Face aux manifestations paysannes, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé en outre à la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard « de préparer pour le Salon de l'agriculture une loi d'urgence agricole autour de plusieurs priorités: eau, prédation, moyens de production ».
Ces récentes annonces du gouvernement sont « inefficaces pour les aider réellement » mais « vont peser lourdement sur l'ensemble de la population, en termes de santé, d'accès à l'eau potable, d'environnement et de finances publiques », juge notamment France Nature Environnement (FNE).
Craintes pour le loup
Selon le ministère de l'Agriculture, « le nombre de loups pouvant être éliminés dans l'année va augmenter de 10%, soit 22 animaux de plus » et « les conditions d'accès au tir » seront simplifiées.
La population de loups en France est restée relativement stable en 2025, à 1 082 animaux en moyenne, selon des données officielles publiées fin novembre, que les éleveurs jugent sous-estimées. Le quota d'abattage annuel autorisé est aujourd'hui fixé à 19% de la population.
« Augmenter ces taux de prélèvements pose un vrai problème, on n'assure plus un niveau de sécurité en termes de dynamique de population qui est acceptable » et cela « pose des vrais problèmes de conservation pour le loup », juge auprès de l'AFP François Sarrazin, professeur d'écologie à Sorbonne Université.
L'efficacité des tirs est aussi une « question qui reste très ouverte ». « A l'échelle locale de certaines exploitations, ça peut s'avérer pertinent, mais comme réponse unique à ce problème, c'est une mauvaise façon d'aborder la question », estime-t-il.
Retour de l'acétamipride ?
« Par 'moyens de production' on comprend bien que cela ouvre de nouveau la porte à la question des produits phytosanitaires et particulièrement de la possibilité d'autoriser à nouveau l'utilisation de l'insecticide néonicotinoïde acétamipride », estime l'association Générations Futures.
S'il est interdit pour l'usage agricole en France, l'acétamipride est encore autorisé jusqu'en 2033 dans l'Union européenne et présent dans de nombreux produits importés. Le Conseil constitutionnel avait retoqué sa réintroduction prévue par la loi Duplomb.
Pour éviter une nouvelle censure, un retour de la molécule pourrait être « limité dans le temps » et restreint à certaines cultures (maïs, pommes, noisettes ou encore pommes), dit à l'AFP Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations Futures.
La molécule est « un neurotoxique du développement », un « polluant des eaux » et pose « évidemment un problème pour les pollinisateurs comme tous les néonicotinoïdes », souligne-t-elle.
Dans son avis de 2013, l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) pointait un risque sur « le développement du système nerveux humain ».
Libérér l'irrigation
Sébastion Lecornu veut « libérer un maximum » de projets d'irrigation et a demandé la suspension des « textes fixant les volumes d'eau prélevables jusqu'à septembre ».
La question des retenues d'eau pour l'irrigation, et surtout des bassines, a fait l'objet de tensions ces dernières années, alors que la ressource est amenée à se raréfier.
« A un moment où l'eau disponible est de plus en plus orientée à la baisse, la solution n'est pas de créer des retenues mais de l'économiser », réagit Hamid Oumoussa, directeur général de la Fédération Nationale de la Pêche en France et de la protection du milieu aquatique.
Le président du Haut conseil pour le climat (HCC), Jean-François Soussana, a alerté cette semaine sur « une tension croissante entre la quantité d'eau réellement utilisable », en recul avec le réchauffement, et des « besoins (qui) vont s'accentuer, y compris pour l'irrigation ».
Dérogations sur les nitrates
Le Premier ministre a ouvert la voie à des « possibilités de dérogation » à la directive européenne sur les nitrates, qui encadre notamment les épandages d'engrais.
« Il faut que les réglementations soient plus lisibles », a plaidé la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, assurant qu'il n'y aurait pas de recul environnemental.
Les dérogations sont « risquées pour notre santé » et « les nitrates d'origine agricole sont également à l'origine des marées vertes en Bretagne », pointe France Nature Environnement (FNE).
L'Etat obère « un peu plus les chances de voir un jour disparaître les marées vertes » et aggrave « les difficultés et les coûts de la production d'eau potable en France », regrette aussi l'association Eau & rivières de Bretagne.