« Les jeunes talents de l'agriculture » Julien : « Notre logique : rechercher la valeur ajoutée rentable »

Terre-net Média

Semis direct, intercultures, assolement en commun, réduction des intrants, méthanisation... sur l'exploitation de Julien, tous les projets ont le même objectif : la quête de valeur ajoutée rentable. Et ça marche ! La preuve dans le 22e témoignage de la série, qui présente les spécificités des parcours et projets des jeunes agriculteurs ayant inspiré le livre de Christophe Dequidt et son épouse Sylvie : "Le tour de France des jeunes talents de l’agriculture".

Savoir s'adapter est une qualité qui traverse les générations dans la famille de Julien. Il faut dire que ses parents ont été expropriés trois fois de leur ferme avant d'arriver dans l'Allier en 1970. Leur objectif depuis : chercher la rentabilité maximale, grâce à une gestion minutieuse et efficace, pour pouvoir vivre correctement sans les aides Pac. « Nous connaissons parfaitement nos marges et nos coûts, du coup nous avons vite compris que l'axe le plus rentable serait de baisser les intrants », explique le jeune agriculteur. Avec prudence toutefois. Les exploitants s'attaquent d'abord au travail du sol et « apprennent sur le tas » avec le cousin de Julien. Comme il revient du Brésil, le semis direct n'a plus de secret pour lui ! Le sol devient l'objet de toutes les attentions. Désormais, « on cultive les vers de terre », s'amuse à dire le jeune producteur. 

Puis, les intercultures investissent logiquement les champs de l'exploitation. Question « bienfaits, il n'y a pas photo » selon lui : « non seulement, elles protègent les parcelles de l'érosion mais en plus, elles apportent des éléments nutritifs indispensables à la plante », d'où un moindre recours aux engrais chimiques ! L'assolement en commun avec un voisin a alors coulé de source. Une « mutualisation de cervelles et de machines », « source d'importantes économies d'échelle et surtout de charges de matériel ». Quant aux phytos, s'« il est impossible de faire sans », ils sont employés « de façon raisonnée ».

« Aujourd'hui, en surproduisant, on s'autoconcurrence »

Dernière étape de cette stratégie et non des moindres : valoriser une partie des intercultures via la méthanisation. Les associés du Gaec échangent leur paille contre du fumier qui alimente le méthaniseur. « Nous sommes fiers de cette réalisation qui s'inscrit pleinement dans notre logique de recherche de valeur ajoutée rentable, en synergie avec les autres activités de la ferme. »

Toutes ces évolutions ont abouti à de meilleurs résultats qu'escompté : 80 q/ha en blé, soit 20 q de plus que la moyenne régionale, avec seulement 160 unités d'azote ! Julien s'interroge cependant sur la concurrence drastique exercée par les pays de l'Est, contre laquelle il est difficile de lutter vu l'écart de coûts de production. « Je me pose la question s'il ne faudrait pas abandonner l'exportation de céréales en France pour se concentrer sur la production de blé de qualité, valorisable sur le territoire national. Aujourd'hui, en surproduisant, on s'autoconcurrence. Produire pour produire n'a plus de sens, il faut se différencier. »

Il sait, de plus, que la météo peut être bien plus déterminante que toute réduction d'intrants et que certains produits, notamment le glyphosate, sont « nécessaires à dose modérée ». « L'idéologie qui consiste à combattre pour le zéro résidu est juste. En revanche, celle qui dit, par principe, qu'il faut du zéro phyto est néfaste pour notre métier. Pourquoi se tirer une balle dans le pied alors que nous avons la plus belle agriculture au monde ? », se demande Julien.

Ce qu'il faut retenir de ce témoignage selon les auteurs

  • Une ferme doit évoluer en permanence, comme n'importe quelle entreprise.
  • L'entraide et les projets en commun entre voisins peuvent être une stratégie gagnante.
  • Les techniques culturales simplifiées sont une voie à explorer.
  • Implanter des couverts végétaux pour préserver la faune fait partie des missions d'un exploitant agricole.
  • Chercher le "zéro résidu" dans les productions agricoles est juste. Pour le reste, il faut que la société fasse confiance aux agriculteurs.
  • La méthanisation est une solution comme une autre pour se diversifier et dégager de la valeur ajoutée.
  • Dans les cinq ans, il faudra trouver une nouvelle voie de développement en cohérence avec le méthaniseur, pourquoi pas l'aquaponie...
  • La météo est le plus gros facteur de risque en agriculture.
  • Un faible salaire est acceptable en période d’investissement, pas à long terme.
  • Il est important d'être fier de ce que l’on fait et de le montrer.
Tous ces jeunes talents ont un point commun, ils se sont formés récemment et sont entrés dans la communauté Atouts Jeunes, développée par Campus Triangle, preuve de leur vision positive de l'avenir.

 

couverture du livre le tour de france des jeunes talents de l agriculture de christophe dequidt
(© Editions France Agricole)


Retrouvez le témoignage complet de Julien dans le livre de Sylvie et Christophe Dequidt, Le tour de France des jeunes talents de l'agriculture, paru aux Éditions France Agricole.
Lire aussi la présentation de l'ouvrage par son auteur, publiée sur Terre-net :  Christophe Dequidt - « Un tour de France des jeunes talents de l'agriculture »- 

Et son interview à propos de la série de témoignages "Les jeunes talents de l'agriculture" publiée sur Terre-net et Web-agri :
C. Dequidt : « Une même volonté : croire dans le métier d'agriculteur »

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