Cultures de diversification « Le chanvre mellois » douze années d’expertise au service de l’éco-construction

Nicolas Mahey Terre-net Média

En 2006, le groupe de producteurs « le chanvre mellois » se lancent dans la production de chanvre. Leurs objectifs : diversifier leur production et répondre à la demande locale en fibre et laine de chanvre pour l'éco-construction. Cette culture offre de nombreux atouts : facile à implanter et peu exigeante en intrants. De plus, de nouveaux débouchés émergent : plasturgie, polymères, cosmétiques...

Culture de chanvre Le chanvre, une culture avec de nombreux atouts : simple à implanter, peu exigeante et un bon précédent. (©Terre-net Média)  « N ous étions un petit groupe qui cherchions à diversifier nos productions, explique Emmanuel Ingrand, volailler et cultivateur à St-Vincent-la-Châtre (Deux-Sèvres). L’un de nous avait eu l’occasion de participer à un chantier d’éco-construction. Il s’est aperçu qu’il y avait une demande sur la fibre et la laine de chanvre pour les enduits ou l’isolation. Pourquoi ne pas en cultiver ? L’Afipar, un organisme basé à Melle nous a aidé à structurer le projet. C’était en 2006. » Depuis, la petite association s’est transformée en société et rassemble dix exploitations. Spécialisée dans la production et la vente directe de fibre et de laine de chanvre destinées à l’éco-construction, la SARL Chanvre mellois a dégagé sur les cinq dernières années un chiffre d’affaires moyen de 180 000 €/an.

Simple à implanter, peu exigeant, le chanvre est aussi un excellent précédent

Si cette année, la sécheresse a impacté la récolte (environ un tiers de moins qu’en année classique), le chanvre a un rendement habituel compris entre 0,6 à 1 t de graines et 4 à 6 t de MS à l’hectare. Peu exigeant, le chanvre donne de meilleurs résultats s’il est bien arrosé ; sa productivité sera également supérieure dans des sols possédant des réserves organiques et minérales importantes. « Nous apportons du fumier composté à hauteur de 60 à 80 unité d’azote. La mise en place de la culture, fin avril, est facile. Elle ne nécessite aucun désherbage : c’est une plante qui peu pousser très vite, jusqu’à 70 cm en 10 jours. Sa masse étouffe naturellement les adventices. On réalise juste un faux semis au préalable ». Le chanvre possède en outre un système racinaire pivotant qui casse la structure du sol, ce qui en fait un excellent précédent avant une céréale. « Pour nous qui sommes sur des terrains argileux type terres rouges, c’est un atout intéressant ».

Le groupe de producteurs du « Chanvre Mellois » Le groupe de producteurs du « chanvre mellois » (©Le Chanvre Mellois)

De nouveaux débouchés dans la plasturgie ou la cosmétique

Les surfaces varient d’une année sur l’autre : 45 ha en 2018, contre 60 ha en 2017. Une fois par an, l’ensemble des sociétaires détermine un objectif de production en fonction des stocks de l’année précédente. « On ne sème que ce qu’on est capable de traiter et d’écouler, explique Emmanuel Ingrand. Chaque année nous nous répartissons les surfaces à mettre en culture selon les besoins et qui cela intéresse. Le marché n’est pas infini, même si depuis dix ans la demande a progressé. » Outre l’éco-construction et le chènevis (la graine, dont on tire de l’huile ou des aliments d’oisellerie), d’autres débouchés émergent : plasturgie, polymères, cosmétiques … « Nous sommes à l’écoute de ces nouveaux marchés », confirme l’agriculteur. Coût d’un hectare de chanvre, depuis le semis jusqu’au conditionnement : 1 900 €. Celui-ci est vendu (en direct) près du double auprès d’une clientèle composée pour moitié de maçons spécialisés et de particuliers.

Un impératif : laisser le sol impeccable après la récolte

Si implanter et réussir un chanvre est à la portée de tous, le récolter s’avère plus délicat. La moisson s’effectue la première quinzaine de septembre. « Pour la récolte la SARL fait intervenir un entrepreneur qui vient avec une moissonneuse modifiée  », pointe Emmanuel Ingrand. Une première coupe à 1 m 50 permet de récolter la graine. Les tiges, pouvant mesurer jusqu’à 4 m, sont ensuite fauchées et andainées. L’entrepreneur intervient à nouveau avec une ensileuse puissante, ce qui permet un premier défibrage des tiges de la plante. « Cette année, pour 45 ha, le chantier a pris deux jours. Il faut impérativement laisser le sol propre, au risque d’avoir de gros problèmes sur la mise en place de la culture suivante. La laine de chanvre, c’est de la vraie corde ! C’est imputrescible, et ça se coince et s’enroule dans le moindre outil ». Le vrac est ensuite acheminé jusqu’à l’unité de triage, où fibre et chènevotte sont séparées puis conditionnées.

Une nouvelle unité de défibrage assemblée maison

La première ligne de défibration, construite en 2006 à partir d’éléments de moissonneuses-batteuses recyclés vient d’être remplacée. Cette fois encore, l’assemblage a été réalisé par deux membres du groupe, dont Emmanuel Ingrand : « Nous avons apportés des améliorations qui devraient nous permettre d’augmenter le débit et diminuer le nombre d’interventions mécaniques ». La machine est constituée d’une distributrice d’aliment située en tête de ligne, suivi de deux secoueurs de moissonneuses-batteuses. Séparé de la laine, la chènevotte est reprise par une vis et envoyée dans un crible de carrière où elle subit un dernier tri. « Une unité neuve et prête à l’emploi coûte entre 250 000 et 300 000 €, souligne Emmanuel Ingrand. Nous avons préféré investir du temps sur la conception. » Coût de revient, 50 000 €… et quelques litres d’huile de coude.

Unité de défibrationL'unité de défibration a été entièrement conçue et assemblée « maison » par le groupe de producteurs. (©Le Chanvre Mellois)

>>> Pour en découvrir davantage sur la culture du chanvre, retrouvez cette vidéo de présentation réalisée par le Chanvre Mellois :


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