Marché betteravier Pour les planteurs, l’an 1 après quota dans le flou économique et législatif

Terre-net Média

Pour cette première campagne betteravière sans quota, les planteurs français vont arracher près de 45 Mt, une production record grâce à une progression conjuguée des rendements et des surfaces. Dans ce contexte libéralisé, la CGB pointe du doigt de nombreux freins législatifs et le manque de transparence des marchés.

En moyenne, le rendement en betteraves s'annonce à 93 tonnes de betterave à l'hectare.En moyenne, le rendement s'annonce à 93 tonnes de betteraves à l'hectare. (©Terre-net Média)

D’ un point de vue quantitatif, les betteraviers français n’ont pas raté le coche de la fin des quotas, effective depuis le 1er octobre 2017. Pour cette première campagne d’arrachage dans un marché totalement libéralisé, la production s’élève à 44,2 Mt à 16° de sucre, contre 34,5 Mt la précédente campagne. Cette production record est le résultat d’une hausse des surfaces plantées de 20 %, passant de 405 000 ha en 2016 à 475 000 ha en 2017, et surtout d’un rendement très élevé.

« C’est le 3e meilleur rendement de l’histoire de la betterave française », a commenté Eric Lainé, président de la CGB lors de la conférence de presse annuelle du syndicat, jeudi 7 décembre 2017. Le rendement moyen culmine à 93 t/ha, contre 85,8 t/ha en 2016 et 89 t/ha en moyenne quinquenale.

« Les planteurs ont ainsi largement satisfait la demande des industriels d’augmenter leur production », explique Eric Lainé. Pour saturer les usines et améliorer leur compétitivité, la campagne d’arrachage 2017-2018 a été allongée à 133 jours, contre 100 jours l’an passé. « Certaines usines vont tourner jusqu’à fin janvier voire début février. »

Pour le leader syndical, « un jour supplémentaire de fonctionnement des usines permet de réduire les coûts de production industriels d’un euro par tonne de sucre ».

Meilleur partage des gains de productivité

Dans ce contexte, la CGB revendique « un meilleur partage de ces gains de productivité ». « Les arrachages précoces et les enlèvements tardifs induits par l’allongement de la campagne engendrent des contraintes pour les agriculteurs. Les arrachages précoces entraînent des pertes de rendement importantes qui ne sont pas suffisamment compensées. » Le syndicat réclame ainsi des compensations financières plus importantes, mais aussi des calendriers d’enlèvement « plus ajustés ».

Les ambitions conjointes des industriels et des planteurs en termes de production sont pourtant émaillées de nombreuses difficultés.

Sur le plan technique, l’interdiction des néonicotinoïdes dès le 1er septembre 2018 viendra compliquer la tâche des planteurs pour lutter contre la jaunisse virale. « Cette interdiction menace la culture de la betterave dans certaines régions », estime Eric Lainé. « Les néonicotinoïdes en enrobage de semences sont pourtant la seule solution efficace. Sur le plan environnemental, il n’y a pas de pulvérisation. La betterave ne produit ni fleur ni pollen. Il n’y a donc pas de risque pour les abeilles. » Pour le syndicat, l’interdiction est sans fondement scientifique concernant la culture betteravière. La CGB demande ainsi une dérogation à cette interdiction et lance « un projet de recherche pour trouver des solutions alternatives sous trois ans ».

Le flou bruxellois sur le débouché éthanol

L’autre grande difficulté vient de Bruxelles. Sur les 6,1 Mt de sucre qui seront produites pour cette campagne 2017-2018, 10 % iront à la production d’éthanol. « Le débouché éthanol joue un rôle tampon dans l’équilibre entre l’offre et la demande ». Or le projet de directive dite « Red 2 » sur les énergies renouvelables envisage une réduction des taux d’incorporation de biocarburants de 7 à 3,8 %. Le volet « transport » du texte prévoit un objectif contraignant de 15 % par Etat membre d’utilisation de biocarburants dans les transports. La CGB réclame un plafond minimal de 7 % pour les biocarburants de première génération. Un taux qui n’est pour l’heure, pas mentionné dans la proposition.

Le syndicat s’inquiète aussi de l’incorporation croissante de dérivés d’huile de palme dans les essences françaises. « Ces dérivés représentent aujourd’hui 14 % des biocarburants ». La CGB dénonce l’absence de spécification technique et de contrôle sur ces dérivés.  « Ces bioessences ne doivent plus être éligibles à la réglementation sur la TGAP et ne doivent plus compter dans les quotas d’incorporation ».

Par ailleurs, la CGB s’inquiète du manque de transparence des marchés sucriers. « Dans un contexte de très forte volatilité, nous n’avons aucune vision sur les prix. Il n’y a aujourd’hui aucun cours officiel du sucre. » Le syndicat déplore aussi l’arrêt des suivis officiels sur les débouchés non alimentaires, en particulier celui de l’éthanol.

« L’état actuel du marché donne une betterave à 22 €/t hors pulpe. Mais cette conversion ne reflète que le début de la campagne sur le marché spot et ne présage pas des stratégies commerciales des entreprises. »


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