Accord universel sur le climat La fin du labour imposée en 2020 ?

Terre-net Média

Le monde s’apprête à vivre une révolution. Le prochain accord universel sur le climat, encore en cours de négociation entre les 195 pays invités à la Cop 21, conditionnera le développement économique de l’ensemble de la planète. Mais pour l’agriculture, l’envergure des problèmes à résoudre dépasse le secteur agricole.

Labour Le labour ne sera pas interdit dans le prochain accord sur le climat.  (©Terre-net Média)

Le volet agricole du processus de négociations sur le climat se poursuivra bien après la Cop 21, la conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc). Celle-ci se tiendra à Paris entre le 30 novembre et le 11 décembre 2015 et elle accueillera 40.000 représentants de 195 pays de la planète. Ensemble, ils tenteront de trouver un accord universel sur le climat visant à limiter à 2°C la hausse des températures de la planète par rapport à leur niveau de l’ère préindustrielle (environ 1850). Mais il est impensable d’imaginer que la contribution de l’agriculture à cet accord aboutisse à une liste d’engagements et de pratiques agricoles à bannir. Le labour ne sera pas interdit pas plus que ne le sera le retournement des prairies naturelles.

En fait, une des priorités du volet agricole de ces négociations universelles sur le climat actuellement conduites au sein de l’organe de Conseil technique et technologique (Sbta) de la Ccnucc est de se doter, en toute transparence, d’outils de mesure fiables pour évaluer les quantités de gaz à effet de serre produites par l’ensemble des systèmes agricoles de la planète.

A ce jour, les contributions des différents pays pour réduire leurs productions de gaz à effet de serre (Ges) « partagent le constat de la grande vulnérabilité de l’agriculture face aux changements climatiques, constat aussi bien partagé par les pays en développement que par les pays développés », analyse la revue "Etude climat" dans un article intitulé "Développement et perspectives de l’agriculture dans les négociations climatiques" (février 2015).

Les enjeux agricoles des négociations sur le climat

Dans cet article, les auteurs tentent de définir les voies à suivre pour que l’agriculture mondiale s’inscrive pleinement dans l’objectif de Cop21.

Mais ces négociations climatiques dépassent largement le champ agricole proprement dit car s’y mêlent aussi bien des enjeux géopolitiques que commerciaux (organisations des filières, importance de l’agriculture dans l’économie nationale et des émissions de Ges etc.). Elles réveillent aussi les différends et les oppositions nord-sud (pays riches et pays en développement).

En fait, le prochain accord sur le climat, qui sera l’addition de différents processus nationaux, ne peut en aucun cas conduire certains pays à sacrifier leur agriculture, et par conséquent, leur souveraineté alimentaire. La production mondiale agricole doit augmenter de 70 % d’ici 2050 et tous les pays doivent être associés à cet objectif. La sécurité alimentaire de la planète est en jeu.

Par ailleurs, ces négociations sur le climat devront conduire à des mesures qui n’engendrent aucune distorsion économique, ni ne dérogent aux accords commerciaux en vigueur. Certains pays pourraient en effet être tentés d’édicter des mesures protectionnistes pour tenir leurs engagements climatiques. Ce qui reviendrait au final à imposer « au voisin » de respecter les engagements que le pays protectionniste refuse de tenir.

Il sera aussi nécessaire de veiller à ce que les mesures prises ne mettent en danger ni la santé des hommes ni celle des animaux.

Climat et sécurité alimentaire

Pour les pays en développement, la lutte contre le réchauffement climatique est un nouveau défi qui s’ajoute à celui d’accroître la production agricole et de réduire la malnutrition.

Aussi, ils conditionnent leur accord sur le climat à l’obtention de nouveaux crédits pour rendre leur économie, et par conséquent leur agriculture, plus performante, économiquement et écologiquement. Autrement dit plus « climato-compatible ».

Des négociations sont justement en cours pour créer d’ici 2020 un fonds de 100 milliards de dollars pour aider ces pays à se moderniser et pour rendre leur économie plus « verte ». D’ores et déjà, un « fonds vert » de 10,2 milliards finance des actions d’atténuation et d’adaptation dans les pays en développement. Il est cependant l'objet de nombreuses discordes.

Adaptation et atténuation des pratiques agricoles ?

Les programmes agricoles envisagés pour limiter le réchauffement climatique reposent sur deux principes : l'adaptation ou l'atténuation des pratiques agricoles.

L’adaptation des pratiques agricoles répond à la volonté de renforcer la sécurité alimentaire des pays en développement. Ce principe vise à apporter des solutions locales à des problèmes locaux générés par le changement climatique. Et c’est l’addition de ces programmes qui permettra à l’agriculture d’atteindre les objectifs de la Cop 21.

Ce concept a la faveur des agro-écologistes et des Ong mais aussi du G77 (pays en développement) et de la Chine où la part de l’agriculture, dans les économies nationales, est importante.

Mais là où il est appliqué, ce principe pourrait conduire à des interactions néfastes, avec une réduction locale de la production agricole compensée par des importations de produits devenus déficitaires. Ce qui reviendrait au final à délocaliser la production de Ges vers les régions périphériques. A ce jour, les programmes d’adaptation sont peu nombreux.

L’atténuation est le second principe. Il suscite des discordes entre les négociateurs de l’accord sur le climat. Il se caractérise par son approche globale de la contribution de l’agriculture pour réduire la production de Ges.

Citons par exemple l’initiative prise par 33 pays pour financer la recherche sur des pratiques agricoles visant une meilleure utilisation de la terre. Elle s’inscrit dans cette logique selon les auteurs de l’article "Développement et perspectives de l’agriculture dans les négociations climatiques". Rappelons que 74 % des gaz émis émanent des sols et sont produits par des fermentations entériques (avec du NO2 au pouvoir de réchauffement 298 fois supérieurs au CO2),

Les opposants au principe de l’atténuation soulignent aussi que ce principe n’exclut pas le recours aux Ogm, ni la production de biocarburants auxquels ils sont opposés.

Climat smart agriculture

Le concept de Climat smart agriculture (Csa) « basé sur le triple Win atténuation, adaptation, et sécurité alimentaire », écrivent les auteurs de l’article "Développement et perspectives de l’agriculture dans les négociations climatiques", tente de faire la synthèse entre les différentes options qui s’offrent à l’agriculture dans les prochaines années ; en n'écartant aucune solution ; ni le recours aux Ogm, ni l’utilisation d’engrais !

En fait, en promouvant en quelque sorte l’agriculture écologiquement intensive, le Csa a le mérite de dépasser « le débat politisé entre agro-écologie et agriculture industrielle », souligne l’article de la revue "Etude climat".

Et les prochains programmes agricoles qui s’inscrivent dans la logique du Csa,  ne devront entraîner ni une baisse des rendements (fuite de CO2 dans d’autres pays), ni de séquestration de carbone aux dépens de la sécurité alimentaire (accaparement des terres). Si bien qu’il est tout à fait possible d’imaginer des dispositifs qui rassembleront des petits producteurs partisans de l’adaptation.


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