[Interview] Coordination rurale « Les agriculteurs décidés à se faire entendre pour défendre leurs revenus »

Terre-net Média

En marge du 21ème congrès de la Coordination rurale qui se tient à Agen ce 4 décembre 2014, Bernard Lannes, son président, a accordé une interview à Terre-net Média (1). Les priorités du syndicat sont la défense du revenu des agriculteurs menacé de tous bords et la nécessité de trouver sans attendre une alternative à la Pac actuellement mise en place.

Bernard Lannes, président de la Coordination rurale au 21ème congrès d'AgenBernard Lannes, président de la Coordination rurale au 21ème congrès d'Agen. (©Coordination rurale)

Terre-net Média (Tnm) : Le 21ème congrès de la CR se tient à Agen, une de vos terres de prédilection ?

Bernard Lannes (BL) : Le département du Lot-et-Garonne est en effet un des bastions historiques de notre syndicat. Nous aurions voulu y fêter l’an dernier le 20ème anniversaire de la naissance de la CR mais le Centre des congrès d’Agen était en réfection. A Agen, nous présidons la Chambre départementale d’agriculture où nous montrons ce que nos responsables en fonction sont capables de faire. En janvier prochain, nous comptons sur les élections de la Msa pour avoir un nombre d’administrateurs élus importants.

Tnm : Les élections aux caisses de la Mutualité sociale agricole sont-elles une nouvelle opportunité pour défendre les idées de la Coordination rurale ?

BL: Nous présentons des candidats dans la majorité des départements mais la CR manque, comme les autres syndicats, de vocations. Or s'il n’y a pas assez de participants, la Msa est condamnée à disparaître à moyen terme !
Le régime agricole affiche une image de proximité très éloignée de la réalité. Ses administrateurs sont des potiches de plus en plus éloignées des centres de décision. Ils ont de plus en plus de mal à avoir de l’influence. 
Toutefois, c’est en participant à la gestion des caisses départementales et régionales que nous parviendrons à faire bouger les lignes et à entrer dans le débat. Nous tenons en particulier à avoir des représentants dans les commissions de recours amiable où sont négociées les remises de pénalités dues par des agriculteurs en retard de leur paiement de cotisations. 

Tnm : Et quel est votre cheval de bataille pour défendre les droits des agriculteurs ? 

BL : La Msa fournit des prestations avec les moyens qu’elle a. Nous souhaitons que la base de calcul des charges sociales soit revue et que les retraites ne soient plus inférieures au seuil de pauvreté. Leur montant est de 900 € par mois en moyenne alors que les séjours en maison de retraite coûtent au moins 2.000 € par mois ! 

Tnm : Pourquoi avez-vous intitulé votre 21ème congrès "Des agriculteurs déterminés à se faire entendre" ? La nouvelle Pac est en place, la loi d'avenir de l'agriculture est votée, etc. Autrement dit, les dés sont jetés, non ? 

BL : Toutes les règles pour mettre en œuvre la Pac ne sont pas définies. Par ailleurs, le gouvernement nous parle de choc de simplification mais quand les agriculteurs vont remplir leur déclaration Pac, ils vont être surpris pour calculer leur surface d’intérêt écologique (5 % de la surface arable) car ils ont semé leurs champs sans avoir toutes les règles en main pour 2015. C’est pourquoi nous demandons le report de cette réglementation en 2016.« Un ministre de l'incantation »Il n’est pas non plus question de rester les bras ballants en acceptant que Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, donne la parole à des écologistes qui ne connaissent rien à notre métier. Je pense au barrage de Sivens. Et depuis un an, il reçoit les autres syndicats, et même deux fois le Modef alors que sans représentant, le syndicat n’existe quasiment plus !

Enfin, il faut aussi se faire entendre pour dénoncer le retour à la spéculation qui prive les agriculteurs des récentes hausses des prix des céréales. 

Tnm : Se faire entendre, c’est aussi être représenté. Or, au Cniel (interprofession laitière), vous refusez d’occuper les sièges que l’on vous propose ?

BL : La Fédération nationale des producteurs de lait a fait croire que nous ne voulions pas entrer dans l’interprofession laitière. Il n’en est rien. Nous avions simplement refusé de siéger dans le collège des producteurs avant que la loi d’avenir de l’agriculture ne soit votée. Sinon, nous sommes déjà à Interfel et à Interbev où tout se passe très bien. 

Tnm : La directive nitrates, les lourdeurs administratives : ce sont des dossiers autour desquels vous pourriez bâtir des revendications communes avec les autres syndicats ?

BL : Nous tendons la main pour porter à plusieurs nos revendications sur le dossier nitrates notamment. Nous n’avons pas pu manifester avec la Fnsea le 5 novembre dernier mais nous restons en contact pour trouver une solution sur la mise en œuvre de la dernière directive nitrates.
En fait, nous voulons une remise à plat du dispositif au niveau européen. Mais ce qui nous différencie de la Fnsea est la priorité que nous donnons au revenu des agriculteurs. Le syndicat de Xavier Beulin est trop lié aux intérêts des industriels agroalimentaires. Avec la Confédération paysanne, il sera difficile de trouver un terrain d’entente sur ce sujet puisque le syndicat donne la priorité à l’agriculture biologique.

A lire aussi la deuxième partie de l'interview : 

B. Lannes : « La Pac doit être plus régulée sans attendre »

(1) L’interview réalisée par Terre-net Média comprend deux parties. La seconde partie diffusée sur Web-agri.fr est intitulée « La Pac doit être plus régulée sans attendre ». Elle porte davantage sur les revendications de la CR pour rendre la Pac plus acceptable par ses militants.

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