Femmes agricultrices : un parcours semé d'embûches que le gouvernement souhaite faciliter

Annie Genevard a présenté au salon de l'agriculture 41 propositions pour favoriser les femmes dans l'agriculture.
Annie Genevard a présenté au salon de l'agriculture 41 propositions pour favoriser les femmes dans l'agriculture. (©Terre-net Média)

Après une enquête, menée en 2025, pour identifier les freins rencontrés, la ministre de l'agriculture Annie Genevard a présenté lundi un plan d'action pour « favoriser la place des femmes dans l'agriculture ».

Si, « historiquement, les femmes ont toujours été présentes dans l'agriculture », elles « n'avaient pas accès au statut » d'agriculteur, relève Nina Lejeune, secrétaire nationale de la Confédération paysanne.

La question du statut est « fondamentale », pour Aurore Paillard, à la tête d'une exploitation de grande culture en Saône-et-Loire. Car derrière, « il y a la question des droits, notamment le droit à la retraite », mais également « la question du divorce », poursuit l'agricultrice, alors que selon le ministère de l'agriculture, 17 % des agricultrices ont encore le statut de « conjointes ou parentes » du chef d'exploitation, ce qui limite fortement leurs droits à la retraite.

En réponse, le ministère souhaite « inciter » les agricultrices à acquérir les statuts plus protecteurs de salariés ou d'associés au sein des exploitations agricoles.

Mais pour Nina Lejeune, il s'agit aussi d'un enjeu de revenus : « certaines exploitations ne dégagent pas de revenus suffisants pour payer des cotisations », ce qui conduit, selon elle, au « recours à des sous-statuts, que les femmes sont les premières » à endosser.

Besoin de « budget »

Les revenus sont également « le nerf de la guerre » pour Catherine Faivre-Pierret, vice-présidente de la FNSEA. « Car de toute façon on pourra prendre les mesures qu'on veut, s'il n'y a pas les prix (à leur juste valeur), on ne pourra pas maintenir la place des femmes » dans l'agriculture, juge-t-elle.

Dans un contexte budgétaire tendu, les mesures coûteuses n'ont pas été retenues dans les 41 « actions » du plan du ministère. Par exemple, les crédits d'impôts concernant les tâches ménagères ou l'aide à domicile, réclamés notamment par la FNSEA, n'y figurent pas.

« On demande de plus en plus aux femmes de prendre des responsabilités dans les structures agricoles. Mais à un moment donné, elles nous disent : "j'ai ma charge mentale familiale". C'est le gros frein : qui va garder les enfants ? Qui va faire le ménage ? », relate Catherine, pour qui les crédits d'impôts étaient une solution.

La ministre préfère mettre en avant l'exonération dégressive de cotisations sociales sur 5 ans destinée aux agriculteurs et agricultrices qui deviennent chefs d'exploitation après 40 ans, autre mesure du plan. « C'est un premier pas budgétaire », se satisfait-elle auprès de l'AFP.

« Le plan que nous avons proposé est beaucoup plus large que les simples aspects budgétaires », a ajouté Mme Genevard.

« Il faudra mettre du budget, on pourra pas faire sans, même si la ministre nous a dit qu'il fallait qu'on trouve des solutions sans budget », insiste Catherine.

Au-delà des questions financières demeurent des questions d'accessibilité, à l'instar du matériel, calibré « pour les hommes », selon Ludivine Fauchoit. Agricultrice dans le Pas-de-Calais, elle travaillait jusqu'à présent avec son conjoint, éleveur bovin, mais s'apprête à exploiter sa propre ferme pour faire des céréales.

« La salle de traite (de la ferme) n'est pas du tout à ma hauteur », témoigne-t-elle, sans compter le tracteur qui refuse de démarrer étant donné son poids de « 50 kilos », qui ne lui permet pas de débloquer la sécurité de l'engin.

Face à ce problème récurrent, le gouvernement affirme que « les constructeurs de matériel seront incités à la prise en compte de l'ergonomie et des différentes morphologies ».

Le gouvernement promet également des remplacements facilités pendant les congés maternité, y compris « le week-end, la nuit ».

« Lorsque vous avez votre ferme, vous travaillez toujours plus de 35 heures par semaine. Mais lorsqu'une femme part en congé maternité, on vous envoie un équivalent temps plein (quelqu'un qui travaille 35 heures par semaine, ndlr), ce n'est pas suffisant », déplore Nina Lejeune, qui réclame, avec la Confédération paysanne, la garantie de « deux ETP » pour pallier un congé maternité.

« Normalement, la MSA (sécurité sociale agricole, ndlr) envoie déjà deux à trois personnes. Mais ce n'est pas toujours en application dans les départements, selon les effectifs » disponibles, nuance Catherine Faivre-Pierret.

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