États généraux de l’alimentation De la « poudre de perlimpinpin » ?

Terre-net Média

D’abord promis lors de la campagne présidentielle du candidat Emmanuel Macron pour répondre aux difficultés économiques des agriculteurs, les États généraux de l’alimentation qui s’ouvrent jeudi 20 juillet 2017 suscitent des doutes tant dans leur forme et leur organisation que sur le fond. De plus, « l’intelligence collective » défendue par le gouvernement pour trouver des solutions à la rémunération des producteurs cache une absence de promesse quant à des mesures réglementaires.

Stéphane Travert, ministre de l'agriculture, et Edouard Philippe, Premier ministre, ont ouvert la journée de lancement des Etats généraux de l'alimentation, jeudi 20 juillet 2017 à Paris.Stéphane Travert, ministre de l'agriculture, et Édouard Philippe, Premier ministre, ont ouvert la journée de lancement des États généraux de l'alimentation, jeudi 20 juillet 2017 à Paris. (©Cheick Saidou/min.agri.fr) 

On ne peut pas reprocher à Emmanuel Macron de ne pas tenir ses promesses. Ou du moins pas encore. Le 1er mars dernier au Salon de l’agriculture, en pleine campagne présidentielle, le candidat promettait de tenir « dès l’été » un « Grenelle de l’alimentation » pour « permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de justes prix. Promesse tenue : dans les locaux de Bercy s’ouvrent ce jeudi 20 juillet 2017 les États généraux de l’alimentation.

Au cours de cette journée introduite par le Premier ministre Édouard Philippe, quatre ministres – Agnès Buzyn (santé), Stéphane Travert (agriculture), Bruno Le Maire (économie) et Nicolas Hulot (transition écologique) – et quatre « experts » vont « mettre en perspective des enjeux partagés ». En clair, l’objectif de cette journée d’introduction est de dresser un panorama complet de la situation et partagé par l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire.

Ceci dit, aussi bien sur la forme et le calendrier que sur le fond, ces États généraux suscitent des interrogations.

Sur la forme, les syndicats agricoles évoquent un « calendrier serré ». C’est poliment dit. En fait, l’agenda imposé semble difficilement compatible avec la tâche annoncée… Sur la question de la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire, et donc sur la juste rémunération des agriculteurs, les réunions devaient se concentrer sur deux mois et demi. Le gouvernement promet toujours du « concret » pour l’ouverture des négociations commerciales fin octobre. Mais les travaux ne débuteront que fin août. « Il y aura un point d’étape fin septembre, mais cet atelier se poursuivra lors de la deuxième phase des États généraux », indique-t-on au ministère de l’agriculture.

Du concret d’ici le début des négociations commerciales ?

D’où la question : comment améliorer, en si peu de temps, le cadre des négociations commerciales et enrayer la course destructrice aux prix bas que se livrent les distributeurs alors même que les lois et autres accords signés depuis la LME de 2008 n’ont pas permis d’améliorer véritablement la part de valeur revenant aux producteurs ?

Que ce soit sur cette thématique de la répartition de la valeur ou sur les 13 autres ateliers, le ministère de l’agriculture, désigné comme pilote du dispositif, se défend en expliquant que les EGA commencent bien le 20 juillet avec le lancement d’une consultation publique sur internet ouverte à tous les citoyens.

« La consultation publique s’adresse à chacun d’entre nous et à tous ceux qui ne pourront pas participer aux ateliers. Elle doit parler à tout le monde, même au vacancier qui rentre de la plage », a osé expliquer l’entourage de Stéphane Travert lors d’un "brief presse informel" mardi 18 juillet.

Le choix d’une consultation publique est critiquable car son résultat ne sera pas représentatif de l’opinion des consommateurs français. La consultation européenne sur la réforme de la Pac, suralimentée par quelques groupes d’intérêts, a suscité les mêmes critiques.

Des changements réglementaires ? Pas sûr…

Par ailleurs, l’organisation des réunions dans chacun des 14 ateliers prévus d’ici la fin de l’année n’est pas encore totalement calée. Au ministère de l’agriculture, on reconnaît que « le choix des présidents d’ateliers n’est pas encore tranché ». « À la tête des ateliers, il faut des personnes fédératrices connues pour leur réflexion sur le sujet. » Ni la fréquence des réunions, ni les participants ne sont encore connus. « Il pourrait y en avoir une quarantaine par atelier, voire plus en fonction des thématiques ». En fait, le ministère de l’agriculture et plus largement le gouvernement misent sur « l’intelligence collective » pour trouver des solutions aux 14 thématiques prévues.

Depuis l’annonce d’un « Grenelle de l’alimentation » censé régler la question de la répartition de la valeur, de nombreux sujets d’ordre sociétaux, regroupés dans un deuxième chantier qui débutera fin septembre, ont pris beaucoup d’importance dans ces EGA. Au point de réduire la thématique initiale à trois ateliers sur 14.  

En espérant néanmoins que de réelles pistes partagées par tous les acteurs – producteurs, transformateurs, distributeurs – soient trouvées, les EGA déboucheront-ils sur une loi, à l’instar du Grenelle de l’environnement ? « Pas obligatoirement », répond-t-on au ministère. « Cela peut conduire à des engagements volontaires des acteurs. »

Cette réponse ajoute un doute supplémentaire quant aux résultats envisagés, tant les « engagements volontaires » passés au sein des filières sont difficiles à faire respecter, en particulier en production animale. Le gouvernement n’entend donc pas garantir que les états généraux aboutiront sur une loi, ni même des aménagements réglementaires. Ces derniers sont pourtant jugés indispensables pour bon nombre de professionnels. Le gouvernement reste fidèle à son espoir « d’intelligence collective ». Espérons que le jeu collectif soit dynamique et efficace. Pour l'heure, tous les acteurs, individuellement, y croient.


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