Mercosur : Bruno Retailleau agite le spectre d'une censure

« Ce que je dis solennellement, c'est que si le président de la République vote pour le Mercosur, après toutes ses déclarations, il prend le risque d'une censure », a affirmé l'ex-ministre de l'Intérieur, alors que la colère des agriculteurs français, très opposés à l'accord, continue de se faire entendre sur plusieurs barrages mercredi. M. Retailleau a refusé d'appeler d'ores et déjà la cinquantaine de députés de son parti, avec qui il entretient des relations tendues, à voter cette censure, assurant qu'il « faut d'abord voir quel sera le vote du président ».

Emmanuel Macron s'était félicité en décembre du report de la signature de l'accord avec le bloc latino-américain décrié par les agriculteurs et la classe politique française quasi-unanime.

Une réunion cruciale a lieu mercredi à Bruxelles entre les ministres de l'agriculture des Vingt-Sept, et un vote des États membres est attendu vendredi. L'exécutif français n'a pas encore dit clairement qu'il voterait contre. Le traité, « ni juste ni équitable », est « inacceptable en l'état », a réaffirmé mercredi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon au Sénat. Si elle a saluée « des avancées » européennes sur la « clause de sauvegarde » réclamée par la France, elle a a redit que « le compte n'y est pas » sur les « mesures miroirs » visant à faire respecter aux produits agricoles importés les mêmes normes sanitaires et environnementales qu'en Europe.

« Trahison »

« Donc, nous verrons les avancées qu'il y aura dans la dernière ligne droite », a-t-elle déclaré.

« Quand c'est flou, il y a un loup. Il n'y a rien de clair dans ce que vous nous avez énoncé », lui a rétorqué la sénatrice LR Frédérique Puissat.

Le vote se fait à la majorité qualifiée des États de l'UE, et si l'Italie finit par accepter l'accord, comme elle semble en prendre la direction, la France risque d'être trop isolée pour bâtir une minorité de blocage. Semblant devancer un tel camouflet, Maud Bregeon a tenu à préciser que quels que soient « les votes qui auront lieu dans les jours à venir, la messe ne sera pas dite et nous n'arriverons pas au bout du chemin ». Elle a rappelé que le Parlement européen pourrait notamment « saisir la Cour de justice de l'Union européenne » et ainsi « interrompre la procédure d'adoption du Mercosur ».

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a tenté mardi un geste pour désamorcer les tensions, en proposant une rallonge budgétaire dans la prochaine politique agricole commune (la Pac 2028-2034) de l'Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d'euros dès 2028.

Emmanuel Macron a aussitôt « salué » sur X cette annonce, y voyant « le résultat » de la « mobilisation déterminée » de la France et de son propre « engagement constant » pour les agriculteurs. Mais il s'est attiré une série de critiques sur le même réseau.

« Macron agite le hochet des aides de la Pac pour faire avaler la pilule du Mercosur. Désolé M. Macron, mais ça ne passera pas », a raillé mercredi le député de gauche François Ruffin.

« Pas question », « la France doit refuser l'accord », a aussi estimé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, rappelant une proposition de résolution de l'Assemblée nationale en ce sens.

Le président du Rassemblement national Jordan Bardella a lui soupçonné Emmanuel Macron de « préparer les esprits à une véritable trahison de nos agriculteurs, justifiée par des +garanties+ illusoires et des promesses sans lendemain ».

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