; Quels impacts de la guerre sur la production agricole ukrainienne ?

Guerre en Ukraine Les agriculteurs ukrainiens parviennent-ils à produire aujourd'hui ?

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Si l’offensive russe en Ukraine a mis en difficulté l’agriculture du pays, le secteur parvient, malgré la guerre, à fonctionner. Néanmoins, les difficultés à exporter pèsent lourdement sur la trésorerie des exploitations, alors que ces dernières doivent être gérées au jour le jour face au manque de visibilité.

Après plus de six mois de guerre en Ukraine, le secteur agricole parvient-il à fonctionner ?Après plus de six mois de guerre en Ukraine, le secteur agricole parvient-il à fonctionner ? (©Pixabay)

« Lagriculture ukrainienne fonctionne malgré la guerre. Oui, les récoltes sont faites, oui les sols sont emblavés sauf sur les 20 % du territoire pris par la Russie », témoigne Gérard de la Salle, dirigeant d’Alfagro, entreprise qui vend du matériel agricole en Ukraine, intervenant au débat organisé au Space par le Syrpa et Agriculteurs de Bretagne, le 14 septembre. Néanmoins, les difficultés à exporter, notamment au début de la guerre, pèsent aujourd’hui sur la gestion et la trésorerie des exploitations. Avec l’ouverture de trois ports l’été dernier, « on arrive à exporter 3 à 3,5 Mt par mois, contre 6 à 7 Mt avant la guerre », or il reste encore 15 Mt à exporter en plus de la nouvelle récolte, explique le dirigeant. « Le tempo n’est pas suffisant aujourd’hui pour écouler les stocks, ce qui entraîne un problème de financement chez les agriculteurs », poursuit-il.

Sans l’export, de gros problèmes de trésorerie

Florian Garnier, un Français installé agriculteur en Ukraine depuis 13 ans, en témoigne. « D’habitude, on vend 30 à 40 % dès la moisson pour avoir de la trésorerie, là on a dû stocker 80 % de la récolte dans des big bags de 250 tonnes ». Son exploitation de 10 000 ha, une taille « moyenne » pour l’Ukraine où les grosses fermes comptent entre 25 000 et 670 000 ha, est située à 200 km de Kiev et emploie 105 salariés pour la production, mais également le stockage, la logistique, ou encore la partie juridique. « On tourne, mais on a eu très chaud », explique l’agriculteur, « cela fait 13 ans qu’on investit, et là on est obligé d’avoir une stratégie au jour le jour ».

Conséquence du stockage, le manque de trésorerie à court terme rend difficile le financement des salaires ou l’achat du diesel, précise Florian Garnier. « J’ai eu besoin de vendre en dessous de mon coût de production pour avoir de la trésorerie », ajoute-t-il. Pour les petites fermes, c’est-à-dire les exploitations de moins de 1 000 ha, la situation est encore plus tendue, explique Gérard de la Salle, car avec les difficultés liées à la fermeture des ports, le coût logistique des camions notamment est devenu inabordable et elles ne peuvent pas écouler leur production.

L’agriculture, « un business qui doit être rentable rapidement »

Et en Ukraine, l’agriculture « est un business qui doit être rentable rapidement », explique Gérard de la Salle, et ce pour une raison historique : presque personne n’est propriétaire des terres, et les baux sont faits sur des périodes relativement courtes, à savoir cinq ans jusqu’à très récemment. « On n’a pas les dents longues, mais quand je suis arrivé, les baux étaient de trois à cinq ans, et même si aujourd’hui on arrive à s’engager sur 10-15 ans, ça reste court », témoigne Florian Garnier.

Est-ce que dans cette quête de rentabilité, la réglementation moins stricte qu’au sein de l’Union européenne est un avantage ? « On a des normes, une législation, les matières actives les plus dangereuses ont été retirées du marché il y a longtemps, et on a un énorme avantage, celui d’arriver sur des terres vierges, sans résistance aux herbicides ou insecticides, donc on arrive à travailler avec des matières actives anciennes, tombées dans le domaine public, peu chères. Après, on a un petit décalage par rapport à la France, on a toujours le Cruiser et le Gaucho, mais on n’a pas les produits dangereux autorisés dans les années 80 en France », tient à préciser Florian Garnier, que la comparaison avec le modèle français agace un peu.

« La qualité de production en France est irréprochable, mais le marché est mondial. Par exemple, c’est une hérésie de mettre le modèle français en face de modèles sud-américains. Le modèle réglementaire européen reste sacrement bridé, on reste paysan et on ne peut pas être entrepreneur, chef d’entreprise, comme dans 99 % des autres secteurs », regrette-t-il.


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