Prix alimentaires Stéphane Travert peine à raisonner la distribution

AFP

Alors que certaines enseignes de la distribution promettent des rabais allant jusqu'à 70 % ce mois de janvier, le ministre de l'agriculture Stéphane Travert a bien du mal à faire admettre aux supermarchés qu'ils doivent payer plus cher certains de leurs produits afin de soutenir l'agriculture.

Comité de suivi des négociations commercialesStéphane Travert a rappelé aux acteurs les engagements pris au cours des États généraux de l’alimentation. (©Xavier Remongin/Min.Agri.Fr)

Vendredi, Stéphane Travert a appelé les secteurs de la distribution, de l'agroalimentaire et les producteurs agricoles à respecter la charte de bonne conduite signée le 14 novembre, censée permettre une meilleure répartition de la valeur entre les acteurs de la chaîne et arrêter la guerre des prix.

« A ce jour, les informations remontées du terrain font état de demandes de déflation très fortes, et de négociations difficiles », a dit le ministre à la presse au sortir d'une réunion du Comité de suivi des négociations commerciales, qui opposent chaque année des milliers de producteurs agricoles et de PME de l'agroalimentaire d'une part et les représentants des quatre centrales d'achat se partageant l'essentiel du marché de la grande distribution en France d'autre part. « Ce n'est pas acceptable » a-t-il ajouté, « la charte signée doit être respectée par chacun » d'ici la fin des négociations fin février.

En attendant la loi qui sera présentée le mercredi 31 janvier en conseil des ministres pour limiter les promotions abusives et relever le seuil de vente à perte, il a menacé d'un accroissement des contrôles de la DGCCRF pour obliger la distribution à suivre la charte et ainsi évoluer avant l'application de la loi. Il souhaite notamment mettre en place des « indicateurs » de coûts de revient, filière par filière, pour que les prix auxquels les supermarchés achètent aux industriels et agriculteurs reposent sur des « données objectives ». Mais, selon les premiers éléments recueillis par l'AFP à l'issue de la réunion, le climat général semble plutôt à l'attentisme général, chacun rejetant sur l'autre le manque d'avancées, sur fonds de cacophonie des chiffres.

« Qui ment ? »

« Qui ment ? » s'est ainsi exclamée Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, le premier syndicat agricole, qui dénonce une « impasse » de ces négociations. Le syndicat dit avoir constaté, via ses adhérents, des demandes de baisse des prix allant de 2 % à 8 % formulées par les acheteurs de la distribution dans les « box » où ils négocient avec leurs fournisseurs. « Même sur les produits bio, nous ne constatons pas les hausses nécessaires, un lait bio à 67 centimes le litre, c'est insensé » a dit Christiane Lambert.

Côté distribution, c'est l'inverse : Jacques Creycel, qui dirige la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) a dénoncé les « demandes d'augmentation très significatives » formulées par l'agroalimentaire qui « ne correspondent pas à la charte » censée défendre les agriculteurs, selon lui. « La charte est un prétexte pour obtenir des hausses qui ne correspondent pas à l'évolution des prix des matières premières » a jugé Jacques Creycel en citant des hausses « pas justifiées » formulées pour des produits chocolatés « alors que les cours et du sucre et du cacao sont en baisse », ainsi que pour les pâtes et le riz. « Vous devriez plutôt parler du bœuf ! » lui a soufflé Christiane Lambert.

Vendredi, des éleveurs ont mené des actions dans plusieurs départements devant l'enseigne Intermarché  pour lui demander de mieux rémunérer la viande racée qu'ils lui fournissent. La même enseigne, qui ne fait pas partie de la FCD, a aussi été pointée du doigt par le patron de Nestlé France pour avoir proposé des rabais de 70 % sur une eau minérale.

« Arrêtons de montrer nos muscles les uns contre les autres et jouons la transparence, si on veut vraiment soutenir les agriculteurs », a suggéré Michel Biero, gérant achat de la chaîne Lidl, en demandant une loi qui « fixe un prix minimum pour les éleveurs ».

Du côté de l'agroalimentaire, Richard Panquiault, directeur-général de l'Institut de liaison et d'études des industries de consommation (ILEC) a constaté « un vrai progrès des distributeurs sur les promotions à long terme » et un « début de formation de leurs acheteurs » sur la nouvelle approche. « Mais pour l'instant les effets de la charte restent invisibles » a-t-il regretté. Il reste six semaines pour faire mieux. Une nouvelle réunion du comité de suivi a été annoncée avant la fin des négociations prévue le 1er mars. « C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses » s'est amusé Jacques Creycel.


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