Investir dans le stockage Vertical ou à plat : bien choisir son système de ventilation

Terre-net Média

Élément central de l’unité de stockage, la ventilation protège le grain des moisissures et des insectes. Investir dans un système sur son exploitation implique de choisir un ventilateur et un réseau de diffusion de l’air, dont la nature et le coût dépendent des orientations techniques et de la morphologie de l’installation de stockage. Le point sur ce sujet avec Jean-Yves Moreau, ingénieur dans l’équipe "stockage des grains" chez Arvalis-Institut du végétal.

Des colonnes de ventilation pour stockage à platLes colonnes de ventilation pour stockage à plat sont moins onéreuses que les caniveaux enterrés. (©Arvalis)

Une ventilation efficace est cruciale pour stocker et conserver des grains à la ferme. Bien pilotée, elle évite l’échauffement des lots dû à la respiration naturelle des grains, qui entraîne une perte de matière sèche et l’humidification du milieu. Refroidie par paliers en suivant le déclin naturel de la température nocturne à l’automne, puis en hiver, la récolte est protégée des moisissures et des insectes, dont la reproduction est stoppée à partir de 12 °C. Le refroidissement du grain permet aussi de réduire l’utilisation des insecticides et donc de respecter la norme de résidus de produits dans les lots, ainsi que la contrainte "zéro insecte vivant à la commercialisation".

Les coûts des systèmes de ventilation varient selon les situations et les choix techniques sont multiples : de la cellule spécialisée en tôle, coûteuse mais performante, au hangar non dédié au stockage des grains et qui sera équipé d’une ventilation. Investir dans tel équipement suppose de choisir un ventilateur de dimensionnement adapté et un dispositif de diffusion de l’air, dont la nature dépend de la morphologie de l’unité de stockage.

Dimensionner le ventilateur selon le type de grains

Dimensionner correctement son ventilateur permet d’être sûr que le système sera assez puissant pour refroidir la récolte. Pour cela, il doit être choisi avec une pression de fonctionnement suffisante, sachant que celle-ci dépend du type de graines stockées et de la hauteur de la colonne de grains à traverser. Plus les graines sont petites, comme le colza ou la lentille, plus la pression doit être importante pour que l’air puisse passer ; à l’inverse, de grosses graines, comme la féverole, demandent moins de pression. D’autre part, les silos hauts et étroits exigent une pression de ventilateur supérieure aux installations à plat.

Avant de choisir son ventilateur, la clé est de se référer au débit spécifique, une grandeur propre à chaque système de stockage, qui correspond au débit du ventilateur en mètre cube d’air par heure, rapporté au volume de graines stockées exprimé en mètre cube. « Ce calcul permet de s’affranchir de la taille de l’unité. Nous préconisons un débit spécifique compris entre 20 et 50 m3 d’air/h/m3 de grain, soit une ventilation complète du stock en 20 à 50 h. Une fourchette qui correspond à un ventilateur ni trop grand, ni trop cher », explique Jean-Yves Moreau, ingénieur dans l’équipe "stockage des grains" d’Arvalis-Institut du végétal.

Caniveaux ou colonnes de ventilation

Seconde partie du dispositif, le réseau de diffusion de l’air détermine la répartition de la ventilation dans la cellule. Pour le stockage à plat, des caniveaux ou des gaines permettent de faire baisser efficacement la température. Penser à laisser de l’espace entre les conduits d’aération pour le passage des engins venant vider le stock. L’atout du caniveau : une fois encastré dans la dalle, le réseau est en place une bonne fois pour toutes. Il existe aussi des réseaux mobiles, constitués de tuyaux dont les têtes, en forme d’ogive, sont à enfoncer dans le tas de grains une fois qu’il est en place. Point de vigilance : il faut avoir un tracteur suffisamment puissant pour réaliser cette opération.

Autre option : les colonnes de ventilation pour stockage à plat, qui répartissent l’air verticalement et sont moins onéreuses que les systèmes enterrés. « Cette alternative présente un intérêt, mais il faut prévoir assez de colonnes pour une ventilation homogène. Un inconvénient cependant : un cône de ventilation a tendance à se former autour de chaque conduit. Ainsi, une partie des grains risquent de ne pas être totalement refroidis. Une solution consiste à coupler des tuyaux latéraux aux colonnes, pour ventiler les côtés », précise Jean-Yves Moreau.

Un boîtier de pilotage automatiqueLe boîtier Sec-Lis d'Arvalis déclenche et arrête automatiquement la ventilation. (©Arvalis)

Un thermostat automatique optimise le système

Pour les cellules verticales, les gaines demi-lunes en forme de Y ou de croix assurent une bonne répartition de l’air. Parmi les autres possibilités intéressantes, le fond conique ventilé est efficace car l’air arrive par en dessous, mais le matériel est coûteux. L’avantage est que les grains peuvent s’écouler par gravité lors de la vidange. Dans le même esprit, les fonds plats perforés injectent l’air sur toute la surface du fond. « Techniquement, ce procédé fonctionne bien. Le bémol reste la gestion des poussières s’accumulant en dessous, que l’on ne peut pas nettoyer et qui servent de refuge aux insectes », tempère Jean-Yves Moreau.

Une fois le système de ventilation choisi, encore faut-il le piloter efficacement. Il est fortement conseillé d’utiliser un thermostat automatique. « Nos études montrent qu’en manuel, 50 % du temps de ventilation est inefficace. En automatique, on est sûr de déclencher le dispositif quand il le faut. Lorsque la sonde détecte le seuil de température programmé, elle met en route le ventilateur. Ce qui s’avère particulièrement utile à l’automne, une saison où il y a davantage de travaux dans les champs. Le nombre d’heures de fonctionnement est par ailleurs enregistré. Les boîtiers coûtent 500 à 600 € et sont rentabilisés au bout d’un an. Grâce à eux, l’efficience énergétique est améliorée et le grain est refroidi plus vite », précise Jean-Yves Moreau.

L’ingénieur d’Arvalis rappelle enfin, qu’outre la performance de l’installation de ventilation, il est primordial que le grain soit sec dès le début du stockage. Un nettoyage préventif des locaux, associé à une désinsectisation, sont recommandés pour garantir une bonne conservation du stock.


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