Relations commerciales Derrière la pression sur les prix, la question de l’organisation des filières

Terre-net Média

Stéphane Le Foll, Emmanuel Macron et Carole Delga ont réuni tous les distributeurs et les acteurs de la chaîne agroalimentaire pour une table ronde sur les négociations commerciales. Malgré les mesures visant à mieux suivre le respect des règles par les Gms, le poids des géants de la distribution face à leurs fournisseurs demeure le fond du problème.

Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, Carole Delga, secrétaire d'Etat chargée du Commerce, et le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll à l'issue de la table ronde sur les relations commerciales.Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, Carole Delga, secrétaire d'Etat chargée du Commerce, et le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll à l'issue de la table ronde sur les relations commerciales. (©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr)

Ils étaient une trentaine autour de la table du ministère de l’Agriculture jeudi 23 octobre 2014. Stéphane Le Foll, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, et Carole Delga, secrétaire d’Etat chargé du commerce avaient réuni les représentants des leaders de la distribution, des filières agroalimentaires et des syndicats agricoles pour faire un nouveau point sur les négociations commerciales. Ces dernières ont été lancées sur fond de la traditionnelle « guerre des prix » que se livrent les six géants de la distribution.

« Dans une ambiance apaisée » et « un état d’esprit constructif », les ministres ont annoncé que les manquements constatés et sanctions prises à l’égard des distributeurs qui ne respecteraient pas les dispositions de la loi Hamon et son décret seraient rendus publics.

Les négociations commerciales pour 2015, qui prendront fin le 28 février prochain, et plus globalement le respect des règles édictées par la loi Hamon feront l’objet d’un « comité de suivi » réunissant tous les acteurs concernés.

De même, ce comité de suivi devra permettre de s’assurer que le Cice, le crédit d’impôt compétitivité emploi, ne serve pas d’argument supplémentaire de la part des distributeurs pour imposer des baisses de prix.

Des voix s’élèvent, en effet, pour dénoncer une « utilisation détournée » du Cice, censé aider les entreprises à créer des emplois par une baisse de l’imposition, notamment dans le secteur agroalimentaire. Des distributeurs pourraient être tentés d’imposer de nouvelles baisses de prix à leurs fournisseurs, sous prétexte que ces derniers bénéficient d’un allègement de charge fiscale.

« Le Cice, c’est pour l’emploi, a martelé Stéphane Le Foll à l’issue de la table ronde. Ce comité de suivi sera l’outil de vigilance, de transparence et de dialogue. »

La méfiance demeure

« Nous serons vigilants, a poursuivi Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie. Notamment en ce qui concerne les récents regroupements de centrales d’achats chez les distributeurs. »

Le gouvernement a ainsi annoncé qu’il saisirait l’autorité de la concurrence pour qu’elle rende son avis sur le rapprochement d’Auchan et Système U pour leurs achats.

D’ailleurs, ces regroupements au sein de la grande distribution inquiètent fortement le secteur agroalimentaire et la profession agricole. « Certes, le climat de cette réunion était plus apaisé que celle de juillet, mais il est tout à fait anachronique de voir les grandes enseignes s’allier ainsi », déplore Xavier Beulin. Le président de la Fnsea estime qu’il est temps de « rediscuter du droit de la concurrence », et pointe du doigt des règles à deux vitesses. « Comment comprendre que deux géants puissent s’allier pour leurs achats sans rien demander alors que, dans le même temps, il est extrêmement compliqué, pour les agriculteurs, de se regrouper en organisations de producteurs ? »

A la Coordination rurale, la table ronde de ce jeudi 23 octobre a un air de déjà-vu. « Il y a du volontarisme affiché, explique Bernard Lannes, le président du deuxième syndicat agricole. Avec 8 € de matières premières agricoles pour 100 € de dépenses des ménages, le fond du problème n’est pas résolu. » Pour le leader de la CR, les agriculteurs, toutes filières confondues, doivent s’attendre à entrer dans le dur de la crise.


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