Négociations commerciales Coop de France demande un « changement de paradigme »

Florian Cazeres Terre-net Média

A l'issue des États généraux de l'alimentation, Coop de France demande aux pouvoirs publics un renforcement des mesures visant à assurer un revenu aux producteurs.

Coop de FranceDominique Chargé, Pascal Viné, Michel Prugue, Olivier de Bohan lors de la conférence de presse de Coop de France ce 14 décembre 2017. (©Florian Cazeres)

« Nous constatons que l'esprit des États généraux de l'alimentation n'est pas descendu partout ». C'est en ces termes que Michel Prugue, le président de Coop de France s'est exprimé sur les premières négociations commerciales pour l'année 2018. Il intervenait dans le cadre de la conférence de presse annuelle de l'organisation jeudi 14 décembre à Paris.

Il a ainsi regretté la « bataille féroce », toujours engagée entre certaines enseignes de grande distribution et les producteurs, malgré la signature en novembre par les principaux acteurs de l'agroalimentaire de la « charte d'engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises ».

« Nous avons l'impression que la charte n'a eu aucun effet. Nos clients demandent, comme l'année passée, des baisses de prix », regrette-t-il. Pour effectuer un suivi de la situation, Coop de France a demandé à ses adhérents de témoigner de façon anonyme sur ces pratiques, afin « d'éviter que les entreprises qui remontent ces informations soient identifiées et sanctionnées par leurs clients ».

Pour Coop de France, la charte, simplement déclarative, n'est pas suffisante pour résoudre le problème. L'organisation demande au gouvernement « d'activer le levier législatif », pour « mettre fin aux affrontements entre les clients et les fournisseurs, qui se déroulent au détriment des fournisseurs », précise Michel Prugue.

Et pour cause : le manque de valorisation des productions a des conséquences sur les résultats des coopératives. En 2016, le chiffre d'affaires des 2 500 entreprises de la coopération agricole française a atteint 85,9 milliards d'euros, pour un résultat net global de 904 millions d'euros. Un recul, par rapport à 2015 (86,9 milliards de chiffre d'affaires et 973 millions d'euros de résultat net).

Des chiffres peu satisfaisants, malgré une logique d'acquisition particulièrement dynamique dans le secteur. Cette croissance externe par prise de participation ou contrôle d'entreprises à capitaux familiaux a atteint + 1,8 milliard d'euros pour l'année 2017.

Imposer les clauses de renégociation

Pour Coop de France, la solution au problème des négociations commerciales déséquilibrées serait la consolidation des clauses de renégociation des prix. « Nous demandons aux pouvoirs publics d'imposer ce type de clause, qui permet de renégocier, et non pas d'indexer, les prix lorsqu'il survient une fluctuation importante sur le marché », explique Michel Prugue.

« C'est essentiel, car il nous est arrivé, ces dernières années, de nous retrouver avec des hausses de prix, sans pouvoir les répercuter sur nos clients », ajoute-t-il. L'organisation défend néanmoins « l'introduction de mécanismes de lissage pour éviter un trop gros impact sur les consommateurs ».

Sur la réforme de la contractualisation, évoquée par Emmanuel Macron lors de son discours de Rungis en octobre dernier, Coop de France rappelle que « le modèle coopératif intègre déjà des mécanismes qui permettent de prendre en compte les coûts de production dans la détermination du prix ». Mais de tels outils ne sont pas suffisants pour répondre aux défis du secteur. « Il est essentiel de travailler sur la compétitivité de chacun, notamment pour réduire la disparité des coûts de production au sein de chaque filière, afin d'aboutir à des indicateurs cohérents permettant de déterminer les prix », avertit Pascal Viné, délégué général de Coop de France. 

Fusion entre la FNCL et Coop de France

Une autre solution pour peser dans les négociations : la concentration des organisations. Dans ce but, la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) fusionnera avec Coop de France et deviendra prochainement une section, sous le nom « Coop de France, métiers du lait ».

« Le secteur laitier est emblématique des évolutions, notamment depuis la fin des quotas laitiers en 2015. Nos coopératives doivent se renforcer pour bâtir ensemble la valorisation de la production de nos adhérents, notre principale mission », explique Dominique Chargé, le président de la FNCL. La fusion sera présentée lors d'une Assemblée générale extraordinaire de la FNCL le 21 décembre.

Malgré ses réserves, Coop de France a globalement salué l'initiative des États généraux de l'alimentation. « Nous avons eu la chance de pouvoir mettre tout le monde autour de la table et de discuter en toute sérénité », s'est réjouit Michel Prugue.


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