Changement climatique et anthropocène Face à l'inévitable transformation de la planète, comment sauver l’agriculture ?

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Alors que le changement climatique marque le début d’une transformation irréversible et d’un changement d’époque dans la vie de notre planète, le secteur agricole est la première victime de cette évolution. Si l’on ne favorise pas l’émergence à la fois nourricière et positive pour la planète, le risque d’une alimentation du futur sans agriculture, porté par les nouvelles biotechnologies alimentaires, n’est pas négligeable, estime le chercheur Bertrand Valiorgue. Dans son ouvrage, Refonder l’agriculture à l’heure de l’anthropocène, il met en débat des leviers pour une « agriculture régénératrice ».

« On ne traverse pas une crise climatique, mais une transformation irréversible de notre planète » : pour l’universitaire Bertrand Valiorgue, cette évolution désormais avérée implique de repenser l’agriculture pour la faire évoluer vers « une agriculture nourricière, mais capable aussi d’avoir un impact positif sur le système terre ».

Apparue avec les premières sociétés humaines à l’ère de l’holocène, il y a 12 000 ans, l’agriculture est en effet menacée par la nouvelle époque géologique qui s’annonce et que le chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen a proposé de nommer l’Anthropocène, « l’âge de l’homme ». D'autant plus qu'aujourd’hui, « nous avons des manifestations très concrètes de cette sortie programmée de l’agriculture, à travers les nouvelles biotechnologies alimentaires comme la viande cellulaire, la fermentation », qui ont une vocation claire, assurer l’alimentation tout en mettant un terme à l’agriculture et à ses effets négatifs sur la planète, a rappelé le chercheur à l’occasion d’un webinaire organisé le 11 mai.

L’agriculture, première victime de l’anthropocène

Parallèlement, l’agriculture subit de plein fouet les effets du changement climatique. Ainsi, les aléas sont et seront plus forts, plus nombreux, avec de nouveaux risques. Cette transformation des conditions pédoclimatiques fait par ailleurs peser une incertitude supplémentaire sur le monde agricole, en rendant difficiles les projections sur plusieurs années. « Est-ce qu’on pourra faire du blé panifiable en Limagne dans 30 ans de façon rentable ? Ce n’est pas si sûr. Or, 30 ans, c’est la projection qu’ont besoin d’avoir les agriculteurs qui s’installent », explique Bertrand Valiorgue.

En outre, au-delà des contraintes nouvelles que le changement climatique exerce sur la production, l’agriculture doit également composer avec une augmentation et une radicalisation de la critique sociétale.

Vers une agriculture « régénératrice »

Le secteur agricole doit donc nécessairement réduire ses impacts environnementaux, et s’adapter au changement climatique. Pour Cécile Détang-Dessendre, directrice de recherche à Inrae, il faut par ailleurs ajouter d’autres contraintes à ce défi : le besoin de nourrir une population mondiale qui, en 2050, vivra pour deux-tiers dans les villes (contre 50 % en 2014), mais également répondre à l’insécurité alimentaire engendrée par les conditions climatiques autant que par les conflits géopolitiques.

L’émergence d’une agriculture « régénératrice », c’est-à-dire productive, mais avec un impact très positif à l’égard de l’eau, de l’air, du sol et de la biodiversité, est donc à encourager. Pour Bertrand Valiorgue, cette agriculture peut revêtir de multiples formes (bio, conventionnelle, etc.) mais il est essentiel de la soutenir à travers plusieurs leviers.

Parmi ceux-ci, l’universitaire identifie la redéfinition de l’activité agricole dans le droit rural, ou encore la proposition d’un nouveau statut d’entreprise agricole à mission pour « sécuriser les efforts des agriculteurs pour être mieux-disant d’un point de vue environnemental ». Les nouveaux outils de pilotage et de management constituent également un levier de transition. Enfin, le sujet d’une comptabilité agricole environnementale doit être mis sur la table pour chiffrer les engagements et les services écosystémiques rendus par les agriculteurs. Ces thématiques font l’objet d’un cycle de webinaires organisé par Agreenium et l’Université Clermont Auvergne.


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