Produits agricoles et agroalimentaires Même risquée, l'exportation reste la vocation de la France

Terre-net Média

L’association française des journalistes agricoles (Afja) a organisé le débat "L’export, un avenir sûr pour le lait et le porc ?", animé par Erik Massin, son président. Parmi les participants, Marcel Denieul, président du Space et président de la Chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine ainsi que Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine. Voici une restitution des propos tenus.

Christian Couilleau, Directeur d’Even et de Laïta, Paul Auffray, éleveur de porcs, Président de la Fédération nationale porcine (FNP), Erik Massin, Rédacteur en chef du Betteravier français, Président de l’AFJA,Marcel Denieul, producteur de lait et de porcs, Président du SPACE et Président de la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine Christian Couilleau, directeur d’Even et de Laïta, Paul Auffray, éleveur de porcs et président de la Fédération nationale porcine (Fnp), Erik Massin, rédacteur en chef du Betteravier français, président de l’Afja, (©Afja.)

Une multitude de scénarios ont été élaborés depuis quelques semaines sur les conséquences de l’embargo russe sur les produits agroalimentaires importés d’Union européenne et d’autres pays.

La France redoute les effets par ricochet de cet embargo. Mais elle n’a pas à renoncer à sa vocation exportatrice de produits agroalimentaires car la demande est à l’étranger et surtout dans les pays émergents. Le cas d’école est l’essor des exportations de produits laitiers. Il n’est pas lié à la fin des quotas en 2015 et à la hausse de la production de produits laitiers mais à une demande croissante des pays émergents à laquelle seul un faible nombre de pays peut répondre. Les surfaces agricoles ne sont pas extensibles et la technologie disponible n’est pas toujours performante pour produire plus.

En revanche, le tout export est exclu. Le choix de l’Allemagne est de plus en plus remis en cause. La première puissance économique européenne est très exposée à des enjeux géopolitiques qui la rendent vulnérable économiquement.

Parallèlement, l’exemple de la production de volailles en France - notre pays importe plus de 47 % de sa consommation - remet au gout du jour quelques fondamentaux : asseoir d’abord ses positions sur le marché intérieur en adaptant sa production à la demande des consommateurs et de l’agro-industrie avant d’envisager de partir à la conquête de marchés très concurrentiels. Et ce qui est vrai pour les volailles l’est pour l’ensemble des produits agroalimentaires. Le solde commercial français positif masque depuis quelques années de fortes augmentations des importations de denrées que la France serait pourtant en mesure de produire si elle était plus compétitive. La reconquête du marché intérieur reste une stratégie de développement à part entière.

Sinon, l’embargo russe est une occasion pour affiner les stratégies d’exportation afin de les rendre plus pertinentes. Mais aussi pour rappeler ce à quoi les exportateurs s’exposent lorsqu’ils décident de vendre à l’étranger : il n’y a pas d’exportation sans volatilité des prix de vente, des monnaies et sans recherche de valeur ajoutée. Mais la prise en charge de certains risques inhérents à cette activité commerciale relève des pouvoirs publics. Et dans l’Union européenne, de la Commission européenne et du budget européen. C’est ce que revendiquent à l’unisson les syndicats agricoles majoritaires.

La géopolitique au delà de la "sphère agricole"

Les deux embargos russes, d’abord sur le porc puis sur l’ensemble des produits périssables, relèvent de la géopolitique et pas de la seule "sphère agricole". L’agriculture n’a pas à être l’otage de décisions politiques qui dépassent les intérêts de ce secteur.

A la différence de ses voisins européens, de nombreuses entreprises françaises ne semblent pas avoir compris qu’il faille conquérir en meute des nouveaux marchés avec une gamme de produits réduite. Pourquoi même, ne pas envisager des alliances intercontinentales d’entreprises en mesure d’offrir des produits complémentaires ?

L’exportation, c’est aussi un travail de conquêtes permanentes et d’identification des marchés qui s’inscrit dans la durée. Etre lié à un seul débouché rend vulnérable car il faut du temps pour trouver des marchés de substitution.

Un cadre politique favorable est essentiel. Le Farm Bill est une machine à exporter, pas la Pac qui soutient d’abord un modèle de production. Et la nouvelle réforme de 2014 n’a pas été décidée avec comme objectif de desserrer les verrous.  

Au niveau national, le made in France "parle beaucoup" plus que le made in Berry. Les caractéristiques des produits à valoriser sont d’abord celles qui répondent aux demandes des importateurs. La France a tout intérêt à valoriser les normes environnementales et hygiéniques auxquelles sont imposés ses producteurs pour en faire des critères de qualité valorisables.


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