« Un de nos groupes d’agricultrices s’était réuni pour un temps d’échange, comme ils le font régulièrement, quand une participante, en projet d’installation agricole, a dit qu’elle aimerait réaliser un stage chez une exploitante », et non un exploitant, pour mieux cerner les problématiques spécifiques des femmes en agriculture et voir comment elles y font face. De là est venue l’idée, au sein d’Initiatives paysannes dans les Hauts-de-France, d’un marrainage entre futures installées et agricultrices qui le sont déjà.
D’autant que ces dernières avaient « envie de transmettre leur expérience et de soutenir les nouvelles arrivantes ». Le but étant aussi de créer du lien entre les unes et les autres. Une quinzaine de marraines se sont portées volontaires. Pour faciliter leur mise en relation avec les candidates à l’installation en agriculture intéressées – une dizaine pour cette première session –, leurs coordonnées ont été rassemblées dans un répertoire, avec une carte permettant de localiser facilement leurs exploitations et une présentation de leurs profils, parcours, productions/ateliers et systèmes pour orienter le choix et constituer des binômes cohérents, qui se correspondent le plus possible.
« Éviter aux femmes certains écueils »
Sont également indiqués les disponibilités et types d’accompagnement proposé (par téléphone, visio, de visu, sur la ferme ou non, avec observation seule ou participation aux travaux). Les premiers retours montrent que l’initiative est appréciée, comme l’illustrent les propos recueillis : « Le marrainage permet des échanges enrichissants, constructifs et motivants d’un côté comme de l’autre. Il apporte un regard extérieur et bienveillant sur le projet » ; « Je peux partager mon vécu et peut-être éviter certains écueils aux femmes qui souhaitent devenir agricultrice » ; « J’aurais aimé que cela existe quand je me suis installée ».
Mais il demande du temps à la fois pour mettre en contact ces deux publics, parfois éloignés géographiquement et/ou socialement, puis « nouer une relation de confiance ». Les marraines doivent aussi être disponibles. Or, en agriculture, la charge de travail est importante. « Nous devons réfléchir à comment indemniser le temps passé », suggère Initiatives paysannes qui exhorte, au-delà, « cadrer » davantage les choses par la suite.
« Au bon moment dans le parcours d’installation »
Il s’agit aussi de « trouver le bon moment », dans le parcours d’installation agricole, pour proposer le marrainage. « C’était trop tôt pour plusieurs d’entre elles, encore au tout début voire en réflexion. Alors certaines ont abandonné en cours de route », regrette l’association. Des enseignements dont elle va se servir pour formaliser et ajuster le dispositif avec, par exemple, un nombre de rencontres minimum, la signature d’une charte tripartite entre la structure, les marraines et les "marrainées », la souscription d’une assurance en cas de participation aux tâches de la ferme. « L’absence de financement de l’État risque d’être vite limitant », craint cependant l’organisation.
Un réseau de marrainage a aussi vu le jour dans les Hautes-Pyrénées – Ferm’en Femmes –, à l’initiative du Gab 85 (groupement d’agriculture biologique du département), mais entre futures installées en agriculture et cédantes. Ce dernier cherchait en effet « à intégrer une dimension genrée dans l’accompagnement réalisé par la coopérative d’installation Ferme en coop, dans le cadre du test d’activité agricole notamment ». Le suivi des binômes marraines/marrainées a permis de clarifier les conditions d’accueil, les difficultés éventuelles, les outils à adapter au niveau du foncier, des équipements, du logement, etc. Et de se rendre compte de l’importance de bien sélectionner les fermes participantes et d’accompagner les deux publics durant tout le processus.