Crise agricole Les ministres de l'agriculture des 28 en réunion de crise à Bruxelles

AFP

Bruxelles, 14 mars 2016 (AFP) - Plusieurs pays, la France en tête, vont faire pression lundi pour obtenir de nouvelles mesures européennes face à la crise qui ébranle les filières d'élevage, lors d'une réunion sous haute tension des ministres de l'agriculture des 28 à Bruxelles.

Le plan d'urgence débloqué il y a six mois n'a pas suffi pour remettre d'aplomb les agriculteurs européens, confrontés à un effondrement des prix du lait et du porc, dans un contexte marqué par la faiblesse de la demande et un embargo russe dont ils paient la facture.

Invités instamment à chercher de nouvelles pistes par le commissaire à l'agriculture Phil Hogan, les Etats membres ne se sont pas fait prier : ils ont fait plus d'une centaine de propositions pour aider les secteurs les plus en difficulté.

Ces propositions doivent être débattues dans la journée entre les ministres de l'agriculture des 28 et être soumises à la Commission. En marge de la réunion, des agriculteurs devaient manifester à la mi-journée à proximité des institutions européennes. Le commissaire à l'agriculture Phil Hogan s'est engagé à « présenter un paquet de mesures significatif » à son arrivée à Bruxelles, mais sans détailler le contenu de ces mesures.

Le rendez-vous du conseil de lundi « sera décisif pour réorienter l'approche libérale qui montre ses limites aujourd'hui », répète à l'envi le ministre français de l'agriculture, Stéphane Le Foll, dont le pays est la première puissance agricole européenne. La France, où les éleveurs manifestent leur détresse depuis l'été, a multiplié les contacts avec d'autres gouvernements et estime avoir rallié une majorité autour de mesures pour « stabiliser puis réduire » la production de lait, dont les niveaux, exceptionnels en Europe depuis la fin des quotas en avril 2015, contribuent à l'effondrement des prix.

Paris propose un relèvement des niveaux de stockage pour la poudre de lait, de 109.000 à 160.000 tonnes (pour l'ensemble des 28) et une dérogation temporaire autorisant les Etats à limiter la production. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Slovénie y sont favorables, a assuré le ministre français.

Sur le porc, les mesures demandées consisteraient en un renforcement de l'aide au stockage privé et à un relèvement du plafond des aides ministérielles, de 15.000 à 30.000 euros sur trois ans.

Situation dramatique

Les mesures défendues par la France devraient se heurter à des pays comme l'Irlande, la Suède et le Danemark - qui ont beaucoup augmenté leur production laitière - et au Royaume-Uni, tous hostiles aux mesures d'intervention. « Ces pays ne partagent pas le constat d'une surproduction : ils estiment que subsisteront ceux qui peuvent assumer des prix extrêmement bas », selon Stéphane Le Foll.

L'Espagne insiste aussi pour des mesures dans le secteur des fruits et légumes. « On a demandé une révision des prix de retrait, pour que le mécanisme de régulation du marché dans ce secteur fonctionne », a précisé lundi la ministre espagnole Isabel Garcia Tejerina.

Parmi les autres propositions soumises par les Etats membres, plusieurs pays demandent aussi des crédits à l'exportation, auxquels l'exécutif européen ne ferme pas la porte.

Mais la Commission n'a pas l'intention d'accepter de nouvelles dépenses financées par de « l'argent frais », et a des réticences à utiliser « la réserve de crise » européenne. « C'est une voie que je préfèrerais éviter, parce qu'il s'agit de l'argent des agriculteurs », a préconisé le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, le 7 mars devant le Parlement européen. Le Commissaire plaide pour une meilleure utilisation des instruments existants et relève que les aides débloquées il y a six mois n'ont pas encore été toutes utilisées par les Etats membres.

Le plan d'urgence européen prévoyait notamment 500 millions d'euros, principalement sous formes d'enveloppes nationales d'aides directes aux agriculteurs des secteurs les plus touchés, que les Etats membres peuvent doubler avec des fonds nationaux. De nouveaux instruments d'aides au stockage privé de lait en poudre écrémé et de fromage avaient également été mis en place. Outre les questions agricoles, le conseil ministériel de lundi abordera aussi la Pêche, avec l'adoption prévue de conclusions sur les accords de partenariat avec des pays tiers dans ce domaine.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous