Prix des engrais Thierry Loyer, Unifa : « Le marché français est de plus en plus perméable »

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Pour les engrais, la France dépend à 60 % d'approvisionnements extérieurs. Les niveaux de prix sont corrélés, entre autres, aux capacités de production et d'exportation des pays fabricants et aux marchés mondiaux des céréales, autant de facteurs face auxquels l'Hexagone n'a aucun poids. Thierry Loyer, président de l'Unifa, s'inquiète pour la compétitivité de l'agriculture et de l'industrie faute de mise en place d'une stratégie d'approvisionnement.

Engrais phosphaté.Concernant le phosphore, l’Europe dépend à 95 % de l’importation de pays tiers. (©Terre-net Média)

Le gaz naturel, comme source d’hydrogène, est la principale matière première de la fabrication de l’ammoniac. Il représente plus de 50 % du coût de production des engrais azotés comme l’ammonitrate, l’urée ou la solution azotée.

« Sur le marché mondial, explique Thierry Loyer, président de l'Unifa et de Yara, les variables de l’azote dépendent donc du marché du gaz et de l’énergie, et de la consommation mondiale d’engrais, qui varie surtout en fonction des marchés mondiaux des céréales et des utilisations de l’Asie et l’Amérique latine. » La disponibilité en phosphore et potassium est liée aux activités minières. « La Chine est premier producteur d’ammoniac, et aussi premier consommateur, illustre Thierry Loyer. Ses décisions d’exporter, ou non, jouent forcément sur les prix mondiaux. »

Moins de 1 % de la production mondiale

La France, qui représente moins de 1 % de la production mondiale d’engrais, dépend donc fortement du marché chinois, des mouvements de l’Inde, de leurs capacités d’exportation d’azote, et de celles du Canada s’agissant de la potasse. Plus de 60 % des engrais consommés en France viennent de l’extérieur et 25 % de pays hors Europe. « D’où une forte perméabilité du marché français. »

Mine de potasse K+S, Canada : 2,84 milliards d’€Les fabricants d'engrais réinvestissent depuis 2010. Mine
de potasse K+S, Canada : 2,84 milliards d’€ (©Unifa)

Le prix de l’ammonitrate est fortement corrélé à celui de l’urée. Celui du chlorure de potassium aux capacités de production mondiale et celui de la solution azotée aux capacités d’exportation des Etats-Unis qui extraient du gaz de schiste de leur sous-sol.

« L’Europe doit donc faire avec plusieurs handicaps : le coût élevé du gaz naturel, sa dépendance vis-à-vis des importations, les contraintes sur la production, le stockage des ammonitrates, le système des quotas CO2 inexistants dans le reste du monde. En face, l’Amérique du Nord retrouve un avantage compétitif fort grâce à l’exploitation du gaz de schiste qui favorise une baisse importante du prix du gaz naturel et donc des coûts de fabrication de l’ammoniac, permet la réouverture d’usines, réduit le recours aux importations et développe la capacité exportatrice du pays qui expédie des solutions azotées vers la France. »

Le président de l’Unifa en appelle aux pouvoirs publics « pour la mise en place au niveau de l’Union européenne d'une stratégie d’approvisionnement en gaz afin de maintenir la compétitivité de l'agriculture, et l’activité industrielle ».

Amendements issus de ressources locales

Concernant le phosphore, la Chine est le premier producteur. L’Arabie Saoudite prend une place importante dans la production de Dap, et le Maroc, détenteur des plus grandes réserves, continue son expansion. L’Europe dépend à 95 % de l’importation de pays tiers. Quant aux extractions de potassium, le Canada et la Russie, déjà sur les deux plus hautes marches du podium, prévoient d’augmenter leurs capacités de production d’ici 2018 grâce à de nouvelles mines.

Pour les amendements, les trois millions de tonnes d’amendements minéraux basiques livrées sur la campagne 2013-2014 sont issues de ressources locales et valorisées sur des marchés régionaux de proximité (moins de 200 km) : 1 million de tonnes d’écumes de sucrerie et de carbonates issus de papeterie recyclés après un premier usage des carbonates de calcium et 2 Mt produits à partir de la roche extraite de carrières. Enfin, 5,7 Mt d’amendements et d’engrais organiques ont été commercialisés dont plus de 1 Mt importées de Belgique (Flandres) et des Pays-Bas.


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