Depuis de nombreuses années, le grand prix de l’Afja est l’occasion, pour les journalistes agricoles présents, d’échanger avec le ou la ministre de l’agriculture sur les sujets du moment. La remise du Grand Prix 2025, le 20 janvier, n’a pas dérogé à la règle, d’autant que l’actualité agricole s’avère particulièrement dense.
Souveraineté alimentaire : vision à long terme et mesures d’urgence
Interrogée sur l’avancement des conférences de la souveraineté alimentaire, Annie Genevard a rappelé l’objectif : reconquérir des parts de marché dans les filières agricoles en perte de vitesse, à horizon 10 ans. Une première synthèse issue des réflexions des groupes de travail sera présentée à l’occasion du salon de l’agriculture, et la conclusion de l’exercice est attendue pour le début de l’été ou au plus tard à la rentrée.
En parallèle de ce chantier de moyen-long terme, la loi d’urgence annoncée par le Premier ministre doit apporter des réponses plus immédiates, notamment sur l’eau, la prédation et les moyens de production, a expliqué la ministre.
Ainsi, le triplement du fonds hydraulique devrait permettre la remise en état d’ouvrages hydrauliques, l’émergence de projets collectifs, mais aussi d’augmenter le stockage dans les zones où l’eau s’avère trop ou trop peu abondante. Même s’il n’est « pas fait pour construire des méga-bassines », indique Annie Genevard.
Si la question des moyens de production reste centrale pour apporter des réponses aux agriculteurs, la ministre entend continuer ses déplacements sur le terrain pour répondre concrètement aux problématiques qui lui seront rapportées.
Dermatose nodulaire contagieuse
Sur la DNC, Annie Genevard a rappelé les dernières annonces : 11 M€ supplémentaires pour indemniser les pertes de production dans les exploitations dont les animaux ont été immobilisés en zones réglementées. Selon la FNB, le nombre d’animaux concernés est évalué à environ 80 000 à 100 000 broutards de 4 à 16 mois, couvrant à la fois les zones réglementées d’Auvergne-Rhône Alpes, Bourgogne-Franche Comté, et dans le Sud-Ouest.
En parallèle, la réouverture progressive des échanges avec l’Italie depuis les zones vaccinales constitue une avancée, mais cette confiance « nous oblige à être extrêmement sérieux dans notre politique sanitaire », insiste la ministre.
Des négociations à poursuivre sur la Pac
Concernant le budget de la future Pac, que la France souhaite a minima identique à celui de la programmation actuelle, la ministre a rappelé les axes de négociation. De premières avancées ont été réalisées depuis la première proposition de Bruxelles : la Commission européenne a accepté de débloquer dès le début de la programmation une réserve de 45 milliards d’euros, ce qui représente environ 3 milliards d’euros pour la France, explique la ministre. En outre, dans les 10 % du budget Pac alloué au développement rural, « il a été décidé que l’argent pourrait aller à des mesures agricoles », ajoute Annie Genevard, pour qui il reste cependant « beaucoup à négocier ». La ministre évoque notamment le co-financement obligatoire de 30 % par les Etats-membres, qui implique une part très importante de financement national, alors que ce n’était pas le cas sur une partie des mesures de la programmation actuelle.
Il faudrait également pouvoir flécher certaines dépenses du fonds de compétitivité vers l’agriculture et l’agroalimentaire, estime-t-elle, par exemple pour les infrastructures de stockage de l’eau, ou encore la décarbonation des outils de transformation.
Une réponse européenne sur les Taxes Trump
Alors que le président américain a menacé les vins et Champagne français de taxes de 200 %, face au refus de la France de rejoindre son « conseil de la paix » pour Gaza, « la réponse ne peut être qu’européenne », affirme la ministre. Elle cite pour cela différents leviers de pression, en particulier l’accord transatlantique (dont la ratification a été gelée hier par le Parlement européen), qui pourrait être assorti d’une clause anti-coercition.