Produits phytosanitaires Des financements publics trop faibles pour réduire leur usage

AFP

[Article mis à jour à 17h17] Les financements publics de l'agriculture française, qui représentent une large part de ses revenus, sont « trop faibles et inefficaces pour accompagner la réduction de l'usage des pesticides », juge un rapport rendu public mardi par la Fondation Nicolas Hulot (FNH).

Parmi ces financements, 40 % sont des budgets européens, via la politique agricole commune (PAC), et 60 % sont des budgets nationaux dont les cofinancements de la PAC et des allègements de charges sociales et fiscales, pour majeure partie.

Les auteurs de l'étude ont analysé « l'ensemble de l'estimation des aides publiques qui vont à l'agriculture et à l'alimentation en France », donc les agriculteurs, mais aussi « tous les maillons de la chaîne, notamment institutions de recherche et chambres d'agriculture, soit 23,2 milliards d'euros, selon Christophe Alliot, du Basic (Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne), qui a réalisé cette étude avec la FNH.

« Sur les 23,2 milliards, seuls 11 % ont une intention définie dans les textes de manière directe ou indirecte qui vise la réduction des produits phytosanitaires, soit 2,7 milliards sur les 23,2 milliards », a déclaré M. Alliot lors d'une conférence de présentation du rapport. « Parmi ces 11 %, seulement 1 % des 23,2 milliards ont des effets avérés en l'état actuel des connaissances, soit 220 millions d'euros environ en 2018 » , assure ce rapport, qui a été réalisé notamment à partir du réseau d'information comptable agricole (Rica), une enquête annuelle de l'Union européenne, réalisée pour la France par le service statistiques du ministère et qui compile les données de 7 000 exploitations.

« Depuis 2008, finalement, on a des pouvoirs publics qui donnent au monde agricole de grands objectifs à atteindre, les fameux objectifs du plan écophyto, mais sans leur assurer les moyens », a déploré Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation à la FNH. Ce constat de la Fondation Nicolas Hulot intervient alors que la prochaine politique agricole commune ( PAC) - soit les aides européennes versées aux agriculteurs - est en cours de préparation pour la période 2023-2027.

La FNH dénonce en particulier le fait que l'agriculture française a connu « une augmentation de 25 % » de l'usage des pesticides de 2008 à 2018, à contre-courant de l'objectif fixé en 2008 par le Grenelle de l'environnement de réduire de moitié l'usage des produits phytos en 10 ans.

Sans répondre sur le fonds du rapport et cette question du financement de la transition, le ministre de l'agriculture a vivement contesté ces chiffres. « Arrêtons de faire croire que la transition n'est pas en cours ou que l'agriculture s'y opposerait ! C'est dégradant et c'est faux » , a réagi sur Twitter Julien Denormandie, qui a fait état d'une baisse des volumes de ventes de pesticides de 36 % entre 2009 et 2019. En 2019, les ventes de phytos ont été particulièrement faibles, après une année 2018 lors de laquelle elles ont explosé, les agriculteurs ayant eu tendance à stocker des produits phytopharmaceutiques afin d'anticiper la hausse d'une redevance pour pollution diffuse (RPD) appliquée aux pesticides.

Le député LREM Jean-Baptiste Moreau, agriculteur lui-même, a contesté un « tripatouillage de données » dans le rapport de la FNH, soulignant que l'indicateur auquel elle fait référence pour l'usage des pesticides « mélange l'ensemble des substances y compris bio et biocontrôles qui ont considérablement augmenté avec l'augmentation des surfaces en bio ».


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