Sans investissement, 4 à 7 Mrd€ de perte annuelle pour l’agriculture française

Champ de céréales à la moisson
Si le rendement moyen devrait globalement se maintenir pour le blé, d'autres productions françaises verraient leurs rendements fortement impactés d'ici 2050, comme les cultures pérennes, ou le maïs. (©Adobe Stock, @Thierry Ryo)

À horizon 2050, la pression liée aux risques climatiques aura des conséquences négatives importantes sur la production agricole française : augmentation des vagues de chaleur extrêmes, de l’ordre de 7 à 14 jours supplémentaires par an à plus de 30 °C, baisse globale des précipitations de 2 à 5 %... L’étude Résilience Agricole, réalisée par le Crédit Agricole, InVivo, Sofiprotéol et Unigrains, et rendue publique en décembre dernier met en avant les évolutions des zones de productions agricoles françaises en se basant sur 11 archétypes d’exploitations, principalement en grandes cultures et bovins, représentant 52 % de la SAU.

Si la trajectoire actuelle se poursuit, 90 % des principales productions agricoles perdraient en rendement et en rentabilité, et 80 % des territoires français seraient négativement impactés, notamment dans le sud et le sud-ouest. À l’inverse, le Nord de la France serait davantage épargné (Bretagne, Normandie et Hauts-de-France), précise l’étude. En année moyenne, les pertes de rentabilité représenteraient 4 milliards d’euros, tandis qu’elles pourraient atteindre 7 milliards d’euros en année extrême. Comparativement, l’EBE actuel de la Ferme France atteint 100 milliards d’euros par an.

16 milliards d’euros pour maintenir la rentabilité actuelle

Néanmoins, « une voie de passage existe », explique Céline Ansart-Le Run, Directrice des études économiques et stratégiques chez Unigrains, qui a présenté l’étude le 6 février lors de la conférence du HCCA et de La Coopération agricole Métiers du Grain. « La rentabilité pourra être maintenue voire améliorée dès lors que des actions ambitieuses et systémiques auront été engagées dès maintenant », indique-t-elle.

Pour maintenir la rentabilité actuelle, 16 milliards d’euros seraient nécessaires, mais pour aller au-delà, l’étude chiffre les investissements à 29 milliards d’euros. Soit entre 1 000 et 2 000 €/ha sur 15-20 ans, avec un retour sur investissement prévu d’ici 10 à 11 ans (pour un investissement moyen de 1 100 €/ha).

À titre d’exemple, une exploitation type de production de pommes de terre du nord de la France pourrait viser 92 000 € d’EBE supplémentaires avec un investissement de 1 800 €/ha sur 15 ans, autour des leviers suivants : nouvelles pratiques culturales, agriculture de précision, Cive, optimisation de la rotation, diversification de l’assolement, photovoltaïque, pour un surplus final de 540 €/ha et par an.

Quatre catégories de leviers priorisés

L’étude identifie quatre catégories de leviers prioritaires :

- la diversification des assolements (modification et allongement des rotations de cultures, ajout de légumineuses récoltées, extension du couvert d’intercultures) ;

- les nouvelles pratiques culturales (ajustement des dates et densités de semis, travail du sol réduit) ;

- les leviers technologiques (agriculture de précision, amélioration génétique, biocontrôle) ;

- les leviers économiques et organisationnels (photovoltaïque sur les bâtiments, Cive, ajout d’un atelier de volaille, réintroduction de modèles de polyculture-élevage) ;

En investissant dans ces leviers, 100 % des modèles d’exploitation étudiés verraient leur rentabilité maintenue et améliorée, estime l’étude.

Néanmoins, cet objectif nécessite un réel effort collectif, et immédiat, « au-delà de l’exploitant agricole », concluent les auteurs, rappelant également que « l’inaction coûtera plus cher que l’action ».

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