armand Paquereau de la Coordination rurale, pour qui cette mesure devrait être appliquée depuis longtemps : en décembre 2016, une proposition de loi avait déjà été déposée pour porter le niveau minimal des retraites agricoles de 75 % à 85 % du Smic. Mais en mars 2018, le gouvernement a renvoyé l'application du texte après sa réforme des retraites, rappelle-t-il.

Si cette réforme améliore potentiellement le sort des futurs retraités agricoles, elle ne change rien à celui des 1,3 million de retraités actuels, ce dont s'inquiètent tous les syndicats. Pire, la revalorisation mise en avant ne concernera exclusivement que les retraités qui auront cotisé une carrière complète. La réforme ne résout pas le problème des faibles retraites de ceux qui n’ont pas cotisé une carrière complète (43 ans), un problème encore plus criant pour les femmes, les conjoints collaborateurs, les veuves et les aides familiaux.

Pour le statut de « conjoint collaborateur », traditionnellement réservé aux épouses travaillant sur l'exploitation, « comme il y a moins de cotisation, cela ne donnera pas ça », prévient Robert Verger, chargé de la question des retraites à la FNSEA, qui explique que les retraites de ces femmes n'atteindront jamais les 1 000 euros. Le syndicat majoritaire préconise qu'à l'avenir, le statut soit calé sur le même minimum de cotisation que les autres, mais « la mesure n'est pas encore arbitrée », souligne M. Verger.

« L'essentiel, c'est d'avoir une amélioration de la retraite, on n'a rien sans rien »

« Dans le système actuel, les conjoints collaborateurs ont un sous-statut discriminatoire par rapport aux chefs d'exploitation. Il faut absolument qu'il disparaisse », estime de son côté M. Tissot. Toutefois, ce statut est en train de s'éroder selon M. Verger : « aujourd'hui on a 65 % des conjoints collaborateurs qui ont plus de 50 ans ». La MSA ne comptait plus que 26 165 collaborateurs d'exploitation et 2 910 aides familiaux en 2018.

Sans oublier que le taux de cotisation va en contrepartie augmenter, passant de 21 % aujourd'hui à 28 %. « Mais la hausse de la cotisation va être compensée en partie par la baisse de l'assiette, elle ne sera que de 2,5 points », assure Robert Verger. Pour lui, « l'essentiel, c'est d'avoir une amélioration de la retraite, on n'a rien sans rien ».


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous