Rapport sur les suicides en agriculture 63 propositions des sénateurs face au manque de moyens et d’humanité

Terre-net Média

Déplorant l’attention encore trop faible apportée au mal-être des agriculteurs et à leur surmortalité par suicide, la commission des affaires économiques du Sénat a rendu le 17 mars un rapport riche de propositions concrètes pour mieux prévenir et mieux accompagner les situations de détresse. Les élus pointent notamment un manque d'humanité et préconisent de renforcer les moyens et de démultiplier les initiatives qui fonctionnent dans certains territoires.

Les sénateurs proposent une soixantaine de mesures concrètes pour lutter contre la surmortalité des agriculteurs par suicide.Les sénateurs proposent une soixantaine de mesures concrètes pour lutter contre la surmortalité des agriculteurs par suicide. (©Pixabay)

Après le rapport du député Olivier Damaisin sur le mal-être des agriculteurs, la commission des Affaires économiques du Sénat apporte également ses réflexions sur une réalité encore taboue, les suicides en milieu agricole. Car malgré une médiatisation plus importante, grâce notamment au succès du film « Au nom de la terre », l’attention portée à ce phénomène reste trop faible à l’égard des enjeux, estiment les sénateurs.

Avec un suicide d’agriculteur par jour, selon les derniers chiffres de la MSA portant sur l’année 2015, la surmortalité par suicide dans l’agriculture est de l’ordre de 20 %. « Il est révoltant que ce phénomène ne soit pas suivi statistiquement », a insisté la sénatrice de la Marne Françoise Férat (Union centriste), rapporteur du texte, lors de la présentation du rapport à la presse le 17 mars.

Forte influence des bas revenus et de l’agribashing

Les sénateurs, qui se veulent complémentaires au rapport Damaisin, se sont appuyés sur un travail de terrain, tenant compte des contributions des chambres d’agriculture et des préfectures, et de nombreux témoignages dont les 150 recueillis via la plateforme anonyme mise en place spécifiquement.

Si le suicide résulte toujours d'une pluralité de causes, « une immense détresse a été recueillie sur deux sujets, le revenu des agriculteurs et l’agribashing », poursuit Françoise Férat. De nombreux témoignages évoquent ainsi un « sentiment de perte de la liberté d’exploiter, une surcharge de travail, un manque de reconnaissance », ajoute-t-elle. « Le revenu, très bas au regard de la charge de travail, face à importance stratégique de l’alimentation pour la société, est une source de désillusion terrible », poursuit la sénatrice.

Le revenu très bas est une source de désillusion terrible

Face à ce découragement, les sénateurs estiment indispensable de faire de l’agriculture une grande cause nationale, pour communiquer de façon plus positive sur les métiers et recréer le lien entre les agriculteurs et la société. « 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite d’ici 15 ans, ce dénigrement peut bloquer le renouvellement des générations », ajoute Françoise Férat. 

Remettre des moyens et de la coordination

Si des outils existent, ils sont parfois méconnus par les acteurs eux-mêmes, ont constaté les sénateurs qui préconisent de mettre en place un outil de communication au niveau départemental, tel que des points d’accueils pour les agriculteurs fragilisés sur le modèle des Points accueil installation.

Par ailleurs, les initiatives parfois très efficaces sur les territoires « ne se connaissent pas suffisamment entre elles », explique Henri Cabanel, sénateur de l'Hérault (RDSE) et rapporteur du texte. Pour y remédier, la cellule départementale pourrait être la clé de voute du dispositif de prévention, avec une attention accrue aux signaux faibles via la multiplication des sentinelles. Ces sentinelles peuvent être des professionnels très divers, élus syndicaux notamment, mais également les vétérinaires, les facteurs, toutes les personnes qui côtoient régulièrement l’agriculteur et peuvent s’apercevoir d’un changement, d’un signal faible.

Ces initiatives manquent également de moyens, regrettent les sénateurs qui préconisent de donner davantage de budget aux associations de terrain, à l’aide au répit, pour aller au-devant des agriculteurs en détresse plutôt que d’attendre leur prise de contact. Parallèlement, l’aide à la relance des exploitations en difficulté est à réformer, car ses conditions d’éligibilité très strictes excluent de fait un grand nombre d’exploitants qui en ont besoin.

Une gestion administrative qui manque d’humanité

La gestion administrative souffre également d’un manque certain d’humanité, avec par exemple l’envoi de courrier recommandés sans même un contact téléphonique, indique également Henri Cabanel. «  Nous avons fait une recommandation forte pour que la MSA soit davantage à l’écoute, pour remettre des hommes et femmes au contact du terrain », ajoute le sénateur. Si l’organisme de protection sociale a mis en place un numéro d’appel pour les agriculteurs en détresse en 2014, Agri’Ecoute, beaucoup n’osent pas appeler, la MSA étant davantage perçue comme un service de recouvrement et non une aide sociale.

La MSA est perçue comme un service de recouvrement et non comme une aide sociale

Par ailleurs, les procédures collectives pour les agriculteurs ont lieu au tribunal de grande instance, à côté de criminels, une « source d’humiliation et de stress », ont noté les sénateurs. Cette procédure pourrait tout simplement être transférée aux tribunaux de commerce, comme c’est le cas actuellement pour les commerçants.

Le rapport compte 63 propositions, réparties en cinq axes : mieux connaître le phénomène de détresse, mieux prévenir (à travers par exemple des aides d’urgence pour les revenus anormalement bas), mieux identifier les agriculteurs en détresse, mieux les accompagner et enfin, mieux accompagner les familles endeuillées qui affrontent souvent dans une grande solitude le choc et les démarches administratives.


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