Exportations agricoles La Cour des comptes critique l'absence de stratégie française à l'export

Arnaud Carpon, avec AFP Terre-net Média

Dans un référé rendu public le 20 mai 2019, la Cour des comptes pointe l'inefficacité de l'État dans son soutien aux exportations agricoles et agroalimentaires de la France, traditionnellement sur le podium des champions du secteur, mais dont le rang ne cesse de se dégrader.

Selon la Cour des comptes, la France manque de stratégie claire à l'exportation de ses produits agricoles et agroalimentaires.Selon la Cour des comptes, la France manque de stratégie claire à l'exportation de ses produits agricoles et agroalimentaires. (©Terre-net Média)

Le 5 mars dernier, la Cour des comptes a adressé au premier ministre et aux ministres concernés un référé sur les soutiens publics nationaux aux exportations agricoles et agroalimentaires. Ce document dresse les conclusions de l’enquête menée par l’institution sur les soutiens de 2013 à 2017. La Cour des comptes y critique vigoureusement le manque de stratégie de la France face au recul de la France sur la scène agroalimentaire internationale.

« La France n’a cessé de perdre des parts de marché dans le commerce mondial de ces produits depuis les années 2000, passant du 2e rang mondial dans les années 1990 au 6e rang depuis 2015, explique la Cour des comptes en préambule de son référé. Aucun diagnostic satisfaisant de cette situation n’a été réalisé jusqu’à présent par les administrations concernées et les neufs plans stratégiques gouvernementaux présentés entre 2012 et 2018 n’ont pas eu les résultats escomptés. »

La France est passée du 2e rang mondial dans les années 1990 au 6e rang depuis 2015 dans le commerce mondial de produits agricoles et agroalimentaires.

Ce recul « concerne les produits de l'agriculture comme ceux des industries agroalimentaires. En 2017, le secteur des produits agricoles et agroalimentaires a dégagé un excédent de 5,7 Mds€ en baisse de 36 % par rapport à 2007, alors que ce commerce est en forte croissance au niveau mondial », souligne la Cour. Cette dégradation, due selon les différents ministères concernés à plusieurs facteurs comme le coût du travail, la taille insuffisante des entreprises, par exemple, doit faire l'objet d'un meilleur diagnostic pour établir un dispositif d'appui aux exportations mieux coordonné et plus efficace, estime la Cour.

Entre l'automne 2012 et le printemps 2018, neuf plans stratégiques gouvernementaux visant à améliorer la situation du commerce extérieur, notamment agricole et agroalimentaire, ont été présentés, « soit près de deux "plans stratégiques" par an », indique la Cour, qui souligne que ces plans, « dépourvus d'objectifs chiffrés et d'engagements sur les moyens mis en œuvre », s'apparentaient davantage à des « déclarations de principe ».

Selon la Cour, les industriels souhaitent que l'Etat travaille à faire « lever les restrictions non tarifaires aux importations dans les pays tiers » : « une telle stratégie interministérielle appuyée sur une analyse partagée fait défaut s'agissant de l'agriculture et de l'agroalimentaire ».

Quatre recommandations pour booster une vraie stratégie à l’export

La Cour formule quatre recommandations visant notamment à promouvoir une « marque France » fédérant tous les acteurs, privés comme publics, à l’international, autour d’une stratégie interministérielle et d’une organisation rationalisée.

La Cour des comptes suggère à l’État « d’élaborer un diagnostic partagé entre ministères compétents, sur les causes de la forte dégradation de l’excédent agricole et agroalimentaire », de « tirer les conséquences du transfert de compétences économiques aux régions par la loi NOTRe (loi pour une nouvelle organisation territoriale de la république, ndlr) pour les missions et l’organisation et des services déconcentrés de l’État.

Surtout, il conviendrait, selon la Cour, de définir et promouvoir une « marque France » ayant vocation à fédérer tous les acteurs, privés ou publics à l’international », et « élaborer, sous l’impulsion des trois ministères principalement concernés, une méthodologie commune d’évaluation de l’impact des actions de soutien au développement international des entreprises. »

Dans sa réponse, Matignon met en avant la création d'une « commission internationale agricole et agroalimentaire, animée par FranceAgriMer », chargée « d'améliorer durablement la coordination et le dialogue interministériel en matière de soutien à l'export ». Matignon souligne enfin la mise en place dans la plupart des régions de « guichets uniques de l'export », basés sur la coopération, entre l'agence Business France, les chambres de commerce, la BPI et les agences de développement régional.


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