Nouveau plan Ecophyto S. Le Foll reporte à 2025 la réduction de 50 % de l'usage des produits phytos

Afp

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, présente ce 30 janvier, à l'occasion de la journée sur l'agro-écologie, un ensemble de mesures visant à réduire de 50 % l'usage des produits phytosanitaires d'ici 2025. Il s'appuie notamment sur les distributeurs de produits phytosanitaires.

PulvérisateurEntre 2009 et 2013, l'utilisation de produits phytos a augmenté de 5 %. (©Terre-net Média)

« On va fixer l'objectif d'une baisse de 50 % en 2025, avec un palier intermédiaire de 25 % en 2020 », annonce le ministre dans un entretien à Libération daté de vendredi.

En 2008, à l'issue du Grenelle de l'environnement, la précédente majorité avait bâti un plan de réduction des produits phytosanitaires, baptisé Ecophyto, qui visait à réduire « si possible » de 50 % l'usage des produits phytosanitaires d'ici 2018. Mais ce plan est loin d'y être parvenu puisque l'utilisation de produits chimiques en agriculture a au contraire progressé de 5 % entre 2009 et 2013.

Cette fois, le gouvernement entend appliquer une autre méthode. Stéphane Le Foll, chantre de l'agro-écologie, veut vulgariser de nouveaux modèles de production plus économes en intrants, comme la rotation des cultures qui permet de lutter contre l'érosion des sols et les maladies. Il souhaite également développer les alternatives naturelles aux phytos, le « biocontrôle ». Ce peut être un insecte (le trichogramme par exemple) qui piège un insecte ravageur (comme la pyrale du maïs), ou d'utiliser une algue (telle que la laminarine) pour stimuler les défenses des pommiers et ainsi leur permettre de résister à la tavelure, un champignon qui noircit les feuilles ou les fruits. Autre levier d'action : l'innovation autour des machines agricoles avec l'utilisation de services cartographiques, ou de pulvérisateurs de précision pour optimiser l'utilisation de pesticides.

Le ministre compte également s'appuyer sur les fermes pionnières du réseau Dephy. D'environ 2.000 aujourd'hui, « on va porter le nombre de ces fermes à 3.000. Chacune entraînant dix exploitations autour d'elle, on parie sur l'effet tâche d'huile », explique Stéphane Le Foll. Ces fermes ont en effet des résultats concluants puisqu'elle ont « vu l'utilisation des pesticides baisser en moyenne de 12 % en 2013 », une performance notable quand on sait qu'en moyenne l'usage des produits phytosanitaires a au contraire bondi de 9 % sur l'année.

Par ailleurs, il ouvre la voie à un système de pénalités financières, dans un premier temps et de façon expérimentale à l'intention des distributeurs via la mise en place expérimentale de « certificats d'économie de produits phytosanitaires (Cepp) ». « Au lieu de vendre un produit, ceux-ci seront incités à vendre plus de services, c'est-à-dire apprendre aux agriculteurs à utiliser la juste quantité ou des techniques alternatives ». Et s'ils ne parviennent pas à « baisser de 20 % le nombre de doses utilisées sur cinq ans », ils seront soumis à des pénalités financières sur leurs marges.

Un système « à bout de souffle »

Un plan mal reçu par les industriels de l'agrochimie qui rejettent tout objectif de réduction chiffré. « Cet objectif de réduction chiffré, il pose question. L'objectif pour nous est de réduire les impacts (sur l'eau, sur la santé...), pas les quantités », a réagi auprès de l'Afp Eugénia Pommaret, directrice générale de l'Union des industries de la protection des plantes (Uipp).

« Avec ces premières mesures (que de nombreux agriculteurs ont déjà prises depuis 10 ans ....) qui misent sur du matériel plus performant, plus précis, la réduction se fera à la marge, de quelques pourcentages, mais au final cela maintient l'agriculteur dans un système dépendant aux pesticides », regrette de son côté l'Ong Générations futures qui milite contre les pesticides. Et pour François Veillerette, son porte-parole, « il n'est pas question que dans 10 ans on refasse le constat de l'échec et qu'on reparte à zéro avec un nouveau plan qui reculerait encore l'objectif de réduction ». « Le système actuel est à bout de souffle, tous les signaux sont au rouge (pollution des eaux, de l'air, perte en biodiversité, impacts sanitaires avérés....)», interpelle-t-il.

La Confédération paysanne, syndicat agricole minoritaire et proche des milieux écologistes, salue elle « l'intention » mais regrette le manque de « cohérence ». « L'ambition agro-écologie ne peut voisiner avec des politiques publiques qui favorisent la "compétitivité", l'industrialisation, l'exclusion des fermes petites ou diversifiées, en phase avec une démarche agro-écologique», estime-t-elle.


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