Strip-till Un compromis entre labour et semis direct ?

Terre-net Média

Encore confidentielle, la technique du strip-till pourrait trouver son public parmi ceux qui veulent moins travailler leur sol sans pour autant bouleverser leur système en passant au semis direct. Sur la plateforme agro-environnementale d’Agora, coopérative de l’Oise, différentes modalités de travail du sol et d’implantation sont mises à l'épreuve. L’occasion d’évoquer la technique du strip-till avec Victor Leforestier de Sly France.

Strip till d'automne« La technique pour un inter-rang de 45 cm impose l’autoguidage Rtk. » (©Terre-net Média)

La coopérative Agora a mis en place une plateforme agro-environnementale à Mouchy le Chatel, sur le domaine de Mouchy en pays de Thelle, sur un sol de limon caillouteux en précédent blé. Deux cultures, colza et maïs, font l’objet d’un important dispositif visant, tout au long de la campagne, à comparer, entre autres, les variétés, les techniques d’implantation et de travail du sol, y compris strip-till et semis direct, les stratégies de désherbage, le rôle des couverts végétaux et le pilotage de la fertilisation azotée. Y participent Sly France pour le strip-till et AgriSanterre pour l’autoguidage Gps de précision Rtk. Luc Vandeputte, responsable technique d’Agora, a présenté mi-octobre les différentes modalités d’essais de la plateforme.

La journée fut l’occasion d’une démonstration de strip-till par Victor Leforestier de Sly France. Les agriculteurs présents ont pu interroger le spécialiste de la technique, encore confidentielle, puisqu’une centaine de machines seulement tournent en France aujourd’hui. « Au niveau européen, c’est en France qu’elle est cependant la plus développée. Les agriculteurs français sont en effet les seuls à semer du colza au monograine et cela joue en faveur du strip-till. »

Structure du sol améliorée

Combiner strip-till et semis ? « Au printemps c’est difficile, parce que la terre est trop froide. Et puis le strip-till travaille beaucoup plus vite que le semoir. Enfin, la séparation des deux chantiers accorde plus de souplesse. En effet, les conditions idéales ne sont pas les mêmes pour chacun et le compromis n’est pas si fréquent. »

Quels bénéfices ? « Le strip-till fait gagner du temps et coûte moins cher qu’un travail du sol classique parce qu’il ne travaille que la ligne de semis. Par ailleurs, dans l’inter-rang, les résidus de culture restent au sol pour un effet positif sur la fertilité, la stabilité structurale de la parcelle et la vie des auxiliaires. »

Conditions de mise en œuvre ? « Plus c’est argileux, plus il faut privilégier le strip-till d’automne, suivi d’une reprise légère au printemps, si besoin de ressuyage ou d’homogénéisation des dates de semis. S’il est soigné, un passage avant l’hiver devrait sinon suffire. Il faut passer tôt, fin août-début septembre, pour agir sur la structure en profondeur en évitant l’humidité de surface. Dans le cas, d’une teneur en argile inférieure, jusqu’à 15-20 %, je préconise un strip-till de printemps, à réaliser cette fois le plus tard possible. Un passage de Round up avant le semis sera nécessaire. Un strip-till de printemps sans glyphosate, on ne sait pas faire. Dans tous les cas, la pression des pneus sera réglée de façon telle à favoriser le maximum d’adhérence. »

Strip till d'automne« Une fissure à 18-20 cm est suffisante pour toutes les cultures. » (©Terre-net Média)

En direct dans le couvert ? « Un couvert bien développé n’empêche pas le passage de l’outil, ni du semoir vu que la ligne de semis se trouve nettoyée. De plus, la technique répond à la réglementation. Le couvert est à moitié détruit… ou à moitié conservé. Dans le cas d’un couvert utile, de légumineuses par exemple, il est possible de moduler la dose d’herbicide, histoire de contrôler son développement afin d’éviter toute concurrence avec la culture, en l’occurrence du maïs, sans le tuer toutefois, pour profiter de ses effets positifs. »

Quels réglages selon les cultures ? « Ici, le strip-till est réglé pour du maïs, ce qui donne des bandes bien larges, presque butées, tous les 75-80 cm. En colza ou en betteraves, avec un écartement réduit, il s’agit de créer un sillon qui canalise le développement de la racine. Les outils peuvent ensuite passer entre les rangs ce qui évite les zones de compaction. »

Impossible en blé

Un agriculteur utilisateur témoigne de sa motivation à ne travailler que la ligne de semis. « Je vois ça comme un compromis entre le labour et le semis direct. Je conserve la structure et la portance de mes sols, notamment en betteraves, en ne travaillant que la moitié de ma parcelle. Par contre, je ne peux pas l’utiliser en blé. J’ai alors différentes options telles que le déchaumage ou le travail du sol superficiel ou le semis direct sous couvert de chaume par exemple. Je fais encore du labour mais c’est incohérent par rapport à ma démarche. »

A la récolte, quels résultats ? « Les rendements sont au même niveau qu’avec un labour. C’est avant que la différence se situe, au niveau des ravageurs. Le strip-till est plus sensible aux limaces par exemple, ou les tipules plus difficiles à contrôler. Mais c’est une problématique générale en Tcs. L’efficacité de la technique peut aussi dépendre du semoir. Un matériel trop basique peut faire dévier la graine de la bande travaillée. »


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