Congrès des Eta à Bordeaux Charges de mécanisation : la prestation de services comme voie de progrès

Terre-net Média

Les entrepreneurs des territoires sont réunis en congrès à Bordeaux du 19 au 21 mars 2015. Leur président Gérard Napias estime que de nombreux agriculteurs peuvent encore réduire sensiblement leurs charges de mécanisation via la prestation de services. La Fédération nationale des entrepreneurs des territoires appelle aussi le Gouvernement à réduire les contraintes et charges en matière d’emploi. Interview.

Travail du solPour Gérard Napias, président de la Fnedt, les aides à l'investissement doivent aussi bénéficier aux Eta. (©Terre-net Média)

Terre-net Média : Vous souhaitez être davantage entendu dans les débats, notamment sur la question de la triple performance des exploitations. Comment les entreprises de travaux agricoles peuvent-elles contribuer à améliorer la performance des exploitations ?

Gérard Napias : D’un point de vue économique, les exploitations pourraient limiter leurs investissements en matériels. Un jeune agriculteur peut faire travailler un entrepreneur et ainsi limiter ses investissements. Le recours aux Eta est plus flexible que l’engagement dans un groupement. Il peut changer d’entreprise comme il le souhaite. Certains agriculteurs ont très bien compris que l’investissement dans du matériel qui va rester les trois quarts de l’année sous le hangar n’est pas judicieux.

Gérard Napias
Gérard Napias, président de la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires

Le problème est que le matériel en propriété véhicule une image encore très forte dans le monde agricole, même si cela s’atténue avec la nouvelle génération d’agriculteurs. A nous, les Eta, d’être performantes aussi. Proposer du matériel innovant, équipé des dernières technologies informatiques, des Gps, respecter les contraintes phytosanitaires… : nous savons faire ! Par contre, parce que nous sommes entrepreneurs, nous n’avons pas droit aux aides du Feader ou aux soutiens régionaux auxquels bénéficient les agriculteurs. Il y a une distorsion de concurrence à ce niveau. Il faut aussi aider les entreprises qui cherchent à minimiser l’usage des produits phytos . Les politiques ne doivent pas se soucier de la personne qui a fait le travail dans les champs. Ils doivent seulement se soucier du résultat. Les aides à l’investissement doivent bénéficier à tout le monde.

Tnm : Vous dénoncez donc que des aides à caractère environnemental soient réservées aux seuls producteurs ?

Gérard Napias : Oui ! Ce qui est important, c’est l’objectif à atteindre : réduire l’utilisation des produits phytos. Pour l’achat de matériels innovants, il ne faudrait pas aider davantage l’agriculteur que l’entrepreneur.

Les aides à l’investissement doivent bénéficier à tout le monde, agriculteurs et entrepreneurs.

Tnm : Vous avez salué la mise en place d’un comité stratégique sur la filière des agroéquipements. Quels nouveaux services pourriez-vous apporter aux agriculteurs ?

Gérard Napias : A l’occasion de notre congrès, nous signons une convention avec la Fédération professionnelle du drone civil pour mieux appréhender le développement de l’usage des drones dans nos entreprises.

Pourquoi sommes-nous favorables à ce comité stratégique ? Parce que nous avons notre place pour discuter de ce sujet des agroéquipements. Nous sommes les seuls à utiliser le matériel à 100 %. Notre objectif est de rentabiliser ces matériels, alors que l’agriculteur cherche à rentabiliser son exploitation. Nous avons donc notre mot à dire sur l’évolution des technologies et l’avenir des agroéquipements.

Tnm : Pensez-vous que les agriculteurs ont encore des marges de manœuvre pour optimiser leurs charges de mécanisation ?

Gérard Napias : C’est certain ! Certains agriculteurs travaillent en partenariat avec des entrepreneurs. Mais beaucoup d’autres pourraient largement réduire leur mécanisation via la prestation de services.

Tnm: Dimanche 23 février 2015, un mois avant votre congrès, vous avez interpellé le ministre de l’Agriculture venu inaugurer le Sima. Que lui avez-vous demandé ?

Gérard Napias : Je lui ai parlé des difficultés des entreprises en matière d’emploi. Nos entreprises sont petites, mais emploient toutes des salariés. Que l’on ait un ou 19 salariés, nous sommes soumis à une cascade d’obligations qui font frémir les entrepreneurs.

Dès lors que l’on emploie un salarié, on nous oblige à certaines déclarations, à des contraintes sur la formation professionnelle, à des contraintes syndicales… Tout cela fait peur aux chefs d’entreprise. Il faut arrêter d’imposer aux petits entrepreneurs les mêmes contraintes qu’aux Pme !

Tnm : Le compte pénibilité mis en place en janvier 2015 est-il une contrainte supplémentaire ?

Gérard Napias : Les deux critères du compte pénibilité entrés en vigueur au 1er janvier 2015 ne concernent pas vraiment nos entreprises. Mais les quatre critères applicables en janvier 2016 auront des conséquences énormes par rapport à la gestion de nos entreprises. Le compte pénibilité constitue un décaissement dans nos comptes dans la mesure où il faudra bien remplacer le salarié à qui il faudra donner une journée de repos au titre de la pénibilité. C’est une contrainte de plus qui n’incitera pas les entrepreneurs à embaucher.

Un entrepreneur qui emploie un ou deux salariés doit aujourd’hui consacrer deux heures par jour à la paperasse. C’est aberrant !

Tnm : Que demandez-vous en termes de simplification du droit du travail ?

Gérard Napias : Que l’on fasse une pause ! Que l’on arrête d’ajouter des contraintes supplémentaires !

Tnm : En termes de coût du travail, le Gouvernement a mis en place le Cice. Les Eta en bénéficient. N’est-ce pas une bonne mesure ?

Qu’est-ce que c’est le Cice par rapport à ce qui existait avant ? Dans mon entreprise, on bénéficiait  de plusieurs exonérations, notamment sur les heures supplémentaires, pour un montant de 33.000 €/an. Avec le Cice, mon entreprise bénéficie d’un crédit d’impôt de 22.000 €. La perte est de 11.000 € et, surtout, il faut avancer les 22.000 €, ponctionnant d’autant notre trésorerie. Or les trésoreries des petites entreprises sont exsangues.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous