Installation et investissements Quels financements alternatifs au prêt bancaire ?

Florian Cazeres Terre-net Média

Malgré les crises qui secouent le monde agricole, le besoin de financement des exploitants est toujours vivace. Or, le crédit bancaire classique peut s'avérer plus difficile d'accès pour financer des projets dont le niveau de risque est difficilement mesurable. Pour pallier ces difficultés, certains mécanismes innovants se développent.

Archi-dominant mais de plus en plus difficile d'accès, le prêt bancaire classique cède du terrain au financement participatif et à l'apport de capitaux extérieur dans le panel de solutions pour financer l'installation ou les projets d'investissements en agriculture.Archi-dominant, le prêt bancaire classique est parfois complété par un financement participatif ou par un apport de capitaux extérieurs dans le financement de l'installation ou des projets d'investissements en agriculture. (©Fotolia)

Multiplication des aléas, explosion du prix du foncier, accroissement de la taille des exploitations... les évolutions du monde agricole bouleversent aussi la manière de financer les projets d'installation ou d'investissement. Résultat : malgré les taux d'intérêt historiquement bas depuis 2016, certains exploitants peinent à contracter des prêts. D'autant plus lorsque leur projet est innovant, ou qu'il s'agit d'une première installation.

Sébastien PrinSébastien Prin, responsable marché de l'agriculture à la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. (©Philippe Kim-Bonbled - Académie Agriculture de France.)

Pour débattre de ce sujet, l'académie d'agriculture, en partenariat avec le Crédit Mutuel, a réuni le 17 mai à Paris des acteurs du monde bancaire et des responsables d'entreprises proposant des solutions alternatives de financement. Objectif de la journée : réfléchir aux « nouvelles formes de financement des installations et des investissements innovants agricoles », plus « adaptées aux situations nouvelles ». 

Le prêt bancaire reste évidemment la forme archi-dominante du financement des entreprises agricoles. Les banques financent chaque année le secteur agricole pour près de 11 milliards d'euros. « Les évolutions de la production de crédits bancaires n’ont pas fléchi au cours des dernières années en dépit de la crise et de l’augmentation des risques », confirme Sébastien Prin, responsable marché de l'agriculture à la Confédération Nationale du Crédit Mutuel.

Mais cette situation pourrait évoluer. En cause : l'augmentation des risques « climatiques, réglementaires, et humains ». « Ce n'est pas un secret de dire que les banques aiment peu le risque », concède Sébastien Prin.

Ceci dit, « les projets des agriculteurs sont de plus en plus innovants et complexes, ajoute-t-il, ce qui rend le travail d'analyse du risque plus difficile. Dans ce contexte, nous travaillons de plus en plus avec des partenaires pour faire évoluer notre offre. »

De nouveaux acteurs prennent le relais

Face à ces évolutions, de nouveaux acteurs apportent de nouvelles solutions de financement. C'est le cas des plateformes de crowdfunding spécialisées dans le monde agricole, comme Miimosa ou encore Blue Bees, avec qui le Crédit Mutuel a signé un partenariat.

« Nous avons lancé cette plateforme pour accélérer la transition agricole, pour une agriculture respectueuse de la santé humaine et de l'environnement, mais aussi pour contribuer au renouvellement des générations », raconte Emmanuelle Paillat, directrice et créatrice de Blue Bees.

Cette plateforme propose justement aux porteurs de projets innovants, qui ne parviennent pas à convaincre les banques, de faire appel aux internautes. Elle propose au public de faire des dons, ou des prêts rémunérés à 2 %. Ces levées de fonds peuvent constituer une somme de départ permettant de débloquer un prêt bancaire. « Nous pouvons être complémentaires des banques », ajoute-t-elle.

« Nous finançons des installations et des projets lancés par des néoruraux, des cadres qui décident de se lancer », raconte Emmanuelle Paillat. Depuis la création de l'entreprise en 2014, Blue Bees a financé à hauteur de 3,6 millions d'euros de projets agricoles.

« Aujourd'hui, nous cherchons à créer un fonds de garantie pour réduire le risque que prennent les internautes au maximum, afin d'augmenter les dons et les prêts », précise-t-elle. Seulement un projet a fait faillite, depuis la création de l'entreprise en 2014. Cependant, la société Blue Bees n'est toujours pas rentable. 

Autre alternative au prêt bancaire : faire appel à des capitaux extérieurs en fonds propres. C'est le rôle de la société Labeliance, créée en 2012, qui propose des solutions de financements alternatifs aux exploitants agricoles, via des partenaires financiers. En 2017, la valeur totale des opérations financées a atteint 53,5 millions d'euros.

Mais là aussi, plus qu'une alternative, cette solution est un complément au prêt bancaire, de l'aveu même des fondateurs de l'entreprise. « Nous ne sommes pas là pour remplacer les banques, plutôt pour compléter l'offre », indique ainsi Gérald Évin, le président de Labeliance. Face à un monde agricole de plus en plus complexe, tous appellent à une plus grande diversification de ses financements.

NB: article modifié le 18 mai à 17h16

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