Elections européennes La Fnsea appelle à se « mobiliser » le 25 mai contre les « europhobes »

Afp

Paris, 14 mai 2014 (AFP) - Le président de la Fnsea, Xavier Beulin, appelle les agriculteurs à aller voter aux européennes et à se « mobiliser » contre les « europhobes », dans une lettre ouverte transmise à l'Afp mercredi. Lettre à laquelle le Front national a réagi le lendemain.

Dans un texte où il cite alternativement le général de Gaulle, Jacques Delors ou Michel Barnier, Xavier Beulin souhaite rappeler l'importance des aides européennes de la Politique agricole commune (Pac). « Il ne s'agit pas de garder un budget agricole pour un budget mais de préserver les ressorts et leviers essentiels d'une alimentation de qualité, de produits sécurisés, d'une traçabilité exemplaire, et bien sûr d'une diversité de productions uniques au monde. Les "aides" comme l'on dit avec parfois un brin de mépris ont permis à l'Europe d'être première sur bien des podiums mondiaux », écrit-il.

Une enveloppe précieuse donc pour le président du premier syndicat agricole français qui n'hésite pas à condamner la posture des « europhobes ». « L'Europe sert de défouloir fourre-tout à ceux qui n'ont qu'un projet : réveiller les peurs, ressasser les haines, abolir l'euro, montrer du doigt les différences et flirter avec la musique facile du "tous pourris" » et face à ce discours, « il faut se mobiliser », exhorte-t-il. « Le monde agricole a une histoire spécifique avec l'Europe et vice et versa. Aujourd'hui nous sommes à un tournant de cette histoire mais le seul chemin à emprunter c'est avant tout d'aller voter le 25 mai prochain » ajoute Xavier Beulin.

Selon un sondage Terre-net Bva réalisé en mars auprès de 555 exploitants, 88 % des agriculteurs assurent qu'ils iront voter le 25 mai. Traditionnellement, les agriculteurs sont une population qui se mobilise massivement lors des scrutins et politiquement plus marquée à droite. Dans ce même baromètre, 43 % des sondés se disent favorable à une renationalisation de la Pac, 34 % sont contre et 24 % ne se prononcent ni pour ni contre.

La France est la première bénéficiaire des aides de la Pac avec une enveloppe de 63 milliards d'euros pour les sept prochaines années (2014-2020). Et si elle reste la première puissance agricole du continent, elle perd des rangs sur la scène mondiale et est passée en dix ans de la place de 2e exportateur agroalimentaire à la 5e, derrière les États-Unis, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil.

Mercredi, les Chambres d'agriculture, la Fnsea et les Jeunes Agriculteurs organisent un « speed dating » sur les européennes avec des représentants de chaque grand parti. Le président de l'Ump Jean-François Copé, la tête de liste PS en Ile-de-France Pervenche Berès, la tête de liste des Verts (Eelv) Pascal Durand, la tête de liste FN/Rbm pour l'Ouest Gilles Lebreton, le secrétaire national du Parti Communiste (Pcf) Pierre Laurent et la vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez étaient annoncés.

Dans un communiqué, le Front national défend son projet de « Politique agricole française », en opposition à la Pac. « En renationalisant sa politique agricole, la France éviterait d'infliger l'austérité à ses agriculteurs : elle verse chaque année plus de 20 milliards d'euros à l'UE pour n'en revoir qu'un peu moins de 13 milliards. Les 7 milliards manquants pourraient, entre autres, servir à revaloriser les aides aux revenus des agriculteurs », explique le parti.

La lettre de Xavier Beulin sur les élections européennes du 25 mai

Réponse du Front national  à la lettre ouverte du patron de la Fnsea (Communiqué du Front national)

« Selon le dernier baromètre Terre-net/Bva, 43% des agriculteurs souhaitent renationaliser la Politique Agricole Commune, 34% sont contre et 24% ne se prononcent pas. Affolé par la progression toujours plus impressionnante de nos idées dans le monde agricole et rural, Xavier Beulin, président de la Fnsea, mais aussi de la holding Sofiprotéol (7 milliards de chiffre d’affaires), entonne le refrain des eurofanatiques cher à l’Umps.

Se fendant d’une lettre ouverte, il vante la fameuse Europe à venir, « prospère », « proche des citoyens », ce fameux rêve promis depuis des décennies avant chaque scrutin européen et aussitôt enterré après. Et qualifie bien entendu « d’extrémistes » et « d’europhobes de tous poils » les patriotes qui se dressent de plus en plus nombreux contre la machine à broyer les peuples qu’est en réalité l’Union Européenne.

Plutôt que de s’attarder sur l’état inquiétant de l’agriculture française, M. Beulin préfère citer Delors, Barnier ou Albert Camus. Tout juste daigne-t-il se donner le mal de relayer la propagande du gouvernement qui prétend avoir sauvé l’enveloppe des aides françaises de la Pac. Rappelons-lui qu’en 2007, ce budget était de 10.36 milliards d’euros et qu’il n’est plus que de 9.3 milliards en 2013, soit, en tenant compte de l’inflation, une baisse de 19% en 7 ans. Et que ce même budget ne sera que de 9.1 milliards d’euros par an de 2014 à 2020. En renationalisant sa politique agricole, la France éviterait d’infliger l’austérité à ses agriculteurs : elle verse chaque année plus de 20 milliards d’euros à l’UE pour n’en revoir qu’un peu moins de 13 milliards. Les 7 milliards manquants pourraient, entre autre, servir à revaloriser les aides aux revenus des agriculteurs.

M. Beulin vante ensuite « les ressorts et leviers essentiels d’une alimentation de qualité, de produit sécurisés, d’une traçabilité exemplaire, et bien sûr d’une diversité de productions unique au monde» que garantiraient la Politique agricole commune et plus largement l’UE. Voilà qui ne manque pas de piquant ! Rappelons à M. Beulin que, malgré l’impact du scandale des lasagnes à la viande de cheval, l’UE s’obstine à refuser la mention de toute traçabilité sur l’immense majorité des aliments que nous consommons pour complaire aux multinationales de la bouffe mondialisée. Rappelons-lui également qu’à l’heure où disparaissent nos maraîchers, nos arboriculteurs et bon nombre de nos éleveurs, jamais la diversité des productions n’a été autant menacée dans notre pays.

M. Beulin, les agriculteurs, comme nombre de nos concitoyens, ne sont plus dupes ! Ils se savent monnayés, et souvent sacrifiés, à chaque nouveau traité de libre-échange imposé par l’UE, avec votre soutien soit dit en passant… Turquie, Maroc, Canada, Ukraine et demain Etats-Unis et Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), la liste est aussi longue que cruelle ! Ils savent que les concurrents sans cesse plus nombreux que vous leur imposez ne sont pas soumis aux mêmes normes sociales, ni aux mêmes normes environnementales, ce qui leur permet de produire à des coûts très inférieurs aux nôtres. Ils savent que l’Union européenne, qui ne les a pas protégés du dumping de certains pays membres (Allemagne, Espagne, Italie etc.) ne les protègera pas plus dans le cadre de ces nouveaux traités. Ils savent que le système d’aides découplées imposé par la Pac est beaucoup moins performant que celui du nouveau Farm Bill américain. Ils savent à quel point l’euro fort est un handicap face aux monnaies beaucoup plus faibles des autres puissances. Et ils savent aussi que vos intérêts de patron de l’agrobusiness ne sont pas ceux de l’immense majorité d’entre eux.

Alors, M. Beulin, retournez à la gestion de votre empire et laissez les agriculteurs patriotes voter en leur âme et conscience ! »




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