ACS : Quelles analyses technico-économiques réaliser pour améliorer la rentabilité de son exploitation ?

Bêche dans un champ
L'agriculture de conservation des sols implique une phase d'apprentissage et d'adaptation du sol, qui peut entraîner des pertes de rendements temporaires. (©Terre-net Média)

« Meilleure résilience des systèmes face aux aléas climatiques, meilleure efficience de l'eau, réduction de la consommation de carburant... » : les atouts de l'agriculture de conservation des sols (ACS) sont nombreux, a mis en avant l'Apad1, à l'occasion de son congrès annuel du 15 janvier. Mais se lancer ne démarre pas avec l'achat d'un semoir de semis direct, cela implique de revoir le système global de son exploitation. 

« L’exploitation est-elle capable d’encaisser cette transition ? »

Et « cette transition requiert une phase d’apprentissage et d’adaptation du sol, qui peut entraîner des pertes de rendements temporaires. C’est un risque économique réel à anticiper, met en garde Benjamin Audé, agriculteur en Poitou-Charentes et co-fondateur de MB Agri, entreprise spécialisée dans le conseil et la formation en stratégie, lors d'une table ronde du congrès. Changer de système ne supprime pas forcément les charges, cela peut les déplacer. Exemple : on a moins de charges de mécanisation classique, mais on doit davantage investir dans les semences de couverts, de l'anti-limaces ou du matériel spécifique parfois coûteux », note l'agriculteur. 

« L'exploitation est-elle capable de supporter cette transition ? Il faut prioriser ce qui pèse le plus, surtout dans le contexte économique tendu actuel », estime Benjamin Audé. Il rappelle 4 indicateurs importants à surveiller pour aider dans la prise de décision : 

1. Les charges opérationnelles et les marges brutes.

« Les charges opérationnelles (semences, engrais, produits phytosanitaires…) représentent environ 30 % du chiffre d’affaires, il faut viser une marge brute de 60-65 %, par rapport au produit. Cela permet de mesurer directement la pertinence de vos itinéraires techniques et agronomiques. Chaque euro investi en intrant doit générer un retour multiple : si le ratio dérape, la technique est à revoir. C’est le premier levier à activer avant de toucher aux charges de structure. » 

2. Les charges de mécanisation

« L’objectif est de viser 30 % du chiffre d’affaires pour les charges de mécanisation, c’est souvent le poste où les économies sont les plus accessibles par une meilleure gestion. Les niveaux peuvent être très différents, entre 250 et 800 €/ha, quel que soit le système. Il ne faut pas confondre investissement utile et suréquipement de confort, et être attentif à avoir du matériel bien calibré à la surface de l'exploitation », met en avant Benjamin Audé. 

Céréalier en Centre-Val-de-Loire, Hervé Lente suit cela de près. « Avec un potentiel de rendement à 55 q/ha en blé tendre, j'ai toujours travaillé à réduire les charges de mécanisation. On a, par exemple, investi dans une moissonneuse-batteuse avec mes voisins pour rentabiliser l'achat sur 850 ha. Mais l'explosion des prix du matériel interroge aujourd'hui. La moissonneuse achetée en 2012 nous a coûté 250 000 €, pour un modèle équivalent il faudrait désormais investir près de 400 000 €... » « Le financement du matériel est aujourd'hui dans une véritable impasse », ajoute également Benjamin Audé. 

3. L’excédent brut d’exploitation (EBE)

« Avec l'EBE, le but est de viser 30 % du produit brut. C’est le véritable indicateur de performance économique de votre outil de production, avant toute considération financière. Il représente la ressource interne (le "cash") concrètement généré par l’activité agricole courant, et il est indispensable pour honorer les annuités bancaires et assurer les prélèvements privés. Un EBE insuffisant signifie souvent un recours à l’emprunt court terme (trésorerie tendue). »

4. Le revenu disponible

Enfin, « le revenu disponible doit impérativement couvrir les prélèvements privés nécessaires à la vie de la famille exploitante. C'est un très bon repère pour se comparer entre fermes, car il nivelle les différences de stratégie (main d’œuvre, foncier, investissements) et intègre toutes les charges de trésorerie, ains que les produits hors rémunération (aides, divers) ».

L’approche par les coûts : quatre étapes clés

Pour piloter son exploitation, Benjamin Audé met en avant l'approche par les coûts. Il calcule pour cela : 

- Le coût opérationnel : la base technique directe, autrement dit les charges opérationnelles ;

- Le coût de production, qui intègre la structure financière réelle : coût opérationnel + charges de structure (annuités, pas d’amortissements) ;

- Le coût de revient pour vivre de son métier : coût de production + rémunération espérée ;

- Le prix objectif correspond au seuil de vente réel à atteindre : coût de revient – produits hors ventes (PAC, MAE, prestations, subventions…). Il est aussi possible d’ajouter une marge de sécurité. Le prix objectif permet de fixer les seuils de vente, connaître le prix minimum exact pour déclencher une vente sans perdre d’argent.

Exemple du calcul du prix objectif en orge d’hiver pour Benjamin Audé, avec un objectif de rendement de 6 t/ha :

/ha

/t

Charges opérationnelles

529

88

Charges de structure

850

142

Rémunération

90

15

DPB

243

41

Aides directes

0

Divers (paille, prestations…)

123

21

Prix objectif

1 103

184

« Attention aussi à la gestion par la fiscalité, souligne Benjamin Audé. Chercher à optimiser les impôts ou les prélèvements MSA peut mener à des investissements non rentables et des pertes extérieures. » Il rappelle l'importance de « se concentrer sur la marge. Le rendement brut est insuffisant comme indicateur. »

1. Association pour la promotion de l’agriculture durable.

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