[Je me lance] Pomme de terre fécule Thibaut Dochy : « une bonne tête de rotation et un revenu assuré »

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Suite à une importante évolution de leur système, les associés du Gaec, dont Thibaut Dochy fait partie, ont revu leur assolement. Les deux nouvelles cultures introduites, dont la pomme de terre fécule, présentent, forcément, un intérêt économique. Mais Thibaut Dochy profite aussi d’un débouché de proximité. Le tout sans avoir à investir au niveau du matériel.

Thibaut DochyEntouré de son père et de Bruno Poutrain, Thibaut Dochy évoque le souhait de profiter des débouchés de proximité : Vecquemont pour la fécule et Grandvilliers pour le lin textile. (©Terre-net Média)

Thibaut Dochy et ses deux associés, en Gaec à Lafresguimont-Saint-Martin dans la Somme, évoluent sur un système de polyculture élevage, composé d’un troupeau de 100 vaches allaitantes et d’un atelier d’engraissement de taurillons qui valorisent les 38 ha de prairies, et de 315 ha de cultures. « L’arrêt de l’atelier lait, il y a deux ans, a dégagé du temps de main-d’œuvre, propice à un assolement plus diversifié. » Le blé occupe 130 ha. Le reste est partagé entre le maïs ensilage, l’orge d’hiver, le colza, la féverole, le lin textile depuis cette année et la pomme de terre pour la deuxième campagne. « Nous avons introduit deux nouvelles cultures et réduit les surfaces de colza. Celui-ci revenait trop souvent dans la rotation avec des conséquences négatives sur le rendement. »

Pomme de terre féculière.La fécule est moins gourmande en main-d’œuvre donc
compatible avec l’atelier allaitant, même s’il faut prévoir
d’être 3-4 pour l’implantation et la récolte. (©Terre-net Média)

Les premiers hectares de pommes de terre ont été plantés en 2014. Ce sont 25 ha qui ont été implantés pour cette campagne, travaillés avec les 25 ha d’un voisin qui s’est lancé en même temps. « C’est le bouche à oreille qui a déclenché la réflexion, puis des inspecteurs terrain de Roquette nous ont rendu visite et nous avons pris des renseignements à la Chambre d’agriculture. » La comparaison des marges brutes des cultures de l’assolement finit de les convaincre. « En introduisant la pomme de terre, nous limitons le colza dont le rendement se dégrade, et supprimons les blés sur blés. Nous gagnons aussi une très bonne tête de rotation. Un blé de pomme de terre donne 20 q/ha de mieux qu’un blé de maïs. »

Marge brute à 2.100 euros

Au niveau des résultats, le rendement, ramené à 17 de richesse en amidon, atteint 54 t/ha de moyenne à la coopérative féculière de Vecquemont. Le premier de Thibaut Dochy s’élevait à 63 t/ha. Quant aux prix, Bruno Poutrain, de la coopérative, annonce « 60 €/t garantis pour 2016, sans compter le complément de prix si l’usine tourne bien, le bonus qualité, et celui pour la conservation le cas échéant. En considérant un rendement de 60 t/ha, la marge brute se situe à 2.100 euros, quand celle du blé dépasse tout juste les 1.000 euros et que celle du colza peine à les atteindre. »

Thibaut Dochy dispose de bâtiments de stockage qu’il a équipés d’un système de ventilation à base de palettes pour la distribution de l’air. « J’abrite de la pluie et des grosses gelées 700 t de pommes de terre sur les 1.400 t engagées par contrat, fixé pour trois campagnes. » Les indemnités de stockage, 10 €/t, valorisent le patrimoine et améliorent la marge.

Les freins à l’introduction de la pomme de terre féculière dans l'assolement : 
1. l’accès au matériel : mieux 
vaut avoir aux alentours une Eta, une Cuma ou des voisins équipés. 
2. l’éloignement : les coûts de transports sont limités jusque 94 km grâce à une participation progressive de l’industriel, au-delà celle-ci diminue.
3. des terres légères : la culture n’est pas adaptée aux terres argileuses ou avec un taux de cailloux trop élevé.

