La campagne de commercialisation 2024/25 restera comme l’une des plus éprouvantes de l’histoire de la Sica Nord Céréales, l’opérateur du terminal céréalier du port de Dunkerque (Nord). « La récolte 2024 a été, pour beaucoup d’entre nous agriculteurs, la pire depuis plus de 30 ans », rappelle son président Laurent Bué.
Conséquence : des exportations en chute libre. Alors que près de 2 Mt de blé et d’orge quittent en moyenne Dunkerque chaque année vers les pays tiers, seulement 382 000 t de céréales françaises ont été exportées hors Europe par voie maritime sur 2024/25, principalement vers le Maroc, la Mauritanie et la Chine.
Face à cette situation, une cellule de crise a été mise en place à l’automne 2024 pour préserver l’équilibre financier de la structure. Gel des investissements, maîtrise des charges, recours au chômage partiel, report d’échéances d’emprunt et soutien des actionnaires ont permis de passer le cap, souligne Laurent Bué.
L’exercice 2024/25 s’est soldé par un chiffre d’affaires de 7,95 M€ et un résultat net positif de 189 491 €. « Nord Céréales a prouvé sa solidité », insiste le directeur Joël Ratel, qui a passé il y a quelques semaines le relais à Charles Descamps à ce poste.
À l’inverse, la campagne 2025/26 s’est ouverte sous de bien meilleurs auspices grâce à une très bonne récolte 2025 : « Nous passons littéralement du pire au meilleur, résume le président. Une année sèche nous a offert des volumes élevés et une qualité remarquable », redonnant des opportunités à l’export.
Les exportations au départ de Dunkerque sur la première moitié de la campagne ont ainsi retrouvé des couleurs, avec des niveaux proches de ceux d’avant 2024/25 et un objectif à 2 Mt sur l’ensemble de la campagne.
« Nous devons reconquérir des marchés exigeants comme le Maroc et l’Égypte et nous positionner fortement dans un contexte toujours complexe », reprend Laurent Bué. La fermeture durable du marché algérien confirme la nécessité de diversifier les débouchés de Nord Céréales, qui table notamment sur l’Afrique de l’Ouest.
Au-delà de l’export de céréales, la Sica poursuit en parallèle sa stratégie de diversification à l’import, initiée en 2018.
« Sans les revenus de l’import, l’impact financier (de la mauvaise récolte 2024) aurait été bien plus lourd, appuie Joël Ratel. Nos trois filiales (DKIA pour l’import de maïs et de pellets de bois et l’export de coproduits, BGDK pour l’import et le conditionnement de pellets, Norceba pour la manutention portuaire) ont d’ailleurs bien performé sur l’exercice 2024/25. L’avenir de Nord Céréales se construira sur un équilibre entre nos deux métiers : idéalement 50 % import et 50 % export. »
Pour « atténuer les fluctuations sur (ses) marchés historiques », la Sica mise sur le développement de filières déjà engagées – comme les pellets de bois à destination des industriels et des collectivités et l’importation de maïs – et sur l’ouverture de nouveaux débouchés, notamment l’importation de tourteaux de tournesol et de soja destinés à la fabrication d’aliments du bétail dans les Hauts-de-France.
Cette dynamique s’appuiera sur le silo 9, inauguré en septembre 2025. Avec 30 000 t de stockage supplémentaires et la possibilité de monter à 105 000 t, il renforce la capacité du site à traiter d’autres produits que les céréales.