Marchés mondiaux 2015 annonce le retour à la baisse des prix des matières premières agricoles

Terre-net Média

Les produits agricoles n’échapperont pas à un recul des prix. Voilà résumé ce que présage Philippe Chalmin, qui dirige le rapport annuel du Cyclope sur les marchés mondiaux, pour l’année 2015. Mais la tendance serait moins marquée que celle observée pour les autres matières premières, car la demande de produits agricoles restera importante pendant encore de nombreuses années.

Exportations de céréales au port de RouenSelon le rapport Cyclope, l'année 2015 marque déjà une rupture avec les dix dernières années passées caractérisées par des prix élevés. (©Terre-net Média)

« Sur les marchés des matières premières, le glas de la fin d’une période de prix élevés a sonné », a déclaré Philippe Chalmin, professeur d’économie le 20 mai dernier. Il présentait la 29ème édition du Cyclope, un rapport sur les marchés mondiaux dont il a dirigé la rédaction.

Dans cet ouvrage de 780 pages, une trentaine d’auteurs passent en revue l’ensemble des marchés mondiaux des matières premières, de la finance, des services et des produits industriels. Et ils en tirent la même conclusion : ces derniers mois marquent une rupture avec les dix dernières années passées caractérisées par des prix élevés. Ils faisaient alors le bonheur des pays émergents en particulier !

Pour Philippe Chalmin, qui préside aussi l’observatoire de la formation des prix et des marges, il n’est pas question d’affirmer que les prix agricoles resteront durablement à leurs niveaux actuels. Les marchés sont liés à des facteurs climatiques qui échappent à leur fonctionnement. Ces marchés réagissent au moindre accident climatique.

« En dix ans, les marchés céréaliers ont flambé à trois reprises » rappelle-t-il. Ceci dit, il semble que les prix actuels intègrent déjà une nouvelle campagne de production 2015/2016 équilibrée même si rien n’est joué tant que les moissons 2015 ne sont pas faites. Mais El Niño, le courant marin anormalement chaud qui apparaît tous les ans entre janvier et avril dans le Pacifique, pourrait être plus actif cette année.

Enfin, des politiques mises en œuvre dans certaines régions du monde, favorables à l’essor de la production et à la sécurité alimentaire (avec une refonte des circuits commerciaux), commencent aussi à apporter des résultats rassurants pour les marchés. Ce qui réduit la demande de produits agricoles de certains pays importateurs, comme l’Iran ou l’Egypte notamment.

Le marché de la viande à part

La faiblesse des prix agricoles est aussi alimentée par celle des hydrocarbures et du charbon, mais aussi par le manque d’attractivité de l’industrie des énergies renouvelables. La production d’énergies renouvelables est dorénavant moins rentable.

A quelques mois de la conférence climatique Cop 21, la réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait ne plus devenir une priorité.

Les prix des produits carnés ont encore progressé de 8 % l’an passé au niveau mondial.

Seule la mise en place d’un marché du carbone attractif pourrait redynamiser la transition énergétique de l’économie mondiale. Ce qui donnerait alors un sens aux engagements pris par les pays invités pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La conférence sur le climat, organisée par la France en décembre prochain, serait une réussite si elle arrive à un tel résultat.

« Le monde a faim de viande », a déclaré Jean-Paul Simier, un des coauteurs du Cyclope. Aussi, les prix des produits carnés ont encore progressé de 8 % l’an passé au niveau mondial. Mais l’Europe est à l’écart de cette euphorie. Cette année, un repli est attendu mais il sera provisoire compte tenu de la demande croissante des pays émergents en viandes et de la sensibilité du secteur aux facteurs climatiques.

Les pays émergents en première ligne

Mais pour les minerais, le charbon et les hydrocarbures, le retournement de la conjoncture économique de ces derniers mois pourrait s’inscrire dans la durée. Au point de contredire les affirmations des experts tenues dans les années 2000, qui expliquaient à l’époque que la raréfaction des matières premières conduirait à des prix mondiaux élevés.

En fait, les investissements réalisés par les pays émergents et les compagnies internationales pour profiter de cette aubaine conduisent à ce jour à une surproduction de minerai, d’hydrocarbures et de métaux rares alors même que la croissance de la demande pour ces commodités se rétracte.

Aussi, la nouvelle conjoncture mondiale sonne surtout le glas sur les espérances des pays émergents dont « les prix de revient fiscaux » des matières premières exportées dépassaient pour le pétrole, par exemple, les 100 dollars le baril. En effet, l’équilibre des budgets des grands pays producteurs de pétrole (Russie, Algérie, Vénézuela) concernés n’est assuré que si le pétrole était exporté à ce prix. Aux Etats-Unis et au Canada, aux cours actuels du baril de pétrole, la rentabilité de la production de gaz de schiste est aussi mise à mal.

Le monde est rentré dans une nouvelle ère d’incertitudes, selon Philippe Chalmin. En effet, les grands pays émergents (le Brésil, l’Inde et dans une certaine mesure la Chine), sont aussi confrontés à des difficultés économiques et à un ralentissement de leur croissance. Ce qui ne sera pas sans effet, à terme, sur la croissance mondiale.

Cette nouvelle conjoncture économique déprimée pourrait même attiser certains conflits régionaux dont on ne voit pas l’issue, qu’il s’agisse de celui qui oppose la Russie et l’Ukraine ou encore au Moyen Orient et en Afrique saharienne.

D’autres conflits sont tout à fait envisageables. Le niveau des prix des matières premières n’atténuera pas les tensions entre Etats pour garantir l’accès à l’eau et à la terre pour assurer la sécurité alimentaire de leur population. Les acquisitions d’unités industrielles agroalimentaires constituent déjà une autre forme d’accaparement des terres dans les pays où elles sont implantées.


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