Sûr d’avoir des terres propices à la culture, des limons profonds avec peu de cailloux, la deuxième question que se pose Thibaut Dochy concerne le matériel. « De quoi ai-je besoin ? Pour quel niveau d’investissement ? » Il opte pour la location auprès d’une Eta et d’un concessionnaire Grimme proches de l’exploitation.

Investissement progressif

La disponibilité des machines est garantie, déjà par l’ampleur du parc des deux professionnels, et parce que la pomme de terre fécule s’accommode de plantations plus précoces que celle de consommation. « Il y a un surcoût. Mais la première année je n’ai aucune expérience du débit des chantiers ni du fonctionnement des outils. Là je m’assure un service de qualité, avec une prestation de conseil, au démarrage pour régler la machine par exemple. »

Cependant, alors que de nombreux producteurs s’intéressent de près à la pomme de terre fécule, Thibaut Dochy compte bien investir. « La coopérative programme trois périodes d’arrachage, concentrées entre mi-septembre et mi-octobre. Si nous sommes de plus en plus, la disponibilité du matériel pourrait faiblir. » Il a acheté un broyeur en copropriété avec son voisin. La planteuse, l’arracheuse, peut-être un déterreur, sont aussi sur sa liste. « L’occasion de monter une Cuma ? » Le taux d’équipement en propre atteint 80 % en production de pommes de terre fécules, presque 100 % en consommation.

Quant à la conduite de la culture, « il faut savoir bien s’entourer mais ce n’est pas très compliqué : un désherbage de prélevée, soit une fenêtre de presque un mois pour le réaliser, un insecticide si besoin, et un fongicide par semaine pendant la période favorable à la maladie ». Et qui dit assolement diversifié dit multiplication des opérations de préparation du pulvérisateur, mais cela n’effraie pas Thibaut Dochy.

Pommes de terre féculièresLa pénalité prévue pour chaque camion dépassant les 10 % de cailloux incite à éviter les terres à cailloux à l’implantation. 15 % de la Sau de Thibaut Dochy ne verront jamais de pommes de terre. (©Terre-net Média)

Un secteur en redynamisation

La fin des aides couplées à la production en 2012 est peu incitative. D’autant plus que cette année-là, la récolte a été difficile. Les prix du blé hauts n’arrangent rien et entraînent une baisse des surfaces. En 2014, le couplage exceptionnel des aides qualités stabilise les surfaces. La politique de développement de Roquette vers des débouchés agroalimentaires à la place du papier et du carton permet une revalorisation des prix.

En 2014, les raisonnements sont plus rationnels. Le blé ne peut rester à 200 €/t et le caractère durable de la polyculture convainc de plus en plus. « La marge de la pomme de terre fécule est nettement supérieure à celle du colza, insiste Bruno Poutrain, elle dépasse celle du blé et ne devrait pas tarder à passer devant celle de la betterave. La culture est gourmande en main-d’œuvre mais les prix moyens sont d’un bon niveau. Et puis la diversification de l’assolement est un bon outil de gestion des aléas. »

Aujourd’hui, seules les coopératives de Vic-sur-Aisne et de Vecquemont approvisionnent l’usine Roquette. Vic-sur-Aisne fournira Tereos à partir de 2016. « Ce changement nous ouvre des perspectives de développement. » En 2015, 50 nouveaux producteurs ont rejoint les 641 adhérents présents dans un rayon de 120 km. 600.000 t sont contractées pour  la prochaine récolte. Le palier suivant se situe à 800.000 t, volume équivalent à celui aujourd’hui livré par les deux coopératives, puis 1 million de tonnes à horizon 2018-2020. « L’industriel ne met aucun frein, l’outil est dimensionné pour. Par semaine, la capacité d’écrasement atteint 37.000 t. Nous n’avons plus qu’à trouver 300 nouveaux producteurs. »

Pour favoriser la réussite de son projet, la coopérative souhaite parvenir à un chiffre d’affaires garanti de 3.500 €/ha, favoriser les efforts de sélection pour faire progresser les rendements et réduire les tares pour améliorer la rémunération.

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