Autoportrait d'agriculteur Patricia Freyssac : « On peut être agricultrice et coquette »

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Bien connue sur les réseaux sociaux, passionnée par son métier d’éleveuse et par la Salers laitière, Patricia est aussi une femme qui s’engage. Elle tient par exemple à défendre l’image des femmes agricultrices. En partenariat avec Agriculture de l’Ouest, elle présente son exploitation et dresse son autoportrait.

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Patricia Freyssac, agricultrice passionnée par la race salers - © Photo Chloé Freyssac Patricia tient à le dire et à le montrer : « On peut être agricultrice et coquette, être une femme qui prend soin d'elle. » (©Photo Chloé Freyssac)  

« J e m'appelle Patricia Freyssac et j'ai 43 ans. J'ai choisi le métier d’agricultrice car j'adore les animaux et plus particulièrement la Salers. Son instinct maternel mais aussi sa rusticité et sa tendresse m'ont fait craquer. J'habite dans le Cantal en Auvergne à 680 mètres d'altitude. Je suis en couple et maman de trois enfants : une fille de 18 ans et des jumeaux (une fille et un garçon) âgés de 13 ans. Je ne suis pas du milieu agricole, je ne faisais pas la différence entre une Prim’holstein et une Charolaise. Mais j'ai eu le déclic quand j'ai rencontré mon mari Christophe, lui-même éleveur de Salers.

Quand on met un pied dedans, on met le deuxième

J'ai eu un coup de cœur pour la race. Son instinct maternel m'a touché et cela m'a donné envie de travailler dans l'agriculture. Et comme je le dis souvent, "quand on met un pied dedans, on met le deuxième". J'ai commencé sur l'exploitation en 2000 puis je me suis installée en 2009 comme associée, d'abord en Earl puis en Gaec entre époux. Fin avril 2015, le fils de mon mari s'est associé avec nous sur l'exploitation. Nous voici donc à trois associés.

J'ai dû faire une formation pour mon installation, en deux ans. Le Bprea n'a pas été simple, j'ai trouvé cette formation difficile, surtout quand il faut retourner à l'école et continuer sa vie de famille (enfants, tâches ménagères...). De plus, un agriculteur doit savoir et savoir faire de nombreuses choses... C'est un monde compliqué !

L'exploitation compte 100 hectares dont 5 de maïs et 5 de blé. Le reste est pâturé par le cheptel de début avril à fin novembre si les conditions climatiques sont en notre faveur. Nous élevons dans le Cantal 60 Salers traites et leurs veaux. Sans oublier quelques vaches allaitantes (une douzaine) et cinq taureaux. Nous avons aussi des génisses pour le renouvellement du troupeau : de 18 mois (17-18 animaux) et de 30 mois (16 animaux). Nous vendons des mâles pour la reproduction et les femelles qui arrivent en fin de lactation retrouvent "une seconde vie" sur une autre exploitation comme vaches allaitantes. Nous pratiquons la monte naturelle et les vêlages sont regroupés de façon naturelle, sans hormones. La période de vêlage se répartit sur trois mois : janvier, février et mars. Les génisses vêlent à trois ans pour éviter de casser la croissance et font un veau par an. Pour les inséminations, nous avons nos propres taureaux et nous faisons attention à la consanguinité : c'est tout un art !

 Pour faire connaître notre élevage et pour promouvoir la race, nous participons à des concours. Plutôt cantonaux même si nous sommes déjà allés à Paris au Salon de l’agriculture. Cela nous demande beaucoup de préparation et de temps mais aussi de moyens financiers. Et ils se déroulent malheureusement souvent en grosse période de travail, par exemple pendant les vêlages.

Seulement 70 éleveurs traient encore leurs Salers

Les Salers produisent environ 12 à 15 litres de lait par jour et donnent leur lait seulement en présence de leur veau. La traite est une des tâches que je préfère dans mon métier. Nous rentrons les vaches et les veaux. Ils sont bien-sûr séparés, dans deux prés différents pour éviter la tétée. Dans l'étable, les petits sont placés dans des parcs en face de leur mère. Mon mari appelle le veau, qui a le nom de sa mère, pour qu’il amorce la traite en la tétant. Puis le lait sort. A ce moment-là, le jeune est accroché avec sa mère et je trais la vache. La traite dure 1h30, deux fois par jour. Nous commençons à 5h30 le matin et à 16h30 le soir. C'est un bon moment de complicité ! »

Nous avons 130 000 litres de quota, nous livrons à une laiterie qui fabrique du fromage appelé "le 100% au lait Salers". Comme son nom l'indique il est fait entièrement avec du lait de Salers. Il faut savoir que le fromage appelé "Salers" est fabriqué avec le lait de n'importe quelle race de vache. Et le fromage appelé "Tradition Salers" est fait directement à la ferme, uniquement avec du lait de Salers. 

Aujourd'hui, seulement 70 éleveurs traient encore leurs Salers. Cinq d'entre eux fabriquent leurs fromages à la ferme. Parmi eux, j'ai la chance d'avoir une amie, Charlotte, qui fait donc le même métier que moi. Elle anime la page Facebook "Gaec Salat, Salers traites". Nous nous soutenons : quand l'une n'a pas le moral elle appelle l'autre. Nous parlons de la même chose, nous nous comprenons tout de suite, et ça, ça n'a pas de prix.

 Patricia Freyssac, Gaec Freyssac

 

Une agricultrice peut être une femme coquette

« J'ai envie dans ce métier de défendre la cause des femmes agricultrices car on peut être agricultrice et coquette, prendre soin de soi. L'un n'empêche pas l'autre...

J'ai toujours dans le coffre de ma voiture des petites chaussures et un rouge à lèvre ! C'est fini la petite agricultrice qui porte au quotidien son tablier à fleurs et ses bottes. Ce n'est pas parce qu'on est dans "la merde", qu'on le devient ! (moment de rires) Je suis fière des jeunes agricultrices qui s'affirment, il y a une bonne évolution je pense : les femmes s’effacent moins qu'auparavant. J'ai voulu faire bouger ces choses-là avec le concours Miss Agricultrice que j'ai créé fin 2014 (Ndlr : voir l'article "Miss France 2015 sera-t-elle agricultrice ?"). Cette version de "miss France agricole" a très bien fonctionné, encore mieux que je l’espérais. »

 

Patricia et les réseaux sociaux

« J'ai créé une page Facebook pour faire partager ma grande passion, elle est suivie par plus de 6 000 personnes dont certaines ne connaissaient pas le milieu agricole auparavant. J'ai pu découvrir d'autres techniques et voir le monde agricole autrement grâce à Facebook, on apprend toujours. Mais je fais aussi attention aux voyeurs, on ne sait jamais !

J'ai rencontré de belles personnes qui passent en Auvergne me voir quand elles vont en vacances, c'est toujours un bon moment de discuter et d’en apprendre davantage. »

Retrouvez Patricia sur sa page : élevage de vaches Salers, Gaec Freyssac 

Et aussi sur Facebook : pages Agriculture de l'Ouest, Terre-net, Web-agri.

Si vous aimez l'élevage : Web-agri, le quotidien de l'éleveur http://www.web-agri.fr  

Patricia Freyssac a eu un coup de cœur pour la race salers Patricia Freyssac a eu « un coup de cœur pour la race : l'instinct maternel des Salers m'a touché et cela m'a donné envie de travailler dans l'agriculture. » (©Photo Chloé Freyssac)  


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